L’ODEUR DU SANG NE ME QUITTE PAS DES YEUX : MACBETH REVISITE

143-l_odeur_du_sang_humain_ne_me_quitte_pas_des_yeux_philippe_ulysse[1]

L’odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux / Conception et mes Philippe Ulysse / Du 29/01/2013 au 16/02/2013 / Théâtre Monfort.

Philippe Ulysse s’inspire du héros tragique de Shakespeare pour sonder les précipices de la guerre, et signe une création esthétique qui s’affranchit difficilement de son hermétisme.

Une scène de Music-Hall habillée d’un rideau de paillettes scintillantes fait face à un petit cottage dans le style Amérique des années 80. Le sol de gravier noir pétrole est comme brûlé. Puis une femme à la voix puissante, répète à travers son chant « We have to be sisters ».

Car là est le point de douleur soulevé par Philippe Ulysse dans « L’Odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux ». Nous nous devrions d’être fraternels, mais déjà le Macbeth, meurtrier récidiviste, paraît, habité par la fureur de tuer. Il est le premier des acteurs et témoins de guerre qui vont se succéder dans cette valse de l’horreur, qui évoque tour à tour l’Afghanistan, l’Irak, la Tchétchénie, l’Algérie… Avec pour fil d’Ariane la folie et l’animalité dans laquelle ont sombré ceux qui en sont revenus.

A travers des formes mêlées – chant, textes de Shakespeare, témoignages de soldats, tableaux visuels – la pièce confine en un même espace la destruction physique et psychique engendrée par les conflits. Ici est matérialisé le désir de Philippe Ulysse de créer un grand « poème dramaturgique » mettant en résonances des textes, des époques et des lieux différents pour poser universellement la question de l’abominable. Sans analyser, il laisse à voir le sang, les cadavres recouverts, les hommes armés en action, les états d’hystérie, parfois à travers certaines images rappelant l’étrangeté de David La Chapelle, parce que jouant du même détournement d’icônes (un christ portant une couronne de balles de kalachnikov, une mariée sans visage…).

Ce propos impactant et nourri, cette expérience esthétique portée par des comédiens parfois totalement habités, ne parvient pourtant pas à dépasser un hermétisme et une confusion qui délitent la pièce. Les mises en écho dont naissent et intriguent, puis se croisent et se perdent. A certains instants fasciné, absorbé par une scénographie à la beauté glaçante, le spectateur fixe intensément la pièce. Mais pour ensuite, trop souvent perdu, la quitter des yeux.

Aude Maireau

34-ulysse2[1]

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives