TRIBUNE : L’ART EST DE LA SCIENCE

odradek[1]

TRIBUNE : L’art est de la science par Alice Popieul.

Si un digne chercheur est celui qui sait sortir du cadre systématique de sa discipline pour mener à de grandes découvertes, voire des révolutions scientifiques, alors il est un artiste et l’artiste est un scientifique. Le scientifique créateur et l’artiste en recherche de vérités (vérités de la sensation, vérités esthétiques) ont beaucoup en commun. Tous deux cherchent à mettre en évidence la porosité de sphères, artificiellement isolées les unes des autres par des protocoles clivants qui s’appuient sur l’expertise et la spécialité. Ils remettent en question l’imperméabilité de l’art à la vie, de la science à la philosophie, de la science à l’art, etc.

Si le scientifique observe la nature pour espérer en tirer des invariants et des règles générales, l’artiste observe et pousse à observer la nature humaine de l’intérieur, dans un mouvement réflexif, pour espérer en tirer des lois universelles. Il pressent qu’il y a une identité de structure entre les circonvolutions de ses émotions et celles des galaxies, entre ses affects et les lois universelles, parce que le bon sens lui souffle que tout être est soumis à ces dernières. Pour les approcher, nul besoin de technologies de pointe ni de télescope, il suffit d’observer ces forces à l’œuvre en soi et d’en rendre compte du mieux possible, au plus près de la sensation, par tous les moyens à disposition. Parfois ce sera par la médiation du dessin, parfois par celle du mot, encore d’autres fois par le biais du dialogue silencieux qui s’installe entre des personnes immergées dans une expérience commune.

L’artiste est un scientifique à la méthode intuitive et personnelle. Il cherche souvent seul, cherche son propre procédé et s’y tient, ou l’abandonne complètement pour un autre lorsque celui-là a montré ses limites ou que le travailleur a été influencé, touché, et que tout a changé.

L’artiste et le scientifique savent qu’un observateur altère l’expérience observée et qu’il se produit des choses dans le secret du monde qui échappe au regard. Tous deux savent aussi que la beauté d’une formule ou d’une modélisation est garante de son opérationnalité.

L’art que je veux pratiquer est celui des hypothèses, des processus expérimentaux, des observations. Chaque travail, chaque œuvre se doit (en terme de devoir) d’être une expérience vécue pour elle-ême et est un jalon de la recherche, du chemin laborieux tendu vers des réalisations plus pleines, plus entières, plus évidentes.

Alice Popieul
février 2013

Visuel : Adel Abdessemed « Odradek » 2011 / copyright Adel Abdessemed

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