PHILIPPE FAVIER : » NOIR… », A LA MAISON EUROPEENNE DE LA PHOTOGRAPHIE
Philippe Favier, Noir… / Maison européenne de la photographie / du 14 avril au 16 juin 2013.
Philippe Favier n’est pas photographe, mais un artiste plasticien fasciné par la planéité qu’offre le support photographique. Adepte des jeux de noir et blanc, il a choisi ici de nous embarquer dans un album de famille d’un genre tout à fait spécial.
Car de la famille en question, il a extrait les personnages hors de leur contexte afin de les présenter sur des fonds noir. Un peu vieillies par le temps, ces photographies nous présentent des gens dans leurs habits du dimanche, costume de fête dont les flonflons ne se font plus entendre. Leur visage est le plus souvent oblitéré et ainsi rendu invisible. Epinglés sur une feuille de canson, ne restent que des corps suspendus dans le vide, dans un monde réduit à n’être qu’une immense tâche d’encre noire uniforme. Ces corps portent certes des noms, mais leur graphie est tellement ancienne et maniérée qu’elle est en fait illisible à notre œil du XXIème siècle. Ils sont néanmoins reliés les uns aux autres par de grandes paraboles qui soulignent les liens magiques et secrets qui les réunissent et qui aujourd’hui ont disparus.
La disparition se retrouve aussi dans les autres œuvres de cette exposition. Des portraits eux aussi vieillis, incrustés sur les touches d’une vieille machine à écrire, comme une invitation à rédiger une lettre dont les mots seraient composés des êtres qui nous sont chers et qui aujourd’hui sont décédés. Des crânes sur lesquels ont été cousus quelques fils d’or et qui planent sur la surface noire et immense qu’un cadre irréel. Des enfants dont on ne sait plus s’ils sont attachants ou bien terrifiants, tellement leur présence n’est qu’un prétexte pour signifier que de ce monde, ils ne sont plus.
Tout cela rappelle une époque révolue transposée hors cadre, dans un exercice de distanciation propre à dessiner une dramaturgie de la litote et du manque. Du monde oublié qui s’offre un nous, on ne peut qu’être troublés par la simplicité et l’évidence qui s’en dégage. L’évidence que la mort est là, même si, par définition, elle est l’absence même. La disparition, toujours…
Jusqu’à ce que la photographie même disparaisse. Comme ce crâne peint sur un empilement de plaques de verre et dont la forme plane se reflète sur le mur de pierre de la galerie. Ou comme ces deux panneaux noirs qui accompagnement notre descente vers l’espace d’exposition et où ne sont inscris que deux mots, « ciel » et « terre », accompagnés de deux flèches au sens inversé.
La disparition, jusqu’au bout. Un concept et une réalité sensible. Un exercice de style en sommes, pour une Maison européenne de la photographie toujours adepte des formes les plus contemporaines d’expression, jusqu’à la transgression et l’hommage hétérodoxe.
Quentin GUISGAND


























