« TESTAMENT » ET AMOUR FILIAL : LE COLLECTIF SHE SHE POP MET EN SCENE SES PERES

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« Testament » / Collectif She She Pop / Le Maillon / Strasbourg / Les 15 et 16 mai 2013.

Le Maillon, théâtre de Strasbourg, a accueilli les 15 et 16 mai derniers le collectif de performeurs berlinois She She Pop avec leur pièce « Testament ».

L’un après l’autre, au début de la pièce, les « enfants », trois femmes et un homme d’une quarantaine d’années, entrent en scène et parlent de leur père et indiquent comment gagner leur respect. Une fois cela fait, le son d’une trompette retentit annonçant l’entrée des pères qui s’asseyent les uns après les autres dans un fauteuil. Chacun allume ensuite la caméra se trouvant devant lui. L’image est projetée dans un cadre accroché derrière les « enfants » en une présence sacralisée et omnipotente. Tous ensuite chantent Somethin’ Stupid dont la version la plus connue a été chantée par Frank Sinatra et sa fille Nancy, hymne à cette chose stupide que peut être l’amour. Le décor est posé, la pièce peut débuter.

Les membres de She She Pop ont choisi comme point de départ pour « Testament », la pièce Le Roi Lear de Shakespeare, l’occasion de revisiter ce classique du théâtre et d’en approfondir la thématique : l’amour filial, l’héritage, le chantage, la trahison, etc. Dans Le Roi Lear, tragédie dont l’action se situe 800 ans avant l’ère chrétienne en Angleterre, met en scène une famille dont le patriarche vieillissant essaie de négocier son avenir et l’amour de ses filles. Ainsi, le roi Lear décide de partager son royaume entre ses filles : la plus belle part du royaume reviendra à celle de ses filles qui lui montrera le plus qu’elle l’aime. L’une d’elles, Cordélia, refuse ce chantage, et est alors déshéritée et chassée. S’ensuit nombre d’intrigues et trahisons : le roi finit par se rendre compte qu’aucune de ses deux filles n’était sincère et le laissent errer, la seule qui l’aimait réellement était Cordélia qu’il a chassée mais la guerre éclate, les trahisons s’accumulent, comme les morts.

Dans « Testament » de She She Pop, chaque « enfant » porte une collerette, clin d’œil à l’époque à laquelle a été écrite Le Roi Lear par William Shaekespeare, au 17è siècle anglais. Les performances de She She Pop ont, pour le plus souvent, comme origine, leur vie et leurs interrogations. Puis, « l’un d’entre nous a eu quarante ans et, à partir de cet instant, la question s’est posée de savoir si, à un certain âge, quand on a un certain accomplissement, on ne devient pas soi-même la classe dominante, qu’on le veuille ou non. Alors, nous avons eu l’idée de créer une série de pièces sur le pouvoir, la classe dominante, donc, le canon littéraire et l’hégémonie culturelle. » Bien qu’utilisant Le Roi Lear de William Shakespeare comme point de départ à cette création, « Testament » est avant tout une variation libre sur les questions d’héritage qui se distancie de la pièce originelle : ils lisent la pièce par moments, l’analysent, la dissèquent et y confrontent leurs propres existences et questionnements. Pour ce faire, les membres du collectif ont invité leurs pères et, tout au long de la pièce, on va être amené à la voir se monter, s’opposer.

Dès le début, les « enfants » annoncent la couleur : ce sont eux les chefs ce qui fait sourire les pères qui ne semblent pas vraiment y croire. Pour « Testament », les filles de She She Pop reprennent la citation de Goethe qui disait qu’« en tout vieil homme sommeille un Lear », et en ont fait leur crédo : « Nous avons décidé de nous confronter, pour la première fois, à des textes théâtraux. Le Roi Lear de Shakespeare fut un parfait point de départ pour cette réflexion. C’est un texte très classique, patriarcal, et (dans sa lecture traditionnelle) misogyne. Cela traite du problème de la transmission du pouvoir et de la responsabilité entre les générations et les personnes de sexes opposés. »

Les pères sont comme ce roi mais, sont rapidement outrés par leurs enfants qui marchandent leur héritage et souhaitent prendre le pouvoir sur leurs géniteurs. Et ils finissent par le prendre mais ils le font en les défroquant et en revêtant leurs atours : bottes, pantalons, pulls, costume, etc. Le renversement de pouvoir s’opère, il se fait dans une certaine violence, par l’humiliation des pères qui, pourtant, s’opposent à la nudité se trouvant souvent dans les créations de leurs enfants. Ainsi, avec « Testament », She She Pop propose une réflexion corrosive, ils se confrontent et nous confrontent par la même occasion aux problématiques de la transmission et de l’héritage. L’amour filial est au cœur de cette pièce qui met à mal nos certitudes quant aux règles régissant les rapports intra-familiaux.

Cécile R.

Testament a reçu en Allemagne le prix Friedrich-Luft et le prix de l’institut Goethe en 2011.

Visuels : She She Pop, « Testament » © photo : Doro Tuch

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