À LA TATE MODERN, TRACEY EMIN SE LIVRE DANS TOUTE LA BEAUTÉ DOULOUREUSE DE SON OEUVRE

Londres, envoyée spéciale

TRACEY EMIN: A SECOND LIFE – Rétrospective – Tate Modern, London, jusqu’au 31 aout 2026.

La Tate Modern accueille jusqu’au 31 août 2026 A Second Life, exposition monumentale rassemblant une centaine d’œuvres de Lady Tracey Emin. Orchestrée par Maria Balshaw avant son départ de la direction, cette manifestation d’envergure traverse peintures, vidéos, textiles, néons, sculptures et installations, révélant la cohérence d’une démarche artistique touche à tout qui a fait de son intimité le moteur même de la création.

Au cœur du parcours trône My Bed (1998), installation légendaire qui provoqua un scandale retentissant lors du Turner Prize. Ce lit défait, entouré de bouteilles de vodka, cigarettes et sous-vêtements tachés, chronique d’une dépression violente consécutive à une rupture amoureuse, propulsa l’artiste sur la scène internationale. Plus de vingt-cinq ans après, ce motif résonne différemment au regard des épreuves récemment traversées: en 2020, un diagnostic de cancer agressif de la vessie bouleverse son existence. Contre toute attente, elle survit à une lourde intervention chirurgicale…

L’exposition aborde frontalement violences sexuelles (elle a été victime d’un viol durant son adolescence), avortement et misogynie. Le film How It Feels (1996) relate un avortement ayant mal tourné, décrivant la négligence médicale et ses implications. Exorcism of the Last Painting I Ever Made (1996) reconstitue l’espace dans lequel elle s’est enfermée trois semaines dans une galerie stockholmoise, peignant nue sous le regard des visiteurs, tentant de renouer avec la peinture abandonnée après cet avortement traumatisant. La couverture The Last of the Gold (2002), présentée publiquement pour la première fois, propose un guide alphabétique destiné aux femmes confrontées à l’avortement .

Le public ne peut rester neutre devant cette exposition. Pour certains visiteurs, cette rencontre avec l’œuvre d’Emin a constitué un déclic décisif. Un témoin raconte comment, en juin 2009, alors qu’elle luttait contre l’anorexie, la découverte d’une exposition précédente lui a permis de se sentir moins seule et a marqué un tournant majeur dans son rétablissement .

A Second Life révèle comment Tracey Emin a progressé d’enfant terrible des années 1990 à valeur sure de l’establishment britannique, anoblie par Charles III en 2024. L’exposition transforme le trauma en langage universel et la vulnérabilité en acte politique, célébrant une artiste qui a influencé notre façon de penser l’autobiographie dans l’art.

Cette rétrospective monumentale révèle une artiste qui, malgré les fractures et les recompositions, continue de créer avec intensité et une authenticité rare.

Valérie Leah, à Londres

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London, special correspondent

TRACEY EMIN: A SECOND LIFE – Retrospective – Tate Modern, London, until 31 August 2026.

Tate Modern is hosting A Second Life , a monumental exhibition bringing together around one hundred works by Lady Tracey Emin, until August 31, 2026. Curated by Maria Balshaw before her departure from the directorship, this large-scale event spans paintings, videos, textiles, neon, sculptures and installations, revealing the coherence of an artistic approach that has made her personal life the very driving force of creation.

At the heart of the exhibition stands My Bed (1998), a legendary installation that caused a resounding scandal at the Turner Prize. This unmade bed, surrounded by vodka bottles, cigarettes, and stained underwear—a chronicle of a severe depression following a breakup—propelled the artist onto the international stage. More than twenty-five years later, this motif resonates differently in light of recent hardships: in 2020, a diagnosis of aggressive bladder cancer turned her life upside down. Against all odds, she survived major surgery…

The exhibition directly addresses sexual violence (she was raped during her adolescence), abortion, and misogyny. The film How It Feels (1996) recounts a botched abortion, describing medical negligence and its implications. Exorcism of the Last Painting I Ever Made (1996) recreates the space in which she secluded herself for three weeks in a Stockholm gallery, painting nude under the gaze of visitors, attempting to reconnect with painting, which she had abandoned after this traumatic abortion. The cover of The Last of the Gold (2002), presented publicly for the first time, offers an alphabetical guide for women facing abortion.

The public cannot remain neutral in the face of this exhibition. For some visitors, this encounter with Emin’s work was a decisive turning point. One witness recounts how, in June 2009, while battling anorexia, the discovery of a previous exhibition allowed her to feel less alone and marked a major turning point in her recovery.

A Second Life reveals how Tracey Emin progressed from enfant terrible of the 1990s to a reliable figure in the British establishment, knighted by Charles III in 2024. The exhibition transforms trauma into a universal language and vulnerability into a political act, celebrating an artist who has influenced how we think about autobiography in art.

This monumental retrospective reveals an artist who, despite the fractures and recompositions, continues to create with intensity and rare authenticity.

Valerie Leah , in London

Images: 1- Above: Vue de l’installation « Tracey Emin A Second Life » à la Tate Modern, avec les œuvres My Bed (1998) et It’s Not me That’s Crying its my Soul (2001). Photo © Tate (Jai Monaghan) © Tracey Emin. Tous droits réservés, DACS 2026 – 2- Tracey Emin, Mon lit , 1998 © Tracey Emin. Crédit photo : Avec l’aimable autorisation de la Saatchi Gallery, Londres / Photographie de Prudence Cuming Associates Ltd. Prêt de la collection Duerckheim – 3- Tracey Emin, I never asked to fall in love, 208, collection privée C/O Xavier Huffkens Gallery – 4- Tracey Emin, Je murmure à mon passé ai-je vraiment un autre choix , 2010 – 5- Tracey Emin, Pourquoi je ne suis jamais devenue danseuse, 1995 – 6- Tracey Emin, Pourquoi je ne suis jamais devenue danseuse , 1995 – Vue d’installation de l’exposition Tracey Emin: A second Life, Tate Modern. Photo © Tate (Yili Liu) – 7- Tracey Emin, La fin de l’amour, 2024, collection Tate Modern London – 8- Tracey Emin, Exorcism of the last painting I ever made, 1996 – 9, 10 & 11- Vues de l’exposition « Tracey Emin A Second Life » Tate Modern London, 2026 – 12 & 13: Tracey Emin, interview et extraits de sa vidéo « How it feels », 1996 – All images copyright Tracey Emin – Courtesy Tate Modern 2026 – Photos Tate Modern 2026.

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