WU WEI, DE YOANN BOURGEOIS ET MARIE FONTE, A LA GRANDE HALLE DE LA VILLETTE

wu wei

WU WEI : Yoann Bourgeois et Marie Fonte / Vu à la Grande halle de la Villette, Paris

Une pelouse en guise de tapis de sol sur laquelle discutent les artistes-acrobates de Dalian, grosse ville au nord de la Chine. Le brouhaha de la salle que fendent les musiciens du Balkan Baroque Band avant de s’installer sur scène. Attendre que ces derniers accordent leurs instruments pendant que les premiers accordent leur voix. Wu Wei, le « non-agir », agit plus comme une déclaration et un programme que comme une réalisation sensible. Car si pour ce spectacle, les tableaux s’enchainent au rythme lent d’une caravane qui passe, il n’y a malheureusement pas de quoi faire aboyer les chiens.

En effet, les interprètes prennent leur temps et ménagent leurs effets. Soudain, on reconnaît les premières notes des Quatre saisons de Vivaldi qui, on l’espère, feront virevolter un peu cette langueur. Mais non. La musique s’emballe, joliment interprétée, alors que sur le gazon l’effet visuel ne suit pas. On sent une volonté d’accorder images et musique, tableaux sereins et contemporains avec musique baroque et tourbillonnante. Cependant, l’accord reste mineur.

Le contraste opéré entre le vert de l’herbe posée au sol et le noir des franges qui tombent du plafond et encadrent la scène offrent néanmoins un cadre à la fois réservé, poétique et raffiné, propice à de jolis tableaux. Un couple passe avec l’air de regarder une scène champêtre et charmante, les courses s’opèrent sous les hourras de la musique baroque, des vélos blancs passent dans un jeu de cache-cache taquin. Des menues scènes de vie dont la forme et les lignes ne sont malheureusement que très peu relevées par les interventions textuelles de Marie Fonte.

Car entre les tableaux résonnent des mots qui racontent l’histoire de ces hommes et de ces femmes, artistes sur scène, mais surtout citoyens chinois, témoins des transformations de leur pays entre la fin du XXème et ce début de XXIème siècle. Ils voient défiler l’histoire de leur pays, géant de l’Asie et du monde qui, comme un dragon endormi qui s’ébroue à son réveil, n’a cure des dommages collatéraux provoqués par ses mouvements trop brusques. Un coup de projecteur identifie chacun des acteurs alors que certains prennent la parole dans leur langue natale. Certains tableaux font écho à leur récit.

Ce récit, on en trouve aussi la trace dans de petits textes projetés sur le fond de scène. Il semble être la clé afin de lier tous ces petits évènements qui s’égrènent sous notre regard et dont la trame nous reste quelque peu inintelligible. Le « non-agir », pour Yoann Bourgeois et Marie Fonte, consiste à laisser la vie aller dans ce quelle a de plus infime et de plus « minuscule », pour reprendre les mots de Pierre Michon. Il s’agit d’un condensé mystérieux, fait de petits drames et de bonheurs partagés. L’argument est séduisant et l’image prête à rêver.

Mais si certains ingrédients de cette jolie préparation sont présents, l’alchimie ne prend pas. Tantôt nous voyons une scène dansée qui ralenti la musique là où cette dernière se fait la plus énergique ; tantôt nous assistons à une scène d’anniversaire dont ne ressent pas la poésie simple. Des images de Chine, des sons qui émanent d’une musique ancienne, une scénographie contemporaine. On ne voit pas la raison intérieure qui aurait lié ces éléments avec la force de la nécessité. On s’ennuie donc un peu. A force de tourner autour du pot, on ne voit plus la ligne de force de ce qui aurait pu être un grand spectacle.

Quentin Guisgand 

http://www.cieyoannbourgeois.fr

Wu Wei était présenté à la Grande halle de la Villette entre le 2 et le 13 juillet 2013.

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