MUSIQUES : RETOUR SUR LE 33e FESTIVAL DE LA ROQUE D’ANTHERON

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FESTIVAL INTERNATIONAL DE PIANO DE LA ROQUE D’ANTHERON : retour sur la Nuit du piano du 9 août 2013 – Carte blanche à l’école française

Piano : Franck Braley, Vincent Coq, François-Frédéric Guy, Christian Ivaldi, Marie-Josèphe Jude, Claire-Marie Le Guay, Emmanuel Strosser, Jonas Vitaud. Violoncelle : Emmanuel Bertrand, Henri Demarquette, Ophélie Gaillard, Yan Levionnois, Edgar Moreau, Philippe Muller, Jérôme Pernoo, Xavier Phillips, Raphaël Pidoux (avec Anne Gastinel en guest-star).

Suivant une tradition désormais bien établie et prisée par le public, cette nouvelle Nuit du piano, donnée dans le Parc du Château de Florans, se découpait en trois concerts successifs d’un peu plus d’une heure chacun, séparés par des moments de détente privilégiés où les pique-niques, étalés par de nombreux mélomanes sur l’herbe verte du parc sous les séquoias géants, prennent toute leur saveur. Magnifique soirée s’étirant de 19 heures à minuit passé, de la pleine lumière d’un ciel éclairci par un mistral rafraichissant à une nuit calme et étoilée. Ce soir là, carte blanche était donnée aux illustres représentants de l’école de musique française, artistes débutants ou artistes confirmés au plus haut niveau de leur art. Ces jeunes générations, dont la plupart des interprètes volent désormais de leurs propres ailes, étaient en quelque sorte présentées et adoubées par leurs professeurs et mentors, Christian Ivaldi et Philippe Muller, respectivement grands maîtres du piano et du violoncelle, découvreurs et éveilleurs de talents, immenses artistes de réputation internationale qui ont consacré une partie de leur carrière et de nombreuses années à transmettre leur Art comme enseignants au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Nuit du piano plutôt mal nommée car faisant la part belle au violoncelle dans un programme qui réduisait parfois le piano à un rôle d’accompagnement. S’il en était besoin, cette soirée a toutefois démontré une fois de plus la complémentarité de ces deux magnifiques instruments et leur aptitude à dialoguer ensemble. Dans une vibration commune on ressentait beaucoup de complicité et d’échanges entre maîtres et élèves, entre générations, entre pianistes et violoncellistes.

En guise d’introduction, le premier concert nous propose un dialogue entre les deux mentors de la soirée, Christian Ivaldi et un Philippe Muller très inspiré, dans une romance de Mendelssohn et des variations de Beethoven sur un thème de « La Flûte enchantée ». Après la sonate pour violoncelle et piano en ré mineur de Debussy dans laquelle nous retiendrons la force expressive de Jérôme Pernoo au violoncelle, nous découvrons un requiem original pour trois violoncelles et piano de David Popper et l’allegro con spirito d’une sonate pour violoncelle et piano de Zoltan Kodaly qui nous fait passer du chaos à la lumière pour terminer dans une grande sérénité. En conclusion, Emmanuel Strosser et Christian Ivaldi interprètent un « Méphistophélès, extrait de Faust-Symphonie » dans un dialogue tumultueux et maléfique.

Le deuxième concert s’est ouvert sur la sonate pour violoncelle et piano de Beethoven interprétée dans son intégralité par Xavier Phillips et François-Frédéric Guy dans un dialogue permanent et une complicité totale, tour à tour avec sentiment, douceur et énergie. Après Schumann et le célèbre « Cygne » du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns interprété par le jeune et talentueux Edgar Moreau au vibrato chantant, nous retrouvons Britten, dont on célèbre cette année le centenaire de la naissance, dans une « Introduction et Rondo alla Burlesca » pour deux pianos dans un dialogue engagé aux accents de duel entre François-Frédéric Guy et Christian Ivaldi.

Nous découvrons pour terminer un quatuor pour quatre violoncelles de Jean-Baptiste Bréval, contemporain de Beethoven, plein de fraîcheur et de légèreté. Dans une nuit apaisée et un mistral mourant, le troisième concert débute par Brahms et la célèbre élégie de Fauré pour violoncelle et piano, interprétée par Edgar Moreau et Vincent Coq avec beaucoup d’émotion et de nostalgie. Le jeune Edgar Moreau est alors rejoint par Philippe Muller pour nous offrir un extrait du duo pour deux violoncelles d’Offenbach avec un andante chantant et rêveur suivi d’une polonaise au dialogue vif et enjoué. Magnifique dialogue entre l’élève et le Maître qui ne manque pas d’évoquer un passage de témoin.

Henri Demarquette et Frank Braley poursuivent avec le premier mouvement de la sonate pour arpegionne d’un Schubert émouvant, profond, grave mais toujours porteur d’espoir. Franck Braley, rejoint par Yan Levionnois enchaîne par la sonate pour violoncelle et piano de Britten, une œuvre surprenante interprétée avec une grande virtuosité. Puis, cerise sur le gâteau avant le sujet final, Christian Ivaldi prend le micro pour nous expliquer qu’Anne Gastinel a interrompu ses vacances pour venir saluer son public et ses condisciples par l’interprétation, hors programme, d’une œuvre pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach, hélas trop courte. Encore un grand moment de musique.

La soirée se termine par une œuvre flamboyante et festive de J.S. Bach, le concerto pour quatre claviers en la mineur interprété par Marie-Josèphe Jude, Vincent Coq, Emmanuel Strosser et Jonas Vitaud. Cette fois le piano reprend ses droits et huit mains magiques propulsent les notes jusqu’aux étoiles.

Ce programme, élaboré sur le principe de la carte blanche donnée aux artistes, présentait l’intérêt d’une grande diversité destinée sans doute à mettre en valeur le jeu et la virtuosité des interprètes plus que les œuvres elles-mêmes, ce qui était un peu le but de la soirée : mettre à l’honneur le style, le son et les artistes français. On peut regretter l’interprétation partielle de certaines œuvres comme cette sonate de Schubert réduite à un seul mouvement qui nous laisse sur notre faim ainsi que l’absence de quelques compositeurs majeurs dont Chopin et Mozart, juste évoqué par les variations de Beethoven sur un air de « la Flûte enchantée », dont l’œuvre pour piano, avec ou sans violoncelle, avait sa place ici. Cette légère frustration est cependant compensée par la découverte d’œuvres dignes d’intérêt et de compositeurs moins connus comme D. Popper, Z. Kodaly ou J.B. Bréval.

Cette belle soirée, un peu hétéroclite dans le programme mais démonstrative et conviviale, témoigne de la richesse de l’école française et de la nécessaire transmission intergénérationnelle de l’Art aux stars de demain qui devront encore marquer cet acquis de leur propre personnalité.

Jean-Louis Blanc

Festival de piano de la Roque d’Anthéron : http://www.festival-piano.com/index.php

article en partenariat avec NO MUSIC MAGAZINE, le mag des musiques vivantes.

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Visuel : L’école Française à la Roque d’Anthéron 2013 (C Gremiot)

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