SPEKIES : LA NOUVELLE CREA DE LA ZAMPA A NÎMES
SPEKIES : LA ZAMPA / Conception et chorégraphie : Magali Milian et Romuald Luydlin / Théâtre de Nîmes / Le 13 février 2014.
« L’avenir est aux fantômes* ».
La Zampa, compagnie nîmoise sans concession créée au XXIe siècle, présentait « Spekies », sa création 2012/2013, Jeudi 13 Février 2014 à Nîmes pour le compte de la scène conventionnée pour la danse contemporaine.
Sur la scène, cinq sculptures, cinq blocs, cinq continents construits en couverture de survie aux reflets argentés. Un régal à éclairer, défi gourmand relevé haut la main par Pascale Bongiovanni. Au milieu de la scène de crime, un cadavre de guitare repose en paix.
On nous laisse le temps de faire connaissance avec les cinq monstres immobiles, avant que les deux monstres mouvants, la danseuse Magali Milian et le guitariste Marc Sens, entrent en scène. Le pas est frêle mais l’intention et la volonté résonnent jusque dans les caissons de basse. On entend au loin grésiller les viscères de la guitare. Plus le corps des artistes devient minéral, plus les objets deviennent vivants, plus l’espace devient charnel et s’emplit de fantômes. Tout n’est que forme, qu’elle soit intelligente ou non, elle s’anime et créée de l’image.
Cette image, et c’est la force de La Zampa : créer un sens inouï là où ne l’attend pas. Ce n’est plus la femme qui regarde son corps, mais les mains qui surveillent la tête. Le corps prend la main sur les idées et la sagesse.
Si c’est le force de cette compagnie et a fortiori de ce spectacle, c’est aussi l’écueil dans lequel elle peut tomber : le faux trop plein d’image. Faux, car il n’y a jamais trop d’image. Mais à force de balancer du visuel à la face du spectateur, celui-ci se lasse de plus en plus vite, passe de gourmet de l’image à goinfre photophage. L’ère du zapping nous guète. Plus le spectacle avance et plus les images se succèdent, mais finalement pas assez, certainement parce qu’elle ne sont pas tirées au maximum, qu’elles ne sont pas assez signifiantes ou qu’elles ne vont pas de plus en plus fort.
Le travail de Magali Milian, danseuse de ce solo à deux, est à l’image de ses précédentes interprétations : dur, clair et précis. Son pas sur pointe (de baskets) ne cherche jamais l’élévation et la grandeur mais bien la dure condition de l’homme à marcher sur les œufs de son existence : avancer, sans jamais piétiner tout en prenant le temps de se poser pour regarder le monde. Un texte (très beau et très percutant travail de Caryl Férey) égraine toutes les formes que peuvent prendre cette condition : celui qui mettrait bien le feu, celui qu’on regarde tomber, celui qui apprend à nager… La lumière alterne d’un espace à l’autre, de cour à jardin, pour créer un jeu d’ombres sur le corps des artistes, à chacun sa part de fantôme. Celui qui demande ce qu’est l’avenir? Le temps des cadavres et des fantômes est arrivé. Le temps des spectres. « Au fond, le spectre, c’est l’avenir, il est toujours à venir, il ne se présente que comme ce qui pourrait venir ou re-venir* »
Bruno Paternot
*Jacques Derrida, Spectres de Marx (Galilée, 1993)
Visuels copyright Erik Damiano



























