TRAGEDIE, d’OLIVIER DUBOIS : MISE A NU AU MAILLON

Trag+®die O Dubois - photo 9 Fran+ºois Stemmer

« Tragédie » / Olivier Dubois / Théâtre Le Maillon, Strasbourg / février 2014.

Le Maillon Strasbourg et Pôle Sud accueillaient « Tragédie » d’Olivier Dubois dans toute sa nudité. Ici point d’Œdipe, Phèdre, Corneille ou Racine mais des hommes et des femmes, nus, de la danse, une histoire qui se joue et reprend les codes de la Tragédie, salle comble à chaque représentation.

Marche. Marche. Marche. Marche. Marche. Marche. Pendant une demi-heure, trois quart d’heures, neuf hommes et neuf femmes marchent sur scène, de l’arrière vers l’avant et vice-versa. Un son, sourd, rythme et scande cette marche. Leurs pieds martèlent un contre-point à ce rythme qui entête. Tous marchent de la même manière en de longues enjambées énergiques, le regard rivé droit devant eux. Arrivé au bout, ils font demi-tour, retournent derrière le rideau d’où ils sortent. Progressivement ils sont de plus en plus nombreux. Ils sont à la fois différents et similaires. On focalise sur un puis un autre mais le regard se perd, on ne sait plus où regarder.

Cette marche se veut hypnotique. Elle fait monter la pression, on attend le moment où l’on va entrer dans le vif du sujet. Qu’annonce-t-elle ? Que cherche-t-elle à dire ? Militaire ou quasi, rythmée, redondante, elle martèle un rythme, une danse tout le temps identique. Les danseurs semblent ne pas pouvoir en sortir, quelle pourrait en être l’issue ? Pause. La lumière sculpte les corps. Nous ne sommes plus seulement face à une tragédie, nous sommes aussi face à des corps nus, musclés pour la plupart, qui entrent dans les codes de la statuaire grecque classique.

Une seule danseuse, une rousse flamboyante et plantureuse, n’entre pas dans les codes de beauté classique, sa présence sur scène est incroyable et est à part comme le seul homme de couleur de la pièce. Chacun est en dehors. Peut-être sont-ils les héros de cette tragédie, ou du moins ramènent-ils de la différence dans ce qui semble nier l’individualité.

Ces dix-huit danseurs sont comme le sac et ressac de la mer qui vient se fracasser sur le berge. Leurs cris sont muets. Ils sont prisonniers d’une mise en scène, d’un destin dont ils ne peuvent sortir. Ils font des allers-retours sur scène, autant d’allers-retours symptomatiques de ceux que chacun fait dans sa vie. Les cris sont muets, on ne les entent pas. Ils poursuivent inlassablement cette marche. La configuration change, ils se regroupent en deux cercles qui se rejoignent, s’évitent, ne se touchent pas.

Puis marche, marche, marche, marche, marche, marche à nouveau. Mais elle devient chaotique, désordonnée, moins maîtrisée, comme si à chaque demi-tour qu’ils faisaient, ils étaient sur le point de tomber. Ils manquent de se rentrer dedans, s’évitent de justesse. On n’entend plus le rythme de la marche, elle est cette fois similaire au rythme de la musique, simultanéité des sons qui deviennent de plus en plus forts, de plus en plus imposants et implacables. C’est comme s’il luttaient pour ne pas perdre le contrôle de leurs gestes, de leurs mouvements, de leurs corps. Combat perdu d’avance : ils finissent par tomber et s’amoncellent alors les uns sur les autres, on ne distingue plus qui est qui, ils disparaissent progressive dans l’amoncellement puis de la scène après un lent mouvement simultané.

Dans une tragédie, les héros luttent contre les instances supérieures pour échapper à un destin autant tragique qu’inéluctable. On y retrouve guerre, amour, violence, sexe, destinée, mort. Avec Olivier Dubois, les corps marchent, sont oublieux de leur individualité, de leur humanité, ils deviennent pantins, entrent en transe, s’oublient dans une sorte de danse des fous, supplient, se laissent emporter dans une danse sans fin, crient, vibrent de tout leur être, exultent, miment l’acte sexuel et, progressivement, font tous les mêmes gestes, ont la même position et alternent les positions de plus en plus rapidement. Le spectateur est entraîné avec ceux qu’ils regardent, on perd l’individu au profit du groupe, et, dans un même temps, c’est l’envie d’altérité et de différence qui prédomine, on est invité à vouloir être autre, différent, à prendre conscience et donc à sortir, à faire un pas de côté de cette marche programmée, martiale, entêtante…

Cécile R.

Prochaines dates : 18 février 2014, Niort (79) Le Moulin du Roc – 20 février 2014, La Roche-sur-Yon (85), Le grand R – 26 & 27 février 2014, Lyon (69) Maison de la danse – 19 mars 2014, Mulhouse (68) La Filature – 1er avril 2014, Rouen (76) Opéra de Rouen – Hangar 23 – 4 & 5 avril 2014, Séville (E), Théâtre Municipal – 11 avril 2014 Cavaillon (84) – 16 & 17 avril 2014, Nantes (44) Lieu Unique – 27 avril 2014, Québec (C) Le Grand Théâtre – 1, 2 & 3 mai 2014, Montréal © Danse Danse – Théâtre Maisonneuve – 8, 9 & 10 mai 2014, Londres (UK) Sadler’s wells – 7 juillet 2014, Angers (49) Le Quai

Création et chorégraphie : Olivier Dubois. Assistant à la création : Cyril Accorsi. Musique : François Caffenne. Création lumière : Patrick Riou. Régie générale : Séverine Combes. Régie lumière : Emmanuel Gary. Directrice de production : Béatrice Horn

Olivier Dubois est artiste associé au CENTQUATRE-PARIS. La compagnie COD est en résidence d’implantation à L’apostrophe, Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise, et en résidence au CENTQUATRE-PARIS.

Trag+®die O Dubois. Photo 7 Fran+ºois Stemmer

Visuels: « Tragédie » Olivier Dubois. Photo: François Stemmer

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