JOSEPH BEUYS : I LIKE AMERICA AND AMERICA LIKES ME (1974)

L’oeuvre de Joseph Beuys (1921 /1986), protéiforme, complexe et très engagée politiquement (il a même été député écologiste à la fin de sa vie), est un questionnement permanent de l’humain, et de la place que celui-ci occupe dans sa cosmogonie personnelle au coeur de l’univers. Très marqué par les sciences de l’homme, anthropologie, ethnologie, sociologie, son trevail est également largement influencé par sa propre biographie. Beuys a développé de nombreux concepts radicaux, qui se concrétisent dans des actions et performances extrêmes, telle ce célébrissime I like America and America likes Me de 1974, où Beuys se fait enfermer avec un coyote dans une galerie new-yorkaise.

Son concept de «sculpture sociale» comme oeuvre d’art totale, théorisé dans les années 1970 détermine l’exigence d’une connexion entre la société et le politique, qui se concrétise dans un interaction créatrice. Ainsi l’homme est-il au coeur de ce mouvement qu’il initie, et non plus l’acteur passif d’une société et de systèmes de représentation qu’il doit subir.
Activiste sans relâche, volontiers provocateur, Joseph Beuys aura marqué ces années soixante-dix de ses actions et expositions, toujours à la limite du recevable, souvent borderline.

Très influencé par l’accident qu’il subit en Crimée lors de la deuxième guerre mondiale, où aviateur, il s’écrase et ne doit sa survie dans le froid qu’à la bienveillance de nomades qui le soignent et le couvrent de feutre et de graisse pour le réchauffer, il développe son propre mythe de réssuscité qui s’incarne en un chaman messianique. Cette « mythologie individuelle » nourrit son oeuvre en permanence. Les croix rouges, comme dans Infiltration homogène pour piano à queue (1966), le feutre et la graisse, sont les éléments récurrents du langage beuysien. Une mise en abyme symbolique du monde. Pour Beuys, le symbolique, comme sa posture de chaman, ont vocation thérapeutique. Son oeuvre doit selon lui guérir l’humanité et la société de ses maux et de ses crises identitaires. Beuys, tout autant que l’immense artiste qu’il fut, est ce chaman éveillé à la souffrance du monde, investi d’une mission charismatique qu’il a incarnée jusqu’au bout. Une sentinelle de l’art.

I like America and America likes Me

Joseph Beuys débute cette action alors qu’une exposition est annoncée à New York, en mai 1974, dans la galerie René Block. Une ambulance se présente au domicile de l’artiste à Düsseldorf, en Allemagne. Il est alors pris en charge sur une civière, emmitouflé dans une couverture de feutre. Il va alors accomplir un voyage en avion à destination des États-Unis, toujours isolé dans son étoffe. À son arrivée à l’aéroport Kennedy de New York, une autre ambulance l’attend. Surmontée d’un gyrophare et escortée par les autorités américaines, elle le transporte jusqu’au lieu d’exposition. De cette façon, Beuys ne foulera jamais le sol américain à part celui de la galerie : il avait en effet refusé de poser le pied aux Etats-Unis tant que durerait la guerre du Viet-Nam. Il coexiste ensuite pendant trois jours avec un coyote sauvage, récemment capturé dans le désert du Texas, qui attend derrière un grillage. Avec lui, Beuys joue de sa canne, de son triangle et de sa lampe torche. Il porte son habituel chapeau de feutre et se recouvre d’étoffes, elles aussi en feutre, que le coyote s’amuse à déchirer. Chaque jour, des exemplaires du Wall Street Journal, sur lesquels le coyote urine, sont livrés dans la cage. Filmés et observés par les visiteurs derrière un grillage, l’homme et l’animal partageront ensemble le feutre, la paille et le territoire de la galerie avant que l’artiste ne reparte comme il était venu.

Pour certains, Beuys, à travers cette action, souligne le fossé existant entre la nature et les villes modernes ; par le biais de l’animal, il évoque aussi les Amérindiens décimés dont il commémore le massacre lors de la conquête du pays. Le coyote cristallise ainsi les haines, et est considéré comme un messager. Pour d’autres, Beuys engage ici une action chamanique. Il représente l’esprit de l’homme blanc et le coyote celui de l’Indien. Le coyote est un animal intelligent, vénéré jadis par les Indiens d’Amérique et qui fut persécuté, exterminé par les Blancs. Ainsi, Beuys essaie de réconcilier l’esprit des Blancs et l’esprit des Indiens d’Amérique. Il parle même de réconciliation karmique du continent nord-américain.

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