« PLEXUS », AURELIEN BORY & KAORI ITO, THEÂTRE DES ABBESSES
Plexus, D’Aurélien Bory et Kaori Ito / Théâtre des Abbesses, Paris / du 26 décembre au 4 janvier 2015.
Un an à peu près après sa première tournée à Paris, Plexus revient au Théâtre des Abbesses (26 décembre – 4 janvier 2015).Solo mais aussi dialogue entre une danseuse et un scénographe, Plexus est un rêve sombre, un fantasme poétique.
En 2008, Aurélien Bory entame une série de portraits de femmes avec Questcequetudeviens ? pour la danseuse de Flamenco Stéphanie Fuster. Pour Kaori Ito, ce sera Plexus (du latin plectere, entrelacer, tresser, lui-même du grec « πλέκω » tricoter) un terme qui désigne un ensemble de connections entre structures nerveuses ou sanguines. Derrière la démarche du metteur en scène, il y a la fascination de leurs parcours: l’expatriation, l’exploration et la vitalité.
Kaori Ito est une femme multiple, insaisissable, parfois enfant, parfois fatale, contorsionniste facétieuse et animale (insecte, singe, panthère…) Chorégraphe elle–même, notamment pour cette pièce, elle a travaillé avec et inspiré beaucoup de chorégraphes masculins. D’angelin Preljocaj à James Thierrée, de Philippe Découflé à Alain Platel elle a prêté son corps et ses muscles à leurs propositions. C’est la mémoire de ce corps et les traces laissés par la danse travaillée de ses tensions si différentes que veut exposer Aurélien Bory.
Pour le metteur en scène, réaliser le portrait scénique de cette danseuse équivaut à « Imaginer l’espace sur scène qui est celui de son parcours extérieur, et imaginer sa danse, qui est celle de son parcours intérieur ». De plus, précise le metteur en scène « Je ne réalise cet exercice que sur des personnes que je connais bien et depuis longtemps. La danse n’est pas utilisée alors comme une démonstration de liberté. L’exercice consiste au contraire à contraindre le danseur pour savoir comment il résiste, comment son existence, son monde intérieur, s’impose sur la scène au monde extérieur» (entretien donné au Figaro en janvier 2014).
C’est sans doute pour cela que le scénographe invente une cage transparente et mouvante, un réseau de milliers de barreaux fins comme des gouttes de pluie, résistants comme des fils d’araignée dans lesquels elle va se débattre. « Un théâtre optique », une boite d’illusionniste où apparait et disparaît la danseuse, happée par les ténèbres. Une boite à bijoux de cinq milles filins distants de 7 cm, qui scintillent ou s’estompent, une caisse de résonnance sous les coups obstinés de la danseuse qui tente de s’échapper.
Kaori Ito dit de Plexus que c’est l’histoire d’une longue disparition. Après une naissance au cœur d’une étoffe soyeuse et palpitante, prête à l’engloutir à nouveau, rythmée par les sons du corps et battement de son cœur, la danseuse se confronte à son environnement. Forêt sombre, pluie battante ou labyrinthe la danseuse est tour à tour fantôme, dragon, ninja, Elle s’infiltre, se débat, s’accroche ou se laisse aller, grimpe et finit par s’envoler…
Le travail de la lumière est une époustouflante application de l’Eloge de l’ombre, un véritable hommage à l’esthétique japonaise. Omniprésente, elle nous plonge dans une atmosphère fantastique et onirique. Seul bémol à cette magnifique expérience visuelle, une bande son qui souligne un peu trop la dramaturgie, et dont on pourra, pour être positif, envisager qu’elle en favorise l’empreinte.
Ildiko Dao
Photo © Cie 111-Aurélien Bory


























