L’EFFET EXPO-BIENNALE SUR LES ENCHERES ITALIENNES
Correspondance à Rome.
L’effet Expo-Biennale sur les enchères italiennes par Raja El Fani
Comment réagit le marché de l’art italien après l’ouverture simultanée de la Biennale de Venise et de l’Expo de Milan? Ce plein feux sur l’Italie va-t-il accréditer l’art italien contemporain? Ou va-il mettre en évidence ses inégalités?
Après Christie’s fin Avril, Sotheby’s clôt la saison de l’art contemporain italien à Milan hier avec un total de 19,6 millions d’euros, soit 350 mille euro de moins que Christie’s. Sur le sol italien, le record est donc de Christie’s (de peu) pour un ensemble d’artistes orthodoxe et encore très focalisé sur les «modernes classiques» de l’après-guerre avec Fontana en tête de liste et ses successeurs comme Scheggi (top lot de Sotheby’s à 1,3 million), Edoarda Maino surnommée Dadamaino, Bonalumi, et Castellani, bien représentés, comme également les sculptures d’Arnaldo Pomodoro. Petite variante pour Sotheby’s qui inaugure timidement le centenaire de Burri avec quelques Cretti et une Combustion petit format qui se sont bien vendus mais sans précipitation. À noter que, contrairement à Fontana, Burri, maître finalement consacré de l’Informel italien, est encore présenté sans successeurs.
Ainsi, à partir de là, et d’après les ventes de Christie’s et Sotheby’s, l’art contemporain italien passerait pratiquement sans transition de l’Art Abstrait (Carla Accardi, Capogrossi, Consagra) à l’Arte Povera (de Pistoletto à Boetti) en passant par l’Art Conceptuel (Agnetti qui a dépassé les prix estimés, et Alviani) opposé à la Transavanguardia (Nicola De Maria) pour finir avec les artistes plus récents comme Cattelan (invendu) et Vanessa Beecroft: une succession qui laisse encore perplexe, une vieille affaire italienne qui remonte au tournant des années 1960-70 toujours pas réglée au niveau institutionnel.
En attendant le retard institutionnel s’accumule et laisse entrevoir des inégalités, avec une sur-représentation des artistes du nord – où le marché est en place depuis 50 ans mais est resté très territorial – preuve que ni Milan ni Turin ne sont encore suffisamment cosmopolites. L’Expo Universelle devrait toutefois pousser Milan à assumer le rôle centralisateur qu’avait Rome au moment de la Dolce Vita et à englober sans exception toute la culture italienne. Pour le bilan, rendez-vous à la prochaine saison des enchères italiennes en novembre, à Expo et Biennale terminées.
On peut déjà remarquer que Sotheby’s a discrètement glissé dans son catalogue deux artistes contemporains exposés au Pavillon Italien (outre l’inévitable Balla, icône du Futurisme) de l’Expo 2015 avec deux pièces vendues: Guttuso l’artiste du Réalisme Socialiste italien, et Vanessa Beecroft performer formée aux Beaux Arts de Milan (Accademia di Brera) et favorite aussi au Pavillon Italien de Venise.
Signe que le marché est réceptif aux propositions institutionnelles et qu’il est temps pour l’art italien d’oser enfin la cohérence.
Raja El Fani


























