PRATCHAYA PHINTHONG, « WHO WILL GUARD THE GUARDS THEMSELVES », GB AGENCY

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Pratchaya Phinthong, « Who will guard the guards themselves », gb agency Paris, jusqu’au 18 juillet.

La gb agency présente une nouvelle exposition de l’artiste thaïlandais Pratachaya Phinthong qui a travaillé notamment autour d’un projet en 2012 sur la Zambie lors de la Documenta 13, et au-delà, pour la Biennale d’art contemporain de Rennes. Cette fois, il donne en partage son engagement politique intime, lié aux contraintes de son quotidien et de son travail à Bangkok aujourd’hui sous couvre feu.

La toile de fond de l’exposition est l’anniversaire des un an du coup d’état. Le pays, qui a connu un bon nombre de renversement depuis les années 1930, est en proie à des attentats et demeure impuissant à mener vers une réconciliation nationale. Pratchaya Phinthong dont l’ancrage français est fort propose en réalité deux expositions simultanées, l’une à Paris, l’autre à Bangkok pour « repondre » selon ses mots à cette situation.

Un écran de I Pad a été accroché à l’entrée de l’exposition et il diffuse les images d’une caméra de surveillance dans un espace situé en face du Bangkok Art and Culture Center. Là, cet espace reproduit à 80% les salles de la galerie. Un cibachrome du magasin diurne 7/Eleven, illuminé mais fermé pour cause de couvre feu, est accroché au centre de la pièce vide, tout comme dans la gb agency à Paris. On n’aperçoit l’extérieur que par une petite ouverture. 5 jours avant l’exposition l’espace de Bangkok ne pouvait être construit en raison des manifestations des opposants au régime sur cette place devenu un symbole de la résistance.

Le dispositif est complexe. Avec cette caméra de surveillance, on se questionne d’abord : est-on à Paris ou en Thaïlande ? Et cette image du 7/Eleven que l’on retrouve dans l’exposition parisienne aurait pu être prise partout, où a-t-elle ainsi été prise ? La mise en oeuvre de cette caméra de surveillance est ambiguës à plus d’un titre. L’on peut aussi dire qu’elle incarne à la fois un objet de contrôle totalitariste mais aussi un témoin de ce qui se passe en Thaïlande.

L’exposition ne se résout pas uniquement ici. Avec les autres oeuvres exposées, c’est l’inverse. L’artiste nous aussi donne à voir dans la galerie parisienne des réminiscences de la Thaïlande. Et notamment, dans la première salle de la gb agency, un bon de commande de riz traduit rappelle le rachat de la dette d’un riziculteur par Pratachay Phinthong lors du Steirischer Herbst Festival (Autriche). Quant à elle, Internal rhyme, une série de dents grandeur nature dessinées par l’artiste d’après les siennes propres racontent la réaction intime de l’artiste après avoir visité la maison du feu Pridi Banomyong, un héros de la démocratie des années 1930 en Thaïlande exilé en France.

Avec Social Sculpture project, deux sculptures urbaines récupérées dans les rues de Bangkok sont disposées dans la première salle de gb agency. Elle disent comment les citadins occupent l’espace public à Bangkok, « privatisant » les places de parking, et montre comment une nouvelle forme de démocratie a lieu spontanément, voire même de résistance à l’ordre, ou l’invention d’un mode de vie.

Une série de pellicules exposées à la lumière sont aussi présentés dans la même pièce. Pratchaya Phinthong, parti pour faire un travail dans le sud du pays, a rencontré une petite communauté de veuves d’hommes mort dans des attentats. Et, intitulée Suasana (en Malais, « ambiance »), cette oeuvre a été pensée pour montrer à la fois du respect pour ces femmes et le danger de leur situation.

Avec l’ensemble de ces fragments exposés, Pratchaya Phinthong réussit élégamment à subvertir la dictature, tant à Bangkok que dans la gb agency à Paris. Et, même minimales, les déclinaisons sont de formats différents, ce qui rend possible une grande richesse et invention plastique. Cette exposition traite d’une certaine manière de la globalisation, du prolongement des espaces-temps dans un ailleurs, et de la manière dont elle peut être utilisée de manière positive.

Juliette Soulez

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Visuels : Vues d’exposition Pratchaya Phinthong, Who will guard the guards themselves, gb agency, Paris, 2015 / Courtesy the artist and gb agency, Paris / Photo Aurélien Mole

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