MELANIE PERRIER, « LÂCHE », RENCONTRES CHOREGRAPHIQUES DE SEINE SAINT-DENIS

LACHE1-Cie2minimum

Mélanie Perrier, Lâche / Dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, les 12 et 13 juin 2015, au Nouveau Théâtre de Montreuil

Dernière pièce d’un triptyque consacré au noeud amoureux, Lâche travaille le motif de la séparation à travers le prisme de la résistance. Mélanie Perrier mobilise ici le double sens de la lâcheté, renvoyant dos-à-dos l’indolence d’un lien sentimental qui s’étiole et la faiblesse de l’esprit qui ne l’accepte pas. Sur un plateau vide, un duo féminin enlacé, quasiment nu, déconstruit progressivement sa forme janusienne, organisant le passage d’une fusion érotique dans une masse indifférenciée à l’autonomie de deux corps épuisés. Sur une chorégraphie pensée à l’horizontale, une partition travaillant l’étirement du temps et l’imperceptible, Mélanie Perrier réduit à son mouvement minimal un attachement affectif qui ne se résout pas à l’idée de sa fin.

La pulsation de la musique techno, jouée en live par le collectif Yes Sœur, contraste avec la langueur de la gestuelle qui, de caresses en imbrications, de baisers en rotations, de glissements en tensions, maintient l’équilibre général des postures. La dépendance du lien affectif est ici incarnée par un jeu d’appuis réciproques qui les noue littéralement l’une de l’autre, de même que la teinte minérale de leurs peaux, dessinée par la création lumière, les confond en un seul bloc aussi charnel que musculaire. Seul élément scénographique, cette dernière installe également un jeu de contrastes entre zones d’ombres et de visibilité, entre l’indistinction des interprètes et leur séparation, rendant plus prégnante encore l’hésitation manifeste à rompre le lien.

Dans un second temps, celui d’une suspension plus inquiète, les velléités de dissociation introduisent des éléments disruptifs : dissymétries, échanges nerveux, luttes et basculements. Il s’agit alors non plus de s’abandonner lâchement à l’autre, mais de se lâcher l’un l’autre, de rompre les attaches au prix de son propre maintien. Jouant des oppositions entre tension et relâchement, la chorégraphie donne forme au paradoxe de la plasticité physique et mentale, à cette façon qu’ont les couples de s’adapter l’un à l’autre, de s’inventer, tout en se sclérosant, tout en succombant à la rigidité de l’habitude. Entre esthétiques de la fluidité et de la pétrification, la pièce sonde ce moment de latence où deux existences se désynchronisent, partagées entre désir de fuite et résistance au changement.

Avec sa dramaturgie épurée, tenue de bout en bout, Mélanie Perrier signe une pièce dense qui, par la rencontre entre mouvement, musique et lumière, sensibilise aux variations de rythmes psychologiques et physiques qui font et défont une histoire d’amour. Réflexion simple et juste sur une situation confuse, Lâche met enfin en scène deux interprètes investies qui négocient savamment, entre proximité et distance, la forme d’une intimité trouble.

Florian Gaité

LACHE3-Cie2minimum

Visuel: Mélanie Perrier, Lâche, 2015. Courtesy Cie 2Minimum © Mélanie Perrier

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN