FESTIVAL D’AVIGNON : « AN OAK TREE », UN TIM CROUCH APPROXIMATIF

77e FESTIVAL D’AVIGNON : An Oak Tree – Texte, mise en scène et interprétation : Tim Crouch – Cloître des Célestins les 6, 8, 9, 10 et 11 juillet à 22h.

Le traditionnel fascicule de présentation du spectacle que chacun lit attentivement sous les écrasants platanes du Cloître des Célestins ne manque pas d’attiser la curiosité. En effet Tim Crouch se livre à une expérience théâtrale originale en invitant chaque soir un ou une interprète différent qui ignore tout de la pièce et du sujet et qui découvre son personnage au fur et à mesure du déroulement du spectacle. Ce personnage est Andy, un homme de 46 ans, 1 mètre 90, mal rasé, qui a perdu sa fille de 12 ans dans un accident de la route en se rendant à son cours de piano.

Ce soir là – représentation du 9 juillet – ce gaillard dévasté par le deuil de sa fille est incarné par la ravissante et frêle actrice portugaise Teresa Couthinio. C’est là toute la magie du théâtre et l’intention de Tim Crouch : transformer une chose en une autre comme par un pouvoir hypnotique, à l’instar de ce père qui se tourne vers un arbre au bord de la route pour percevoir la présence de son enfant.

On s’attend bien sûr à un spectacle sombre et émouvant, à partager le deuil de ce père qui ne sait plus à quoi se raccrocher sinon à cet arbre. Mais voilà que surgit Tim Crouch en costume lamé de magicien, il s’intéresse au chant des cigales qu’il paraît diriger et aborde le public d’un ton hâbleur tel un Monsieur Loyal. Il se présente comme un hypnotiseur qui transforme le public en clients bourrés d’un pub anglais et manipule sa partenaire d’un soir qui découvre son personnage et qui paraît surprise, un peu égarée, qui doit interpréter un texte précis écrit ou qu’on lui souffle par une oreillette. Il se présente comme le conducteur qui a tué sa fille puis il fait feu de tout bois en mêlant les personnages, en les manipulant, en usant de ce don hypnotique que possèdent les hommes de théâtre.

Il prend possession de la scène non sans cabotinage, accompagné parfois d’une musique électronique qui paraît parachutée par hasard ou de piano qui, cette fois, évoque l’enfant disparu. Au travers d’un méli-mélo scénique où l’on ne sait plus trop qui est qui, on apprend par bribes l’histoire de ce drame et de ce père désespéré. Mais ce deuil qui paraissait être l’objet du spectacle passe un peu au second plan tant Tim Crouch développe un jeu théâtral brouillon, peu lisible et cherche à démontrer les pouvoirs de magicien de l’homme de théâtre.

Si la partenaire invitée reste longtemps au second plan, réduite souvent à un rôle de potiche, elle prend possession de son personnage vers la fin du spectacle où Tim Crouch s’efface enfin. Le texte qu’elle lit mais qu’elle interprète avec talent fait ressentir toute l’émotion et la détresse de ce père. Un texte accompagné par des extraits des Variations Goldberg de Bach qui évoquent la passion pour le piano de la fillette et qui apporte enfin l’émotion que l’on attendait, qui tranche avec le propos confus et démonstratif de Tim Crouch.

Malgré ces quelques moments d’émotion on reste déçu par ce spectacle pourtant prometteur par son sujet et par ce concept original de l’artiste invité et candide qui découvre son personnage. Il en résulte un spectacle qui se disperse au gré d’un Tim Crouch erratique et auquel on n’accroche pas. Et, puisque cet arbre auquel s’accroche ce père en deuil est le thème de la pièce, comment pardonner à Tim Crouch de n’avoir pas su adapter sa mise en scène pour exploiter ce décor unique que constituent les platanes multicentenaires du cloître des Célestins ? Des arbres qui ont vu de si beaux spectacles.

Jean-Louis Blanc

Photo C. Raynaud de Lage

Laisser un commentaire

  • Mots-clefs

    Art Art Bruxelles Art New York Art Paris Art Venise Biennale de Venise Centre Pompidou Danse Festival d'Automne Festival d'Avignon Festivals La Biennale Musiques Opéra Performance Photographie Théâtre Tribune
  • Archives