ALFREDO JAAR, « LA FIN DU MONDE », LA PATINOIRE ROYALE BRUXELLES

Alfredo Jaar « La Fin du Monde » – La Patinoire Royale, Galerie Bach, Bruxelles – 4 septembre – 23 décembre 2025

« La fin du monde est une provocation, mais c’est aussi le reflet du triste état de notre planète et de son écologie. » – Alfredo Jaar

La Fin du Monde, la première exposition de l’artiste chilien Alfredo Jaar au sein de la galerie, explore l’industrie extractive et les chaînes d’approvisionnement mondiales des minéraux stratégiques – ces ressources naturelles indispensables aux outils et technologies qui rythment notre quotidien, des téléphones aux ordinateurs, en passant par les voitures électriques. L’exposition s’articule autour d’une œuvre unique, The End of the World (2023–2024), composée de dix des minéraux les plus précieux au monde : le cobalt, les terres rares, le cuivre, l’étain, le nickel, le lithium, le manganèse, le coltan, le germanium et le platine.

Alors que les guerres pour le contrôle des ressources se multiplient à travers le monde — de la dévastation causée par l’extraction de lithium dans le désert d’Atacama, au Chili natal de l’artiste, jusqu’aux ambitions impérialistes des menaces d’annexion du Groenland par le président américain Trump et aux négociations autour de l’accès aux ressources naturelles de l’Ukraine — La Fin du Monde met en lumière la capacité d’Alfredo Jaar à rendre sensible l’injustice contemporaine, au cœur même de la capitale européenne.

Pour concevoir cette œuvre, l’artiste a mené cinq années de recherche, en collaboration avec le géologue politique Adam Bobette. « Les minéraux dits “critiques” ne le sont pas par nature, mais par choix politique », écrit Bobette dans l’introduction d’une série de dix essais, chacun consacré à l’un des minéraux présentés dans l’œuvre. En retraçant les circuits complexes et les conséquences humaines de leur extraction et de leur commerce, Bobette appelle également à une nouvelle ontologie, afin de transformer notre rapport à la nature : il propose de dépasser l’idée d’une séparation entre des humains dotés d’une intention et une matière brute considérée comme inerte, pour imaginer une communauté écologique incluant la Terre elle-même.

« Imaginer de nouvelles formes d’extraction qui ne soient pas violentes pour les humains et la nature exige un acte profondément créatif : inventer une ontologie inédite de la géologie, qui reconnaisse qu’elle est fondamentalement sociale, qu’elle nous interpelle, que nous lui sommes redevables de notre propre existence. Extraire ne devrait donc pas consister à prélever une matière morte de la Terre, mais à demander la permission de participer à un processus terrestre et à entrer en collaboration avec cette capacité planétaire de transformation, afin de reconfigurer ce que signifie être humain par la rencontre avec les matériaux géologiques. »

La majestueuse nef de la galerie offre un cadre idéal pour déployer l’ampleur et le jeu d’échelles et de lumière de l’installation. Le vide qui l’environne fait pleinement partie de l’expérience, une manière de conférer à l’objet et à tout ce qu’il incarne, la gravité qui lui revient. « J’essaie de condenser la complexité de cette planète en train de s’effondrer en quelque chose de concret », confie Jaar.

ALFREDO JAAR

Alfredo Jaar (né en 1956 à Santiago du Chili) est artiste, architecte et cinéaste. Son œuvre a été exposée dans le monde entier et il a réalisé plus de soixante-dix interventions publiques à l’international. Plus de 70 monographies lui ont été consacrées. Il a reçu de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le IVe Prix Méditerranéen Albert Camus (2024), le Hasselblad Award (2020) et le Hiroshima Art Prize (2018). Il vit à New York.

Expositions personnelles sélectionnées : Hiroshima City Museum of Contemporary Art (2023) ; SESC Pompéia, São Paulo (2021) ; Zeitz MOCAA, Le Cap (2020) ; Yorkshire Sculpture Park (2017) ; Museum of Contemporary Art Kiasma, Helsinki (2014) ; Rencontres de la photographie d’Arles (2013) ; Alte Nationalgalerie, Berlinische Galerie et Neue Gesellschaft für bildende Kunst, Berlin (2012) ; Museo d’Arte Contemporanea di Roma (MACRO) (2005) ; Museum of Contemporary Art, Chicago (1995) ; Moderna Museet, Stockholm (1994) ; New Museum of Contemporary Art, New York (1992) ; Whitechapel Gallery, Londres (1992).

Expositions collectives sélectionnées : Biennale de Venise (2013, 2009, 2007, 1986) ; Biennale de São Paulo (2021, 2010, 1989, 1987) ; Documenta, Kassel (2002, 1987).

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The end of the world is a provocation, but it is also a reflection of the sorry state of our planet, of the ecology of the planet.” – Alfredo Jaar

La Fin du Monde, the first exhibition by Chilean artist Alfredo Jaar at the gallery, focuses on extractive industries and the global supply chains of critical minerals — the natural resources required for the tools and technologies essential to our daily life, from our phones to computers to electric cars. The exhibition centers on a single work The End of the World (2023-2024) composed of ten of the most precious minerals in the world: cobalt, rare earths, copper, tin, nickel, lithium, manganese, coltan, germanium, and platinum.

As resource wars loom throughout the world, from the devastation of lithium mining in the Atacama desert in the artist’s native Chile to the explicit imperialism of US President Trump’s threats to annex Greenland and public negotiations around access to Ukraine’s natural resources, La Fin du Monde brings the artist’s capacity to make us feel the injustice of the world to the capital of Europe.

To prepare the work, the artist spent five years researching in collaboration with political geologist Adam Bobette. “Critical minerals are ‘critical’ not by nature but by politics,” Bobette writes in the introduction to his series of ten essays, one on each of the minerals in the work. While tracing the complex trajectories and the human consequences of the extraction and trade of these resources, Bobette also calls for a new ontology, to shift our relationship with nature from a supposed divide between humans with agency and raw materials which are conceived of as dead matter, to an ecological community with the earth itself. “Imagining new forms of mining which are non-violent towards humans and nature requires a profoundly creative act: a novel ontology of geology which acknowledges that it is social through and through, that it makes demands upon us, that we are in debt to it for our very being. To mine, then, should not be about taking dead matter from the earth but to request permission to participate in an earthly process and enter a collaboration with a planetary capacity for transformation, to reconfigure what it means to be human through the modification of geologic materials.”

The grandiose nave of the gallery is a space with the capacity to showcase the work’s dramatic play of scale and light. The surrounding emptiness is an essential part of the experience of the work, an attempt to give the object, and all it represents, the gravitas it merits. “I am trying to reduce the complexity of this problem of this collapsing planet into something concrete,” Jaar said.

Images copyright Alfredo Jaar 2023-2025 – Photos Fabian Brennecke

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