DISPARITION. OKSANA CHATCHKO, ARTISTE ET ACTIVISTE : « YOU ARE FAKE »

DISPARITION. Oksana Chatchko, artiste et activiste.

« YOU ARE FAKE »

Le 21 juillet 2018, l’artiste et activiste politique ukrainienne Oksana Chatchko s’est suicidée dans son appartement près de Paris, en laissant une dernière note, qui dit : « you are fake ». Deux semaines plus tard, dans la plus grande intimité, son corps fut incinéré au cimetière du Père-Lachaise.

Le 20 septembre, à la galerie Lacharmoise, a lieu la soirée de sa commémoration, ouverte au public. La vie, l’œuvre et la personnalité d’Oksana Chatchko, toutes furent contradictoires. À ses 31 ans, on ne lui donnait pas plus que 18. Arrivée en France comme réfugiée politique, Chatchko ne rentre pas dans son pays après la révolution de 2014, qui, aux yeux de l’Occident, fut un exemple brillant et l’avant-poste de la démocratie libérale. Athéee et féministe ardente depuis l’adolescence, Chatchko a reçu une stricte éducation religieuse et a gardé jusqu’à ses derniers jours la bonté, la sincérité, l’humilité et surtout ce redoutable mélange de joie et de tristesse, que la tradition ascétique d’Orient chrétien appelle χαιροπενθία – des caractères plus attendus chez une moniale ou une folle en Christ, que chez une performeuse radicale.

Athée, dans sa lutte contre la religion et le patriarcat Chatchko mettait une ardeur vraiment religieuse, et les catégories, formulées d’une manière claire et simple, sinon naïve – fraternité, justice, égalité – au nom desquelles elle œuvrait, semblaient dans son interprétation avoir plus en commun avec le Christianisme, qu’avec la froideur intellectuelle de la philosophie postmoderne. Chatchko qualifiait ses tableaux, où l’iconographie byzantine était mêlée avec l’imaginaire de l’art politique, d’intentionnellement blasphématoires, mais – encore un paradoxe – on n’y trouve jamais une mise en scène vraiment insultante pour les croyants ; au contraire, c’est plutôt la profondeur de sa connaissance de l’art sacré orthodoxe, son savoir-faire d’iconographe et la béatitude des visages, peints par Chatchko, qui se faisaient remarquer. Il fallait être attentif, pour comprendre qu’il ne s’agissait pas de véritables icônes.

Chatchko regardait toute sa vie, depuis la sortie d’une école monastique de la ville provinciale de Khmelnytsky, à travers sa participation dans le collectif d’art féministe Femen, vers l’émigration en France, comme la voie de la libération. Elle s’est finalement installée à Paris, dont le nom-même est synonyme de la liberté. Là-bas, elle a attiré l’attention des médias et des institutions de l’art, en côtoyant son milieu de rêve : artistes, intellectuels et activistes politiques, tous ceux, qui décident pour le reste du monde ce qu’il faut ou ne faut pas considérer comme libre et progressif. Et c’est non pas aux prêtres ou policiers, mais précisément à ces gens-là, que Chatchko a adressé sa courte note de mort.

Nikita Dmitriev

Une soirée de souvenir et d’hommage, ouverte à tous, est organisée ce jeudi 20 septembre à la galerie Lacharmoise à Paris.

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