SE TROUVER : PIRANDELLO / NORDEY AU THEATRE DE LA COLLINE
« Se trouver » / Luigi Pirandello / ms Stanislas Nordey /Théâtre de la Colline.
« Pourquoi fiction? Non. Ce n’est que la vie en nous. De la vie qui se révèle à nous-mêmes. De la vie qui a trouvé son expression. Nous ne feignons plus, quand nous nous sommes appropriés cette expression jusqu’à la faire devenir fièvre dans nos veines… larmes dans nos yeux, ou rire sur notre bouche… »Luigi Pirandello
Pirandello est une star récurrente de l’enseignement italien. Au point que beaucoup le détestent, sans vraiment le connaître finalement, à l’instar d’un Molière dans le système éducatif français. Mais cette pièce écrite en 1932 et ressuscitée par Stanislas Nordey au théâtre de la Colline, est bouleversante par son actualité, sa force et son contenu. Malgré les longs monologues, typiques d’un théâtre d’introspection, ce spectacle possède un bon rythme capable de capturer les spectateurs les plus réticents.
La mise en scène de Stanislas Nordey est, comme toujours, très attentive au moindre détail. Même le prélude n’est pas négligé: dès l’entrée dans la salle, on remarque deux comédiens habillés en serviteurs qui sont en train de dîner en face du public.La composition est très soignée: les déplacements des comédiens, par exemple, nous rappellent des pions sur un échiquier: raides, face au public, tous les visages tournés dans la même direction. Le jeux entre ombres et lumières est extraordinaire: chaque ombre devient le double du comédien et semble changer d’ampleur selon les rapports de pouvoir en présence sur scène. Enfin, la scénographie, créée par Emmanuel Clolus, est très imposante: d’énormes panneaux faits des décors raffinés et grandioses nous évoquent l’ambiance de la petite noblesse italienne.
Le thème principal traité par Pirandello est ici le drame de l’acteur, de l’actrice en particulier qui, disposant de trop de possibles dans le domaine du jeu, est dépossédée sur le plan du vécu, et n’arrive pas à “se trouver”, à se comprendre dans son intégralité. L’acteur est une manifestation consciente du personnage, mais il doit, pour rester acteur, se penser en fonction du personnage, et non en fonction de sa situation de comédien; s’il le fait, il transforme l’acteur en personnage, et se transforme en être qui voyant les choses de l’extérieur, ne réussit plus à se situer dans la situation. L’art et la vie sont-ils donc décidément inconciliables? Se trouver est aussi une métaphore du parcours initiatique que l’acteur doit dépasser afin de se trouver vraiment. Les étapes correspondent aux actes: se donner, se perdre, et se trouver.
Pirandello a dédié cette pièce à la comédienne Marta Abba. Après une grande partie de sa vie consacrée à Antonietta, sa femme, toujours au bord de la folie, il rencontre Marta Abba qui va devenir sa muse et son interprète de prédilection. À partir de cette rencontre, il écrira pour elle tous les grands rôles féminins de son répertoire. Dans l’écriture de cette pièce, Pirandello s’inspire ouvertement de la Dame de la mer d’Ibsen, qu’il a mise en scène lui-même quelques années auparavant avec Marta Abba dans le rôle de la protagoniste.
La protagoniste, Donata Genzi, est interprétée par une touchante Emmanuelle Béart, qui après Les justes en 2010 revient au théâtre avec Nordey.
Camilla Pizzichillo
Se trouver / Mise en scène de Stanislas Nordey / Théâtre de la Colline / Du 6 mars au 14 avril 2012.
Photo Elisabeth Carecchio
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