JAN FABRE : PIETAS

Perdue dans le Cannaregio, quartier popu (mais déjà bobo) et encore un peu délaissé des touristes (pour l’instant), la Scuala Santa Maria della Misericordia accueille jusqu’au 16 octobre les « Pietas » de Jan Fabre, à savoir une installation de cinq sculptures monumentales de marbre blanc de Carrare, habitées de l’oeuvre de Michelangelo. Pietas qui, loin de faire l’unanimité, ont déclenché une saine polémique qui a ensemencé la 54e Biennale, qui ne serait d’ailleurs pas ce qu’elle est sans l’inévitable controverse qui ravit les esprits et accable les chagrins. Petit tour du propriétaire :

Disons-le d’emblée et carrément, Pietas est une oeuvre majeure de l’artiste flamand, qui signe-là vraissemblablement un de ses chefs-d’oeuvres. Une composition impressionnante, à la pointe de son déjà très riche catalogue. Jan Fabre est un éternel provocateur, et ici comme souvent ailleurs, il ne déçoit pas. Ses Pietas sont un monument Fabrien, au vocabulaire éprouvé. L’artiste fait grand usage de ses symboles habituels, présents dans toute son oeuvre : crânes, cerveaux, insectes. Une obsession de la mort pourrissante, de la décomposition, une mise en abyme forcément théâtralisée de la finitude. Du Jan Fabre, quoi. Grandiloquent, baroque, Flamand. Très Flamand.

« Compassionate Dream » est la sculpture emblématique et centrale de l’installation. Directement inspirée de la Pietà de Michelangelo, Jésus a pris le visage de Fabre et la madonne, la Vierge, elle, est représentée par un crâne. On imagine le scandale que cela a pu susciter parmi les très curetons vénitiens… Au demeurant, il s’agit d’une très belle oeuvre, sensible, qui n’a rien perdu de la force de celle du sculpteur de la Renaissance. Quant aux accusations de « blasphème » venant de la gentry catho et bien-pensante, l’artiste répond que son oeuvre met en scène les vrais sentiments d’une mère qui veut se substituer à son fils mort. Une histoire de piété maternelle, donc, éternelle et peut-être férocement autobiographique, allez savoir !

Insectes, larves, cerveaux, crânes, squelettes… La matière de Jan Fabre dit si bien la mort inéluctable et l’indéfectible défection de la vie qu’elle touche au plus près de nos chairs, au plus secret de nos corps déjà pourrissants. Inexorable vérité, à laquelle nous devons à Fabre de la rendre palpable, presque palpitante, paradoxalement, de Vie. En réalité, Pietas est une vanité, simplement une vanité, terriblement présente et actuelle. En ce sens elle nous concerne tous.

Marc Roudier

Jan Fabre / Pietas / Scuala Nueva Santa Maria della Misericordia / Cannaregio / jusqu’au 16 octobre.

Photos DR / Copyright Jan Fabre 2011

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