MARC PATAUT : HUMAINE ET…, PHOTOGRAPHIES

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Marc Pataut, « Humaine et… » / Artothèque de Caen / Hôtel d’Escoville / Du 8 mars au 19 mai 2013.

À la veille de son déménagement au Palais Ducal, l’Artothèque de Caen met brillamment la photographie française à l’honneur. Après l’excellente exposition d’Emmanuel Berry (« Oswiecim, alentours » en janvier et février), c’est au tour de Marc Pataut d’occuper les murs de son espace à l’étage de l’Hôtel d’Escoville.

Le photographe, pour sa série Le Cornillon – Grand Stade, 1994-1995, prend le parti d’aligner des tirages dont le format réduit renvoie à l’imaginaire de la photo souvenir. On peut penser devant ces images sous pochettes plastiques, qui engage à un regard scrutateur autant qu’à un défilement du regard, à un album déroulé, acquérant le caractère d’un « cinéma primitif » (l’exemple le plus explicite en ce sens étant celui de trois photographies d’une petite fille courant dans des broussailles, prisent à des intervalles de temps courts.)

L’investissement de l’artiste auprès des habitants du Cornillon, terrain vague menacé par la construction du Stade de France, sur une durée que Fernand Braudel rapporterait au « temps social », un certain sens du cadrage, des portraits des membres de la communauté dans le contexte de leurs habitations de fortune, la rareté des détails clairement vernaculaires convoquent les travaux menés par la branche photographique de la Works Progress Administration aux États-unis à partir des années 1930, et en particulier le célèbre Let Us Praise Now Famous Men (1941) de Walker Evans et James Agee.

Fruit d’un même investissement auprès d’individus attachés à un territoire, par l’intercession l’association Peuple et Culture à Tulle en Corrèze (2001-2002 Sortir la tête), des formats plus grands noir et blanc ou couleur recto-verso, manipulables par le visiteur, des témoignages retranscrits, des extraits de correspondances sont comme les preuves tangibles que les faits même de la rencontre et de l’échange sont encore possibles, ce que certainement néglige en partie l’ « art contemporain », trop souvent plus soucieux de chiffres d’affaire que de médiation. Les portraits, plus grands mais demeurant modestes, de formatrices en alphabétisation Communauté d’Agglomération de la Porte du Hainaut (projet Humaine, 2009-2012) qui s’autorisent des jeux formels tel que le hors-cadre, multiplient les points de vue tout en restant au plus proche de leurs sujets me semble une réponse au systématisme des alléchants grands formats en couleur de l’École dite de Düsseldorf (Andreas Gursky, Candida Höfer, Axel Hütte, Thomas Ruff, Thomas Struth), qui en matière de photographie a longtemps confortablement occupé la scène… et le marché.

Certainement moins lucratif, le travail de Marc Pataud est à l’avant-garde d’un genre, le photoreportage, en train de se redéfinir, qui a désormais partie liée avec la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie. Loin des médias de masse, la télévision au premier chef, traitant l’information comme une marchandise, Marc Pataud fait partie de ceux qui, patiemment et discrètement, fabrique ce que sont à la fois des images bien vivantes et les archives de demain, et nous incline à penser que peut-être est-il effectivement temps de « louer maintenant les grands hommes »…

Yann Ricordel

Du 8 mars au 19 mai 2013 / Artothèque de Caen / Hôtel d’Escoville / Place Saint-Pierre 14000 Caen / Tel : 02 31 85 69 73 / artotheque-caen@wanadoo.fr / http://www.artotheque-caen.net

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Photos : Marc Pataut : « Humaine » / copyright Marc Pataut 2013.

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