TERESA SILVA ET FELIPE PEREIRA : « O QUE FICA DO QUE PASSA », UN THEÂTRE ORGANIQUE

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T. Silva et F. Pereira, O que fica do que passa / Théâtre de la Bastille / 7 > 9 avril 2014 / dans le cadre du temps fort Focus # 6.

O que Fica do que passa (ce qui reste de ce qui passe) nous offre les images vibrantes de ce que l’on peut nommer « un théâtre de l’organique ». La chorégraphe portugaise Teresa Silva, aidée de son acolyte Felipe Pereira, ne présente pas dans ce solo une pièce de danse contemporaine dans le sens traditionnel du terme. Plutôt exploite-elle les ressources offertes par le corps, la lumière et l’espace matériel du théâtre afin de nous présenter un objet scénique qui s’apparente à la grâce d’un instant volé.

On sent dans cette pièce l’humus fraichement foulé alors que l’on s’engage dans une forêt que l’on ne connait pas. Cette odeur nous rappelle la vie avant qu’elle ne prenne forme. A travers des tableaux de gestes, des jeux de lumières savants et efficaces, des grimaces et une scénographie faite d’or et d’argent, O que Fica do que passa s’ingénie à suggérer plus qu’à montrer. Le spectateur fait l’expérience du « je ne sais quoi », ce charme fugace définit naguère par le philosophe Vladimir Jankélévitch.

L’expression comme une bombe à retardement

Chez Teresa Silva, l’expression ne s’obtient pas par un procédé d’addition d’effets et de formes, bien au contraire. La forme est là, à l’origine, et il s’agit pour elle de se laisser porter par un flux d’associations organiques qui la mènent vers la moelle de son discours. Ôter le superflu, ne garder que le masque. Tel pourrait être le leitmotiv de cette jeune chorégraphe portugaise. Mais ce masque est essentiel car il est fabriqué puis porté hors de tout artifice. Il montre la fragilité du personnage qu’elle s’invente plus qu’il ne la cache.

A travers ce procédé de soustraction, elle raconte la joliesse d’une rencontre furtive avant que l’évidence de l’amour n’apparaisse. Jeune femme, elle se débat dans son cirque d’ombre avant de rencontrer un être avec qui créer une possible connexion amoureuse. Dans la dernière scène, Felipe Pereira interprète de façon furtive cet inconnu qu’elle recherchait. Présent sur le plateau dès le début de la pièce dans un rôle de collaborateur technique, activant les lumières et les sons, il est cette personne que l’on ne voit pas vraiment et qui pourtant est là, à portée de regard.

Une rencontre à venir.

Tel un film muet à la Charlie Chaplin, le spectateur recompose les images qui lui sont proposées à l’aune de sa fantaisie personnelle. Terminée par lui, la pièce l’accueille dans son amibe et, avec générosité, lui donne à voir et à sentir la force muette de cette rencontre à venir. L’image de fin, saisissante et subreptice, nous la fait pressentir sans que pourtant la chorégraphe n’ait besoin de nous la raconter. Le corps et le visage – ce personnage central, la lumière et une scénographie bruissante : tout concourt à créer un univers étrange et suave dans lequel nous nous laissons porter avec plaisir.

Quentin GUISGAND

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