WILLIAM FORSYTHE & LE SEMPEROPER BALLET DRESDE AU FESTIVAL D’AUTOMNE
FESTIVAL D’AUTOMNE : William Forsythe et le Semperoper Ballett de Dresde / 3 oeuvres : Steptext – Neue Suite – In The Middle, Somewhat Elevated / Théâtre de la Ville, du 28 au 30 octobre 2014.
Le Semperoper Ballett de Dresde est dirigé depuis 2006 par Aaron S. Watkin, ancien soliste de William Forsythe au Ballet de Francfort. Pas étonnant donc qu’il ait choisi de faire travailler ses danseurs sur trois pièces du chorégraphe américain, proposant ainsi une soirée qui retrace en deux heures ses différentes pistes de création. Au cœur du portrait réalisé en hommage à William Forsythe par le Festival d’Automne, cette soirée présente trois pièces en forme de panorama historique.
Steptext, pièce inédite en France, met en scène quatre danseurs classiques sur un plateau presque nu. Les corps sont élastiques, les angles sont aigus, les dos se font anguilles, les muscles se tendent. Pièce créée en 1990, on rira un peu de la danseuse qui cherche à courir sur scène avec ses chaussons de danse classique. Si la pièce démonte l’académisme du ballet, en créant notamment des lignes de fracture dans la composition et dans les corps, on rira un peu moins devant son approche formelle, véritable signature de Forsythe, réalisée ici sans vraie prise de risque et sans panache.
Neue Suite est une succession de courts duos chorégraphiés sur les musiques de Haendel, Bach et Berio. Petites figures de styles, ce sont en fait des exercices de studio sans vrai intérêt esthétique. Les entrechats s’enchainent sans passion et le sourire de la danseuse agace plus qu’il ne souligne la courbure délicate de ses bras. Deux duos se démarquent cependant. Le premier révèle la grâce de la danseuse coréenne Saugeun Lee dans une composition des plus classiques qui fonctionne à merveille. Le second met à jour, tel un éclat succinct, la pâte du chorégraphe américain dans une composition sauvage et iconoclaste.
A ce moment de la soirée, on se demande si le style « Forsythe » n’est pas moribond. Définie comme « néo-classique », cette danse abstraite et formelle à l’envi ne livre que peu de paysages imaginaires qui invitent à l’évasion. Elle bloque le regard sur les membres et donne à voir des corps comme des images planes en mouvement qu’il est, au mieux, agréable à regarder. S’était sans compter la dernière pièce de la soirée, véritable coup de poing esthétique : In The Middle, Somewhat Elevated. Véritable chasse à l’homme au mouvement aiguisé et au geste pur, cette pièce de 26 minutes est ciselée comme une arme de combat. La musique anguleuse et grinçante de Thom Williems réveille les corps habillés d’un vert électrique pour livrer au spectateur une esthétique de la prédation.
Virtuosité et nervosité des corps, rythmicité décalée ou en accord avec la partition musicale, composition alliant soli, mouvements de groupe et moments de relâchement sur le plateau, cette pièce déploie sur scène une pure dose d’énergie vitale. Tel le dard de la guêpe, elle vient frapper sur la peau pour y faire entrer son poison. Elle est de ces chorégraphies dont on se sent pénétré, qui bougent nos corps et dont on grade la trace longtemps après, un peu comme One Flat Thing Reproduced, également présenté lors du Festival d’Automne*. Car ces deux pièces ont ceci de commun qu’elles modèlent les corps de façon à les rendre victorieux.
Quentin GUISGAND
* à voir lors de « William Forythe et le Ballet de l’Opéra de Lyon » au Théâtre de la Ville entre le 17 et le 26 novembre ou au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines les 28 et 29 novembre.
William Forsythe : 1- Neue Suite- Photo Costin Radu / 2- In The Middle Somewhat Elevated – photo © Candice_DeTore




























Non non et non, Forsythe n’a jamais eu une « approche formelle », et ceux qui parlent de néo-classique à propos de son travail n’y connaissent vraiment rien en danse contemporaine : le vocabulaire et la grammaire ou conjugaison sont 2 choses fort distinctes, utiliser une partie de la gestuelle (« vocabulaire ») classique n’implique pas que son approche soit néo-classique, c’est la grammaire et la conjugaison (gestion des circulations des danseurs entre eux, rapport de la danse à l’espace … à peu près inexistant en danse classique) qui déterminent si la chorégraphie est contemporaine ou pas, et celle de Forsythe l’est assurément !
Je ne réagis pas en « conservateur » buté, je suis le seul à ma connaissance à avoir osé dire, quelques années avant sa mort, que les dernières chorégraphies de Pina Bausch étaient vraiment dispensables et auto-caricaturales, et que son entourage aurait dû le lui faire comprendre. Même le critique du Nouvel Obs, qui pensait exactement la même chose que moi, et est pourtant très souvent beaucoup plus sincère et audacieux que ses confrères, n’a pas osé l’écrire … et c’est pour moi un acte de respect pour Pina Bausch, et ses belles et importantes oeuvres, que de le dire !