TRIBUNE : PROGRAMME CULTUREL DU PAVILLON FRANCE A MILAN 2015
Correspondance à Rome.
Le Programme culturel du Pavillon France à Milan 2015 par Raja El Fani
Il n’y a pas que l’Italie qui relègue au second plan le programme culturel de son pavillon à l’Exposition Universelle de Milan. Plus que trois mois au début du grand événement sur le futur de l’alimentation, et la France aussi semble traîner sur le programme culturel de son pavillon.
Mais après la promotion du Pavillon France au Salon de l’Agriculture, l’attention sur notre pavillon national est lancée et les communiqués officiels ne vont pas tarder à tomber. Voilà ce que j’ai pu récolter.
Pour commencer, le Pavillon France n’a pas de directeur artistique ni de commissaire d’exposition. Le programme culturel est supervisé par l’Institut Français de Rome mais c’est l’Institut Français de Milan, situé dans le Palazzo delle Stelline en plein cœur de Milan, qui sera le théâtre des principales initiatives françaises durant l’Expo. Un programme Off donc, appelé «Citéxpo» et qui se fondra au programme homonyme «Expo in Città» de la ville de Milan.
L’offre culturelle de l’Expo Universelle se concentrera entièrement au centre de Milan, loin du site excentré et aliénant de l’Expo entre Rho et Pero en banlieue de Milan. Bizarrement, le besoin de diviser le public en deux et d’isoler la demande culturelle du reste subsiste, bien que la France s’affiche partout tout à fait décomplexée avec sa politique libérale de mécénat.
Avec l’Expo de Milan, on est toutefois forcé de constater que la culture n’est pas le moteur de l’innovation en matière industrielle, scientifique ou technologique. Une Exposition Universelle qui mise sur le progrès où l’art n’est pas impliqué, voilà qui est bien contreproductif.
En Europe, l’art reste un secteur certes prestigieux mais passif. Les Etats-Unis ont par contre une politique culturelle beaucoup plus stratégique où l’art, au top de l’économie et du marché, est exploité exactement au même niveau que la technologie la plus avancée, comme une arme de pointe.
Durant l’Expo de Milan, on trouvera d’ailleurs de l’art américain partout. Qu’importe le contexte, les Etats-Unis sont partout ouverts à tout type d’investissements, et organisés de façon à ne pas distinguer mécènes et collectionneurs des autres investisseurs. Une banalisation pas encore assumée en Europe.
Au delà de l’aspect commercial, le manque de coordination entre les secteurs industriels et les initiatives culturelles du Pavillon France révèle que le gouvernement néglige ou est incapable de justifier culturellement ses orientations et ses objectifs.
Le Ministère de la Culture fait pourtant partie des ministères partenaires du Pavillon France et l’Ambassade de France à Rome est aussi mobilisée à travers Piano Project, le programme de coopération franco-italien commencé au cours du mandat Filippetti et qui tente de coordonner les principales galeries d’art et musées français et italiens.
Pour l’instant, une seule exposition est confirmée : écologique, entre design et recyclage, et organisée par l’association Lille 3000. Vernissage le premier mai au Palazzo Stelline. Onze ans après sa consécration comme Capitale Européenne, Lille tente de prolonger l’aventure en se jumelant avec Milan, jouant sur une commune rhétorique identitaire nordique. Un coup de pouce à la maire PS de Lille, Martine Aubry?
Raja El Fani
Visuel : Image 3D du Pavillon France, Milan 2015


























