TRISHA DONNELLY, SERPENTINE GALLERY, AIR DE PARIS & COLLECTION JULIA STOSCHEK DÜSSELDORF

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Trisha Donnelly / galerie Air de Paris, Paris, jusqu’au 14 mars / Collection Julia Stoschek, Düsseldorf, jusqu’au 2 août 2015.

Trisha Donnelly a depuis l’automne dernier une actualité importante en Europe, à la Serpentine Gallery jusqu’en novembre 2014 dernier, à la galerie Air de Paris cette année jusqu’au 14 mars et à la Julia Stoschek Collection en Allemagne jusqu’au 2 août. Les expositions se succèdent et les oeuvres se répondent avec des projections vidéos à même le mur, comme des halos rectangulaires, parfois exposés à la lumière du jour.

Fiat lux à la Serpentine Gallery
A Londres, l’image video d’un matériau énigmatique, blanc, voluptueux, lumineux, dialoguait avec deux sculptures monolithiques de taille humaine, l’image d’une sculpture néo-classique qui peut faire penser à un David, avec une plus petite video montrant des roses, dans un parcours presque narratif. C’est ainsi à l’éternité que Trisha Donnelly dédie son exposition londonienne, « (…) I like the desaturation. It is high speed eternity », dit-elle.

Angoisse et variations météorologiques à la galerie Air de Paris
A Paris, la galerie présente six projections vidéo. Ces nouvelles oeuvres de Trisha Donnelly, semblent avoir laissé place aux dépressions et variations météorologiques, à la fluidité du mélange des deux éléments, eau et air (nuages), confrontées, mises en abîme, par la mécanique fulminante et industrielle, d’une machine non-identifiable, comme dans l’antre d’un monstre. Et dans cet ensemble de vidéos, le son d’une sonnette mécanique accompagne les trajets cycliques de la projection d’une petite icône d’une coulure métallique argentée, sur la photo de vallées nuageuses rose pastel. L’icône recouvre parfois complètement le paysage. Une autre projection imprime une image statique anamorphique d’un marbre rose. Dans cette exposition, les visions célestes paraissent menacées par l’obscurité.

Visions terrestres à la Collection Julia Stoschek
A Düsseldorf, l’exposition mêle des vidéos plus anciennes de l’artiste de la collection de Julia Stoschek, à d’autres toutes nouvelles. Et là, parmi l’ensemble des oeuvres présentées, quatre projections questionnent en particulier le vivant, l’organique et l’animal, notamment la vidéo statique d’un petit jaguar, celle d’un agrégat mouvant de matières molles roses qui semble artificiel, le négatif d’une photo d’objets sur laquelle vient clignoter une petite icône ronde colorée et une autre video statique montrant une trace comme l’empreinte d’un doigt sur une photo couleur.

Le matériau, l’hétéorogène et le non-identifiable
Dans les trois expositions, chaque vidéo peut être regardée comme une source lumineuse à la manière même d’un véritable matériau sculptural. De plus, dans un lien toujours fort à la sculpture, à Paris et à Düsseldorf, de l’icône néo-classique célèbre d’un probable David, l’on glisse à la juxtaposition, sur une image fluide principale, de cellules ou de traces hétérogènes qui forment comme des icônes statiques et abstraites, se déplaçant autour et dans le cadre. Trisha Donnelly travaille ici à former des icônes de choses non-identifiées avec des corps qui sont incompatibles entre eux et ne se mélangent pas. Et dans chacune des trois expositions, l’icône, tant celle de la sculpture de David que celle de ces corps étrangers, crée des atmosphères différentes, à Londres, jouissance et illuminations lumineuses, à Paris, angoisse, cycle, et contraste caustique des éléments, à Düsseldorf, visions autour du vivant, de l’artificiel et du terrestre.

De l’icône et du figé, à l’infini
Comme dans sa sculpture, dans ses expositions à Paris et Düsseldorf, l’artiste questionne d’une certaine manière, la nature des éléments ou des choses, qu’elles soient ou non artificielles. Mais l’on peut dire également à propos de cette oeuvre, que si l’on identifie un objet non-identifiable en lui-même, c’est que, en un sens, la représentation trouve dans cette fabrication d’icônes ou d’images figées la formulation d’une certaine identité comme hétérogénéité. Il s’agit donc d’un jeu avec ces corps hétérogènes identifiés comme tels, mais qui nous apparaissent en des surgissements d’icônes quasi-surréalistes. Et, paradoxalement, dans ces trois expositions de Trisha Donnelly, la lumière, les corps célestes et le vivant, tels d’impossibles icônes, renvoient à l’infini. Mais les icônes de ces corps étrangers minéraux ou artificiels ont aussi leur infini, bien entendu, dans une vision oblitérée, aveugle, ou cette angoisse, sans doute.

Juliette Soulez

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Visuels : Trisha Donnelly : Vues d’exposition, Air de Paris, Paris, 2015. / © Photo Marc Domage / Courtesy Air de Paris, Paris.

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