« PESSOA-SINCE I’VE BEEN ME » : ROBERT WILSON EN IMMERSION DANS LA BEAUTÉ FULGURANTE DE L’IMMENSE POÈTE LISBOÈTE

PESSOA – Since I’ve been me – du 13 juin au 21 juin 2026 – Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, Paris.
Robert Wilson propose une immersion dans l’œuvre polysémique et complexe du grand poète lisboète. Fernando Pessoa (1888-1935), quasi impublié de son vivant, demeure l’écrivain phare de l’âme portugaise et un grand investigateur du doute, de la fiction des apparences et de l’intranquillité, dans tote leur complexité. Robert Wilson malaxe la pâte pessoienne pour en révéler toutes les fulgurances et la beauté. Servi par une distribution impeccable – Maria de Medeiros, Rodrigo Ferreira, Klaus Martini, entre autres, « Pessoa – Since I’ve been me » infuse le théâtre de la puissance littéraire du Lisboète éternel.
VERTIGE DES IDENTITES
À la terrasse d’un café lisboète, un homme observe les nuages. C’est Fernando Pessoa — ou peut-être l’un de ses doubles : Alvaro de Campos, Ricardo Reis, Alberto Caeiro… Le poète s’est inventé plusieurs voix pour dire la complexité de l’être. Robert Wilson s’inspire de cette pluralité dans une création imaginée avec le Théâtre de la Ville et le Teatro della Pergola de Florence. Le metteur en scène américain traduit sur scène le jeu de miroirs entre ces figures, entre la réalité et les fictions que Pessoa a fait naître. Des extraits du Gardeur de troupeaux, de Faust ou du Livre de l’intranquillité résonnent dans plusieurs langues, portés par des interprètes qui font vivre la diversité et la musicalité de cette œuvre. Un spectacle comme une traversée sensible du monde intérieur de l’écrivain.
Un ciel bleu et des soleils rouges. Des cyprès noirs et un petit bateau blanc. Des ombres de silhouettes et des animaux chimériques. Une phrase en anglais : « I know not what tomorrow will bring. » Et ce petit homme en costume avec ses lunettes, sa moustache et son chapeau, assis sur le rebord du plateau : Fernando Pessoa tel qu’en ses multiples hétéronymes, – ses autres lui-même.
Il nous regarde, du lointain de la vie qu’il regarde aller, comme au bord d’un fleuve où la beauté intranquille naît de l’infini de l’instant. Robert Wilson est le maître de cet instant, qu’il aborde en peintre des sensations. L’enfance et la mort, le rêve et l’éveil s’enlacent dans son opus malicieux et secret qui allie les vagues des langues au silence, le music-hall à la poésie, l’ombre à la lumière. Il nous rappelle que « nombreux sont ceux qui vivent en nous. »
Brigitte Salino
Création le 2 mai 2024 au Teatro della Pergola, Florence (Italie)
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Photos Lucie Jansh
























