MYLENE BENOIT, « NOTRE DANSE » : DU FOLKLORE SANS CORPS

Notre_Danse_©_2015_Contour_Progressif

Mylène Benoit, Notre Danse : du folklore sans corps / Au CND, 7 > 9 janvier 2015.

Pour cette nouvelle pièce, Mylène Benoit a fait le choix de réaliser une trame chorégraphique qui appelle un certain folklore. On se rappelle d’Alessandro Sciarroni qui, dans FOLKS_Will You Still Love Me Tomorrow[1], puise son inspiration dans une danse alpine proprement folklorique, c’est à dire une danse traditionnelle transmise de générations en générations à travers la répétition : le Schuhplattler. Hofesh Shechter évoque quant à lui la « folk dance » dans Polititcal Mother, un spectacle récemment montré à La Villette dans un format concert : la « folk dance » rappelant une danse communautaire très présente aussi bien dans le contexte anglo-saxon que dans la culture israélienne dont est issu le chorégraphe.

Ici, Mylène Benoit s’inspire du folklore en créant une chorégraphie collective à partir de gestes simples qui rappellent une histoire partagée. Il s’agit d’évoquer la chasse à la baleine ou l’histoire d’un pêcheur qui n’arrive pas à vendre son poisson. Elle parle de « petites gens » et se positionne à l’écart des grands thèmes littéraires qui peuplent notre imaginaire commun. La composition chorale de la partition chorégraphique est d’ailleurs l’un des piliers de son travail.

Cela est très clair dans Notre Danse : on y voit les danseurs amorcer des phrases chorégraphiques personnelles qui sont reprises par les autres danseurs dans ce qui semble être un travail de transmission. Mais alors que le premier danseur donne à sa phrase une intensité particulière, les autres la reprennent sans réelle incarnation, à la manière d’une gavotte. Prenant acte du fait que la danse est affaire de signe et de procédé, Mylène Benoit évacue le corps.

Dans cette pièce où les interprètes parlent, chantent, dansent et manipulent des projecteurs postés en fond de scène, le geste simple est primordial. Exit la précision de son exécution, à bas la virtuosité scénique. Les danseurs sont des personnes (presque) comme les autres qui exécutent un certain nombre d’actions sans intention. Un peu à la manière d’Anna Halprin qui faisait travailler ses danseurs à partir de « tâches », la chorégraphe ramène le geste à son exécution pure, en référence à un récit que nous découvrons à mesure que le danseur nous le raconte.

Récit et chorégraphie se croisent pourtant sans que de la simplicité naisse un écho évocateur, un peu à la manière d’un Antonio Tabucchi ou d’un Pierre Michon[2]. Car là où ces derniers captent dans l’écriture l’essence lyrique qui se cache dans les interstices d’un quotidien assommé par la lourdeur de la répétition, Mylène Benoit multiplie les points de vue, les artefacts techniques et finit par aplanir la danse. On y découvre des mouvements désincarnés et une composition peu compréhensible. Un peu comme si Notre danse n’était en fait qu’un copier/coller d’images tantôt ratées, tantôt réussies, sans qu’émerge une émotion d’ensemble qui nous rapproche autour d’un récit commun.

Quentin Guisgand

[1] Présenté lors du dernier Festival d’Automne à Paris.
[2] Du premier, lire Pereira Prétend, du second Vies minuscules.

Notre_Danse_©_2015_Contour_Progressif_2

Images copyright Contour Progressif

Comments
2 Responses to “MYLENE BENOIT, « NOTRE DANSE » : DU FOLKLORE SANS CORPS”
  1. jddallas dit :

    muito obrigado por este artigo!

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