NICOLAS DAUBANES, POESIE DE LA REVOLTE

Nicolas Daubanes – « Ce n’est pas joli de couper les arbres ! » – Galerie Maubert, Paris – Jusqu’au 11 mai 2019.

Depuis quelques années, Nicolas Daubanes s’intéresse à la prison, lieu d’enfermement du corps et de l’esprit. De ces espaces difficiles, il a développé des recherches plastiques sur des matériaux, brique, poudre d’acier aimantée, poudre de fer aimantée, et sur ce qu’ils suggèrent. S’il part de situations et de faits réels, de rébellions et de révoltes, il en révèle une certaine poésie de l’élan, de l’espoir. Ses œuvres renvoient à la mémoire des lieux tout en laissant ouvertes de nouvelles histoires. Apparition et disparition, construction et éboulement émanent de ses œuvres.

« Il s’agit de voir avant la chute, avant la ruine, l’élan vital. » exprime-t-il. Cette exposition l’a amené à développer deux axes l’arrivée du paysage dans son travail et le sujet de la révolte. Ici, il réunit des œuvres récentes dont certaines ont été recréées pour l’espace de la galerie.

Ce n’est pas joli de couper les arbres !, ce titre renvoie à une histoire de la révolte – ici une mutinerie à la prison de Saint-Maur pendant laquelle les détenus avaient inscrit sur les murs cette phrase quasi enfantine, « Ce n’est pas joli de couper les arbres ! », pour protester contre le tronçonnage d’un arbre sur lequel s’était réfugié un détenu. Il appelle également à l’attention, à l’acte de préserver la nature, source de vie. Les arbres seraient une métaphore de la résistance, du renouveau.

Nicolas Daubanes présente de nouvelles œuvres réalisées suite à sa résidence en Tasmanie, où il est allé notamment dans une île cimetière, semblable à ce que le bagne de Cayenne fut pour la France : une île du bout du monde, à la végétation est tropicale et exubérante, qui servit de prison. Il a utilisé les volumes de la galerie Maubert pour agencer ses pièces et créer des situations entre ouverture et cloisonnement.

Des graines d’eucalyptus qu’il a ramassées sur place germent dans une serre. Ces végétaux en culture suggèrent la résilience et conduisent à l’espoir d’une croissance, d’une fuite vers le ciel. L’artiste établit un parallèle entre ce vivant vulnérable et la condition des prisonniers. Dans ses dessins Strange fruit, after Goya et Strange fruit, after Jacques Callot à la poudre de fer aimantée, la présence humaine en souffrance disparait au profit d’un paysage vide. Ses œuvres convoquent une sorte de Memento Mori, hommage à des mouvements de résistances vers un terreau de croissance. Comment prendre du recul face à ces soulèvements, ce danger ? L’artiste privilégie des techniques qui jouent sur l’apparition et l’effacement pour évoquer la survivance, le surgissement d’un renouveau.

Les toits, là où s’évader, ont souvent inspiré l’artiste. Des ouvertures, des percées à travers les grilles et les murs se retrouvent dans ses dessins, comme si du danger, une poésie se révélait. Cette matière fine et en même temps tranchante fait écho à la fois aux barreaux des prisons et aux limes qui permettent l’évasion.

La prison Charles III de Nancy surgit grâce à la poudre d’acier aimantée. Nicolas Daubanes trouve en cette matière l’évocation d’une architecture qui enferme et s’effondre.

Puis, le visiteur fait face à un mur de briques, un seuil. Doit-on ou pas le franchir ? L’emploi du matériau fait référence à la révolte et à la construction. Bien que proposant de nouvelles frontières, Ergonomie de la révolte, cette installation suggère l’effritement, une déconstruction pour une échappée possible.

Les œuvres de Nicolas Daubanes ont cette force de convoquer des situations difficiles, des contraintes avec un vocabulaire plastique d’une puissance symbolique.

Ainsi, cette exposition nous propose de nous positionner par rapport à de nouvelles limites, à la fois physique et intellectuelle. Si elle renvoie à des situations de contraintes, elle ouvre vers de nouvelles perspectives, la possibilité de s’échapper et de voir plus loin.

Pauline Lisowski

Images: 1 – Vue du toit de la prison Charles III à Nancy, 1972 (2017-2019) – Dessin à la poudre d’acier aimantée / 2- Vue de l’exposition galerie Maubert – copyright the artist

Comments
One Response to “NICOLAS DAUBANES, POESIE DE LA REVOLTE”
  1. Calandre dit :

    L’art aussi est une prison, où la liberté s’arrête à la limite de la perception..

Répondre à Calandre Annuler la réponse.

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