CONTREFAÇON : COMMENT LES STRUCTURES CULTURELLES SONT LES PREMIERES CONTREFACTRICES DES OBJETS DE LA CULTURE

TRIBUNE : COMMENT LES STRUCTURES CULTURELLES SONT LES PREMIERES CONTREFACTRICES DES OBJETS DE LA CULTURE.

Musées fermés ? pas de souci : on déploie la toile du net pour proposer d’obscurs objets numériques mal filmés (on ne sait comment et par qui, selon quels choix esthétiques et scientifiques des « réalisateurs », en termes de hiérarchisation, de cadrage etc.), censés se substituer à la réalité de l’Art. Théâtres, Opéras, Scènes de Danse empêchés ? Mêmes « solutions » bâtardes, aux oeuvres vivantes de chairs et d’os, substituons de mauvaises images diffusées qui plus est, sur les pires des réseaux sociaux, incultes par définition, capables on l’a vu de censurer la moindre apparition d’une « Origine du Monde »…

Tout ceci est lamentable. Les musées, centres d’Art, théâtres et autres scènes vivantes sont clos, pour l’instant ? Qu’on les laisse en l’état. Rien ne remplacera le contact direct avec une oeuvre d’art, un spectacle vivant, de la pensée vivante, du corps et de la sueur. Rien ne remplacera le contact direct avec le public, voyeur indispensable de l’oeuvre d’art et complice essentiel. Mes professeurs des Beaux-Arts n’avaient de cesse de me le répéter : une oeuvre d’art n’existe que par le contact avec son public. Toute l’émotion, intellectuelle, spirituelle, d’une oeuvre ne passe que de visu, en confrontation. Toute autre interprétation délivrée du lien sacré de la confrontation à l’oeuvre reste une copie, une contrefaçon.

Pour être très clair : l’image d’un tableau n’est pas un tableau. Comme la captation vidéo d’une pièce ou d’un opéra n’est pas une oeuvre de spectacle vivant. Pas plus qu’une « oeuvre » théâtrale ou musicale jouée en absence de public véritable, se contentant d’une poignée de professionnels. Ce ne sont que des ersatz sans vie, inhabités. Des reproductions.

INFERNO, contrairement à certains de ses confrères en mal d’existence, n’a jamais souscrit, ce depuis le début de la pandémie, à ce rapport faussé et hypocrite à l’oeuvre, que nos institutions publiques plébiscitent visiblement et ont mis en train avec entrain, oubliant là le devoir qui leur incombe de transmission de l’oeuvre vivante. Elles qui pourtant devraient peu se soucier du « manque à gagner » de leurs productions -et pour cause- pour au contraire se recentrer sur le coeur de leur métier : c’est quoi montrer, transmettre l’Art aux publics ? Certainement pas leur proposer de vulgaires reproductions, fussent-elles digitales et parées des atours de la modernité numérique.

Stop à cette multiplication d’ersatz numériques, mesdames et messieurs de l’administration culturelle et artistique. Arrêtez de nous inonder de vos « programmes » digitaux et de vos micro-chaînes youtube dédiées que personne ne regarde. Concentrez-vous sur l’essentiel, la création vivante : aidez concrètement les artistes, formez puissamment vos publics et futurs publics. Consacrez l’argent public considérable qui vous est alloué à la véritable promotion de l’Art et au soutien des artistes, plutôt que vous complaire dans vos misérables subterfuges numériques à l’adresse exclusive de vos financeurs. Personne n’est dupe. Le Covid vous a bien réussi : une année de vacances supplémentaires sans devoir rendre de comptes à vos tutelles.

Surtout, cessez d’appeler les médias à relayer vos pauvres initiatives digitales ou pire, nous proposer vos séances « spéciales » de spectacles à l’usage unique des professionnels et de la presse. Celle-ci n’est pas dupe, et n’a aucune envie de relayer vos « événements » qui ressemblent de plus en plus à des « soldes privés ». Qu’est un spectacle, une exposition sans public ? Rien. Tout ceci pue l’entre-soi et le « marché », toutes considérations très éloignées de ce qui devrait être votre priorité : votre mission d’intérêt public.

Non. Au lieu de faire semblant de vous agiter dans vos bocaux respectifs, au nom de la « défense de l’art », avec vos moyens dérisoires et puérils qui ne font même pas illusion, résistez vraiment : rebellez-vous et ouvrez vos lieux, en toute désobéissance civile. Pour une fois ayez du cran et soyez en accord avec votre soi-disant ADN de révoltés ! Du courage, c’est tout ce qu’il vous faut. Et c’est tout ce qui vous manque cruellement.

Marc Roudier

Comments
2 Responses to “CONTREFAÇON : COMMENT LES STRUCTURES CULTURELLES SONT LES PREMIERES CONTREFACTRICES DES OBJETS DE LA CULTURE”
  1. Marcovici dit :

    En accord total avec ce texte.
    Si il est de bon ton en ces périodes troublées de « pondre » de l’image, celle ci remplaçant le « vivant », la messe dans une salle obscure avec l’artiste, la connivence entre le public et le comédien, la mise en lumière de l’œuvre voulue par son auteur et la danse des corps offerte aux âmes à l’écoute. Nos gouvernants dans un profond mépris des douleurs engendrées par la Covid, en sourds et aveugles naviguent en ayant la volonté certaine de casser ce que certains avaient nommé « exception culturelle française ».
    Il aura fallu une pandémie et quelques ministres fantômes et incultes de la dite culture, pour enfin se rendre compte de l’état, dans ce domaine comme dans d’autres, du naufrage programmé depuis des lustres de l’essence même de ce qui fait un pays moderne et civilisé.

  2. Boussagol Bruno dit :

    Magnifique !!!!!
    Je suis en total accord avec ce que vous dites et comment vous le dites.
    C’est aussi ma « manière ».

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