UN « SONGE » DE MARCIAL DI FONZO BO, SOMBRE ET MAGNIFIQUE

SONGE – D’après Le songe d’une nuit d’été de William Shakespeare (nouvelle traduction en français d’Olivier Cadiot) et Sans titre de Federico Garcia Lorca – Mise en scène Marcial Di Fonzo Bo – Collaboration artistique et dramaturgie Marianne Ségol – Théâtre du Nord Lille, les 9 et 10 avril 2026.
Touffu. Comme une épaisse forêt aux lueurs de jour aux reflets de nuit. Une nuit d’été. Entre réalité et fantastique. Entre raison et folie baroque de fées imaginaires.
La pièce de Shakespeare « Le songe d’une nuit d’été » est dense et complexe. Dans une forêt magique. Quatre jeunes gens, Hermia, Démétrius, Lysandre et Hélène sont la proie des sortilèges lancés par le roi Obéron et Tatiana la reine des fées. Pris au piège d’un imbroglio amoureux où leurs sentiments sont joyeusement manipulés au gré des différents jeux de pouvoir de ces êtres surnaturels. Le très malicieux Puck, au service des royaux et malins esprits étant l’artisan de bien des troubles et quiproquos. Marivaux aurait pu s’y balader. Mais c’est déjà une illusion.
Marcial Di Fonzo Bo et Marianne Ségol en modifie la fin. Ajoutant la pièce inachevée de Federico García Lorca Sans titre (Le songe d’une vie). Pièce surréaliste au demeurant. Le poète espagnol assassiné par le pouvoir franquiste y dit comment ce pouvoir-là voulait interdire une représentation de la pièce de Shakespeare. Affirmant comme vérité que le théâtre n’est que mensonge.
Les rêves existent. Tout est théâtre. Comme tout peut être politique. Et peut-être l’inverse également. Quand les amours tourmentés d’une jeunesse semblent reflet de désordres bien plus profonds. Les accents Shakespeariens mêlés aux cris de Lorca nous semblent tout à coup si proches. Si dangereusement présents au regard de notre monde. Pour le moins troublé. Conflits multiples. Climat déjanté. Extrêmes. Les mots sont terribles. Comme le sont ceux des deux grands poètes. Quand bien même ceux de Shakespeare revêtent ici quelque fausse légèreté.
De théâtre il s’agit bien. Nous y sommes. Et théâtre dans le théâtre dans la pièce de Shakespeare. Quand une troupe d’artisans s’improvisent acteurs. Quand l’un d’eux, Bottom, sera également victime des sortilèges et deviendra un âne. Rien moins. Un baudet dont s’éprend la Reine des farfadets. Légèreté encore ? Pas si sûr.
Avec ces fées aux allures de punks, la musique électro magnifiquement et magiquement jouée en direct dans une demie-fosse installée sur scène, un vieux Puk ébouriffé ou des lucioles qui pétillent comme des étoiles d’été tout pourrait paraître léger. Insouciant. Comme un amour absolu d’une jeunesse rebelle. Lune blanche éblouissante de pureté. Mais au-delà de quelque danse sauvage. La violence. Violence des sentiments certes. Violence du pouvoir. Quel qu’il soit. Violence du monde. Aujourd’hui. Violence d’une forêt. Sombre. Épaisse. Sans issue. Cette forêt sur écran large. Soudain. Le cinéma dans le théâtre. Le théâtre dans le cinéma. Superbes images. Mélange si beau. Si juste. Si virtuose. Où tout se trouble. Où rêve et réalité se confondent. Où l’amour lui-même devient un combat. Ultime paradoxe. Comme chez Shakespeare. Où la violence explose. Comme chez Lorca. Quand parlent les fusils.
Entre deux mondes. En équilibre comme sur ces deux poutrelles qui traversent le plateau. Comme cette scénographie apparemment dépouillée et pourtant si complexe. Belle et sombre. Comme des dessins de Goya l’inspirateur. À l’image du propos. Éminemment théâtral. Éminemment politique. À l’image du parti-pris. Fidèle à l’esprit de Shakespeare.
Rien ne semble pourtant perdu. Même si « Les enfants facétieux en plein jeu se trompent. » Emmenés par cette troupe d’actrices et d’acteurs européens à l’énergie farouche. Ils sont tous nommés ci-après. Magnifiques protagonistes de cette fausse comédie. Ils jouent. Ils dansent. Ils chantent. Ils bondissent. Ils s’affrontent. Ils confondent leurs langues. Ils sont là, sur l’écran. Ils sont là sur le plateau. Ils sont là dans la salle. Vivants. Oui vivants. Et nous donnent par ce théâtre si vrai le songe d’un monde retrouvé. Peut-être.
Arthur Lefebvre
Distribution : Avec l’Académie Européenne – Angers : Olga Abolina, Amada Bokesa, Emma Bolcato, Geoffrey Carey, Magí Coma Larrosa, Andro Crespo, Julien Lewkowicz, Nathan Moreira, Miguel Peña Novo, Dylan Poletti, Lucas Resende, Charles Tuyizère et Geoffrey Carey dans le rôle de Puck – Scénographie Alban Ho Van – Films Nicolas Mesdom – Composition musicale Arthur Vonfelt – Costumes Fanny Brouste – Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar assistée de Bryan Gutiérrez – Chorégraphie Lucas Resende – Assistanat à la mise en scène Iris Laurent
En tournée saison 2026 – 2027 :
–Adaptation en plein air du 11 au 19 avr. 2026 Villa Manin d’Udine, Italie (en cours).
-30 septembre et 1er octobre 2026 au Teatre Nacional de Catalunya à Barcelone
-7 et 8 ocobre 2026 au Théâtre Saint-Louis à Pau
-13 et 14 octobre 2026 au TAP – Scène nationale de Grand Poitiers, en co-accueil avec le Méta – CDN Poitiers Nouvelle-Aquitaine
-4 et 5 novembre 2026 aux Quinconces et l’Espal – Scène nationale du Mans
-12 au 16 novembre 2026 au Mixt, terrain d’arts en Loire-Atlantique à Nantes
-19 et 20 novembre 2026 à la Maison des arts de Créteil.



Photos Christophe Raynaud De Lage






















