WARHOL, L’INTIME DESSIN

ANDY WARHOL. LA LIGNE ET L’IMAGE – Musée du Luxembourg Paris – Jusqu’au 10 janvier 2027.
À l’instar d’un Pablo Picasso, Andrew Warhola, se passionne très tôt pour le dessin.
Né en 1928 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, à l’ombre des aciéries. Fils d’immigrés tchèques catholiques, il n’aura de cesse de devenir célèbre. Très jeune d’ailleurs il collectionne les photos de stars. Obsédé-entre autre- par sa propre image.
Image. Le mot est dit. Écrit. Tracé devrait-on peut-être dire. Elle sera la ligne de toute sa production artistique. « Je ne lis jamais. Je regarde seulement les images » se plaisait-il à préciser.
« La ligne et l’image » est le titre de cette exposition préparée par Alain Cueff, commissaire de l’exposition qui ne doute pas, par ailleurs, que de nouvelles explorations de l’œuvre de Warhol, à l’occasion du centenaire de sa naissance, permettent aussi quelques découvertes inédites.
Si le premier autoportrait daté de 1942 résonne tout de suite et avant toute chose comme l’un des premiers dessins il est aussi le signe avant coureur de ce long et fructueux parcours. Jusqu’aux dessins de 1985, 1986 tel celui de la cène. Un an avant sa mort le 22 février 1987.
Certes la célèbre assertion de Warhol affirmant qu’il voulait être une machine confère à ses productions en séries un aspect mécanique. Mais il reste néanmoins que le dessin, sous des formes différentes, reste bien présent de bout en bout. De la jeunesse jusqu’aux derniers travaux. Mêlant de multiples techniques et supports largement représentés ici.
Alain Cueff parle de la « tentation d’élever un véritable rempart entre le dessin et la peinture de Warhol, en ne considérant le premier que comme la survivance presque accidentelle de son apprentissage. » Puis il précise que néanmoins « les deux coexistent à différents moments de sa vie, et jusqu’à un certain point sont le miroir l’un de l’autre. » L’exposition permet précisément de découvrir « comment le dessin warholien est simultanément autonome et relatif au choix du procédé mécanique. »
Plutôt qu’un traditionnel parcours chronologique, Alain Cueff a préféré organiser l’exposition en cinq thématiques regroupant quelques 150 dessins, une dizaine de peintures, quelques sérigraphies et photographies ainsi que des documents d’archives dans une scénographie de Véronique Dolfuss.
Ainsi « Excentricités, lieux communs. » ouvre le chemin. En 1949, arrivé à New York, Warhol devient dessinateur publicitaire et collabore très vite à de nombreux et célèbres magazines. Ses images fantaisistes veulent être avant tout immédiatement lisibles. Il s’agit d’ores et déjà de forger sa célébrité. Singes ou anges côtoient ici les premières boîtes de soupe. Ou encore quelques beaux portraits de chats. Ou encore quelques dollars …
« Abécédaires et b.a.-ba. » Second thème autour de l’écriture manuscrite. La sienne. Et aussi celle de sa mère. Très présente dans cette production des années cinquante. Tout comme elle l’est dans sa vie. Écriture maternelle très graphique où chaque lettre semble contenir sa propre particularité. Sa propre histoire. Lettrage de Julia Warholia qui orne un charmant petit paravent ou dollars omniprésents l’écriture se définit comme un avant propos du dessin. La lettre et le signe se répondent. Ainsi les « Rorschach », un art de la tache où la symétrie révèle les images. À interpréter… ou pas !
« Visages et masques » une section où le portrait et l’autoportrait prennent bien sûr toute leur dimension. Marylin ou Mao côtoient ici Joan Crawford ou Ginger Rogers dessins antérieurs d’une dizaine d’années. Quelques anonymes aussi. Le portrait reconstruit et démultiplié par Warhol. À voir au-delà d’eux-même. Profondément ambivalent comme l’image de Mao Tsé-Toung accompagné de son dessin préparatoire. Mao énigmatique, sublime et terrifiant à la fois. Portraits, autoportraits, fascination. La sienne. La nôtre. Visage des autres se confrontant ici à des autoportraits dont celui de 1978 noir et blanc de l’affiche. Rencontres riche de sens.
« Erotic » L’iconographie gay dessinée par Warhol est restée privée jusqu’aux années soixante-dix. Plusieurs élégants dessins au stylo bille pour illustrer ce pan de culture camp. James Dean aux côtés d’anonymes et de fragments de corps. Pieds ou torses. À noter également les extraits de films notamment de « Sleep ». Film de 1964, long montage de 5h21 du sommeil de John Giorno, poète et amant de Warhol. Et bien sûr d’inévitables self portraits dont quelques amusants fac-similés de Polaroïds en drag.
« Enfer et merveilles », dernier volet, provisoire sans doute, de cette exploration. L’obsession de la mort à laquelle Warhol échappe en juin 1968. Quand Valérie Solanas, une actrice frustrée tire sur lui à bout portant. La mort à laquelle il échappe l’obsède désormais. Madone à l’enfant, Jésus Christ et des Ombres.
L’ombre gigantesque d’Andy Warhol sur l’histoire de l’art. Warhol complexe et multiple comme son œuvre. Comme lui-même. Alors s’attarder le temps de cette visite, sur Warhol dessinateur serait peut-être approcher un Warhol plus discret. Plus intime.
Arthur Lefebvre
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ANDY WARHOL. THE LINE AND THE IMAGE – Musée du Luxembourg Paris – Until January 10, 2027.
Like Pablo Picasso, Andrew Warhola developed a passion for drawing at a very early age.
Born in 1928 in Pittsburgh, Pennsylvania, in the shadow of the steel mills. The son of Catholic Czech immigrants, he was determined to become famous. From a very young age, he collected photos of celebrities. Obsessed—among other things—with his own image.
Image. The word is spoken. Written. Drawn, one might say. It will be the guiding principle of all his artistic production. « I never read. I only look at images, » he liked to point out.
« Line and Image » is the title of this exhibition prepared by Alain Cueff, curator of the exhibition, who also has no doubt that new explorations of Warhol’s work, on the occasion of the centenary of his birth, will also allow for some new discoveries.
While the first self-portrait, dated 1942, immediately resonates as one of his earliest drawings, it also foreshadows this long and fruitful artistic journey, culminating in drawings from 1985 and 1986, such as the one depicting the Last Supper. This work was created a year before his death on February 22, 1987.
Warhol’s famous statement that he wanted to be a machine certainly lends a mechanical aspect to his mass-produced works. Nevertheless, drawing, in its various forms, remains ever-present throughout, from his early work to his final pieces, blending multiple techniques and media, all of which are well represented here.
Alain Cueff speaks of the « temptation to erect a veritable barrier between Warhol’s drawing and painting, considering the former only as the almost accidental survival of his apprenticeship. » He then clarifies that nevertheless « the two coexisted at different times in his life, and to a certain extent mirrored each other. » The exhibition allows us to discover precisely « how Warhol’s drawing is simultaneously autonomous and relative to the choice of mechanical process. »
Rather than a traditional chronological journey, Alain Cueff preferred to organize the exhibition into five themes, bringing together some 150 drawings, a dozen paintings, some screen prints and photographs, as well as archival documents in a scenography by Véronique Dollfuss.
Thus, « Eccentricities, Commonplaces » paves the way. In 1949, having arrived in New York, Warhol became a commercial illustrator and quickly began contributing to numerous famous magazines. His whimsical images were designed above all to be immediately legible. The aim was already to forge his fame. Monkeys and angels appear alongside early soup cans. Or perhaps some beautiful portraits of cats. Or even a few dollars…
“Alphabet books and the basics.” The second theme revolves around handwriting. Her own. And also her mother’s. Very present in this work from the 1950s. Just as it is in her life. A very graphic maternal handwriting where each letter seems to contain its own particularity. Its own story. Julia Warholia’s lettering adorning a charming little screen, or the omnipresent dollar signs—writing is defined as a preface to the drawing. The letter and the symbol respond to each other. Thus, the “Rorschach” inkblots, an art of the blot where symmetry reveals the images. To be interpreted… or not!
“Faces and Masks,” a section where portraiture and self-portraiture naturally take on their full dimension. Marilyn Monroe and Mao Zedong appear alongside Joan Crawford and Ginger Rogers in drawings from about ten years earlier. A few anonymous figures are also included. The portrait, reconstructed and multiplied by Warhol, invites us to see beyond the surface. Profoundly ambivalent, like the image of Mao Zedong accompanied by his preparatory drawing. Mao, enigmatic, sublime, and terrifying all at once. Portraits, self-portraits, fascination. His. Ours. The faces of others confront self-portraits, including the 1978 black and white portrait featured on the poster. Encounters rich in meaning.
« Erotic » The gay iconography drawn by Warhol remained private until the 1970s. Several elegant ballpoint pen drawings illustrate this facet of camp culture. James Dean alongside anonymous figures and fragments of bodies: feet or torsos. Also noteworthy are film excerpts, particularly from « Sleep, » a 1964 film, a 5-hour and 21-minute montage of John Giorno’s sleep, the poet and Warhol’s lover. And of course, the inevitable self-portraits, including some amusing facsimiles of Polaroids in drag.
« Hell and Wonders, » the final, and undoubtedly provisional, installment of this exploration. The obsession with death from which Warhol escaped in June 1968, when Valerie Solanas, a frustrated actress, shot him at point-blank range. The death he escaped now obsesses him. Madonna and Child, Jesus Christ, and Shadows.
Andy Warhol’s immense influence on art history. Warhol, complex and multifaceted like his work. Like himself. So, lingering on Warhol the draftsman during this visit might allow us to approach a more discreet, more intimate side of him.
Arthur Lefebvre
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Images: Vues de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image », Musée du Luxembourg, 2026. Photos : © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026 – Copyright the estate of Andy Warhol 2026 – Courtesy Grand Palais / RMN
























