RICHARD FAUGUET : AMPLIFIER L’ART

 

Exposition Richard Fauguet à la galerie art concept

 

La  Galerie art: concept accueille en ce moment la quatrième  exposition monographique de Richard Fauguet, qui, grâce à une scénographie  épurée, parvient une fois de plus à nous émerveiller. Comme à son habitude  l’artiste mélange les genres, les mediums, les catégories et bouleverse nos  conceptions formatées de l’art. Son œuvre construite par séries, se renouvelle  constamment et propose toujours des associations incongrues, singulières et  inattendues. Artiste protéiforme, il puise dans l’histoire de l’art en y  ajoutant un zeste de bricolage (tuyauteries, adhésif), de nourriture (sucre,  lasagnes, bonbons), d’amateurisme (pâte à modeler), de pratiques vernaculaires  (poteries, tapisseries) ou encore de ready-made. Son œuvre fait appel à un  imaginaire collectif, artistique et trivial.

L’exposition Selon Arrivage rassemble des portraits  sur toiles aux murs, des sculptures anthropomorphes au sol, deux tapisseries  suspendues au plafond et une étonnante installation qui se révèle être le  portrait de l’artiste offert par un ami. La première partie de l’exposition est  une réflexion tournée vers Pablo Picasso et le concept de génie dans l’histoire  de l’art. Richard Fauguet a choisi de réinterpréter plusieurs portraits des  femmes de Picasso : épouses, muses, égéries. S’il a retenu la toile et les  gammes chromatiques picassiennes, il a pourtant délaissé la peinture. Au premier  coup d’œil, le visiteur pense à de la peinture, pourtant, s’il observe avec  attention, la texture intrigue, pâteuse, opaque, glacée. En effet, chaque  portrait a été produit avec de la pâte à modeler. Malaxée, triturée, chauffée et  aplatie sur la toile, la pâte à modeler confère une nouvelle perception aux  portraits exagérément déformés de Picasso. Richard Fauguet précise avec humour : « Les femmes de Picasso ont fondu pour moi ». Rapidement nous entrons dans une  truculente confrontation entre art et artisanat, amateurisme et  génie.

Si le volume et la recherche dans  l’espace sont présents dans ses portraits en pâte à modeler, ils le sont  davantage avec ses sculptures anthropomorphes disposées dans les coins des deux  pièces de l’exposition. Des sculptures réalisées à partir de céramiques de  Vallauris (un nouveau clin d’œil à Picasso qui, à partir des années 1940 à donné  une nouvelle impulsion à la céramique traditionnelle) et de matériaux de  plomberie. Ici, tout est question de volume, Richard Fauguet poursuit et  renouvelle la réflexion formulée par les cubistes au début du XXème  siècle, qui ont donné de nouvelles perspectives non seulement à la peinture mais  aussi à la sculpture. Le rapport à l’espace est fondamental, un dialogue  s’installe entre les œuvres et la salle d’exposition.

Dans la deuxième salle, deux  tapisseries suspendues au plafond font face au portrait de l’artiste. Sur deux  skis en bois repose une tablette bleue, sur laquelle trône un petit buste de  l’artiste. La peau beige et les cheveux verts, il regarde fixement le mur blanc  de la galerie auquel il est raccordé par la longue chaîne d’un bouchon d’évier,  lui-même collé au mur. Le portrait traduit la manière dont Richard Fauguet  glisse joyeusement entre les conventions, les injonctions et les  classifications. Littéralement il débouche le mur et libère la création de son  carcan souvent sclérosant et réducteur. L’installation, elle-même inspirée par  le travail de Richard Fauguet fait écho au reste de l’exposition. De plus, son  portrait est associé aux tapisseries qui représentent pour l’une une femme  lisant une lettre, le haut de sa robe est décorsetée et laisse apparaître sa  poitrine, pour l’autre le célèbre tableau de Jan Vermeer, La Dentellière (vers 1669-1670). Une  mise en scène de l’artiste et de son modèle où imagerie populaire érotique et  représentation traditionnelle des femmes se tutoient. Quel modèle est le plus  respectable ? Richard Fauguet s’inspire des deux, il métisse le populaire et  l’élitisme pour déjouer les stéréotypes : tant sur le fond que sur la forme.

L’artiste évite les hiérarchies  imposées par l’histoire, les institutions ou le marché, pour tendre vers une  pratique libre, rafraîchissante et extrêmement originale. Grâce à d’étonnantes  associations formelles, matérielles et thématiques, il parvient chaque fois à  remanier son répertoire. Entre célébration, parodie et détournement d’une  histoire de l’art dont il puise une partie de ses productions, Richard Fauguet  ravive et chamboule les codes de la création  contemporaine.

Julie Crenn

Exposition « Selon Arrivage » de Richard Fauguet, à la  Galerie art: concept, du 19 novembre 2011 au 7 janvier  2012.

Plus d’informations : http://www.galerieartconcept.com/

Visuel : Sans Titre – 2011, pâte à modeler sur toile, 61 x 50 cm. Courtesy Galerie art: concept.

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