MICHEL AUBRY : THE SEARCHERS, AU CREDAC EN SEPTEMBRE

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MICHEL AUBRY : THE SEARCHERS / CREDAC Ivry / Vernissage le 19 septembre 2013.

Michel Aubry (né en 1959, vit à Paris) déploie depuis une vingtaine d’années une œuvre programmatique, consistant souvent à interpréter des objets ou œuvres emblématiques de la modernité à travers un vocabulaire formel issu de différents artisanats (facture instrumentale, ébénisterie, art du costume, tapisserie). Le processus de fabrication y est central, régi par un protocole de production subvertissant le rapport entre original et copie.

Pour son exposition au Crédac, Michel Aubry présente des réinterprétations d’architectures éphémères et prototypes de mobilier présentés par l’Union Soviétique à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris en 1925 : le Club Ouvrier d’Alexander Rodtchenko, le Kiosque de Konstantin Melnikov, et le Pavillon de l’URSS, également conçu par Melnikov, qui fait ici l’objet d’une production inédite.

Paris, 1925. Alexander Rodtchenko séjourne à Paris pour superviser l’installation de l’exposition de l’URSS au Grand Palais, de son Club ouvrier et des kiosques de Melnikov dont il avait pensé les couleurs. Avec ses formes et matériaux simples, économiques et fonctionnels, l’architecture de Melnikov est alors la matérialisation architecturale de la nouvelle esthétique de la Révolution, l’instrument idéologique d’un rapport renouvelé aux objets et au savoir. Dans les Galeries étrangères, Rodtchenko présentait son Club Ouvrier, un ensemble de mobilier de lecture, de jeu et de socialisation destiné à être diffusé dans tout le pays, reflet d’une utopie d’intégration de tous les arts dans la vie quotidienne et de participation au progrès humain. (…)

Inlassablement, Michel Aubry documente les conditions de production de ces projets d’avant-garde afin de les mettre en pratique dans un contexte différent. Ainsi il établit dès la fin des années 1980 un système d’équivalence entre gamme musicale et mesures spatiales en s’inspirant d’une famille d’instruments à vent sardes, les launeddas. (…) Ce système, qui régit la quasi-totalité de sa production sculpturale, est un protocole de « contamination », aussi arbitraire qu’ironique, de la forme et des fonctions des objets pris pour modèles. Aubry utilise les roseaux comme outil de mesure et comme matériau, visibles ou intégrés à la structure même des sculptures. Ainsi transformés en instruments de musique potentiels (augmentés d’anches, la mise en vibration est possible mais non réalisée), les objets d’origine changent de statut et pourtant restent « plus vrai que nature ».

S’il est question « d’éprouver une nouvelle fois » le processus de production, il s’agit aussi de repenser l’héritage de ces œuvres en les reconstruisant. Autrefois pensées comme opérantes dans la réalité sociale, aujourd’hui « lissées » par l’histoire de l’art, devenues icônes, disjointes de leur contexte politique et économique, quel statut prennent ces créations historiques ?

(…) Etrangère à tout modèle idéologique, à toute forme générique, la démarche de Michel Aubry engage plutôt les notions d’unicité, de réversibilité et de déplacement constant de la forme. Comme Rodtchenko et Melnikov, Aubry fait figure de chercheur, poursuivant un objet toujours élusif, à l’image des héros de The Searchers, titre de l’exposition emprunté au film de John Ford de 1956.

En appelant aux savoirs de l’historien, du musicologue et de l’artisan, Michel Aubry continue ici de déployer un système original de représentation de l’histoire des formes, significatif d’un regard contemporain qui s’enrichit des strates de son passé.

Visuel : Michel Aubry, Mise en musique du kiosque de Melnikov, 1925-2009. Bois peint, tapis afghans. Vue de l’installation au Centre d’art Le Parvis, Ibos, 2009. © Michel Aubry. Courtesy de l’artiste et Marion Meyer Contemporain.

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