BIENNALE DE VENISE 2026 : LA POLÉMIQUE YTO BARRADA
Posted by marcroudier on 6 avril 2026 · Laissez un commentaire

BIENNALE DE VENISE 2026. YTO BARRADA, L’ARTISTE DU PAVILLON FRANCE DE LA 61e EDITION, ATTAQUÉE PAR ISRAËL APRÈS QU’ELLE AIT SIGNÉ UNE PETITION DEMANDANT L’EXCLUSION DE L’ÉTAT BELLICISTE DE LA BIENNALE D’ART.
Rien n’arrête Israël ! Voilà que le 24 mars dernier dans un communiqué, le CRIF, bras idéologique en France de la propagande israélienne, s’en prend à Yto Barrada, l’artiste représentant la France dans son Pavillon national de la Biennale 2026, demandant le retrait de sa signature de la pétition du collectif Art Not Genocide Alliance (Anga) appelant la Biennale de Venise à interdire à l’Etat dirigé par Netanyahu de participer à la 61e édition, et faisant pression pour que la France renonce à ce que l’artiste franco-marocaine occupe son Pavillon officiel.
Après avoir fait dégager de facto le Pavillon Sud-Africain pour cause d’une oeuvre de l’artiste Gabrielle Goliath, représentant le pays dans son Pavillon national, oeuvre critique des crimes de Tsahal à Gaza déplaisant fortement au gouvernement israélien, puis dans le même temps fait pression auprès des curateurs d’une expo programmée dans un musée canadien de l’artiste internationale Nan Goldin, très engagée dans la critique des agissements d’Israël, le lobby israélien poursuit sa détestable propagande à l’encontre des artistes osant protester contre les guerres et exactions de cet état génocidaire et criminel, dirigé par un autocrate poursuivi par la justice internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, le belliciste d’extrême-droite Benjamin Natanyahu, Israël a fait donc pression sur la France pour que l’artiste Yto Barrada qui la représente disparaisse d son Pavillon officiel…
Devant cette intimidation inadmissible, l’Institut français a réagit vertement, lui qui a en charge la programmation du Pavillon de la France, et a répondu sèchement à la demande de censure du CRIF : c’est Non ! De son côté, rappelant son droit à la liberté d’expression, Yto Barrada s’est bien évidemment refusée à souscrire à l’appel délirant du CRIF, arguant que cela constituerait une trahison du mandat institutionnel que lui a confié la France. Même si comme nous le développons plus loin, nous ne sommes pas particulièrement enchantés que cette artiste franco-marocaine, quasi-inconnue de la communauté artistique française, sortie du chapeau de notre ex-ministre de la Culture -comme on le sait très experte en matière d’Art contemporain- représente notre pays, nous soutenons entièrement et sans réserve le maintien de sa présence à Venise et sommes solidaires de la ferme résistance dont elle fait montre devant cette ingérence insupportable qu’elle subit de la part d’une nation étrangère.
Rappelons que la lettre du collectif ANGA a été signée par plus de 200 artistes et leurs commissaires d’exposition internationaux, présents à la Biennale 2026, portant les couleurs de leur pays (Angleterre, Brésil, Slovénie, Suisse, Espagne, Qatar, Émirats arabes unis, Slovénie, Bulgarie, Hollande, Pologne, Luxembourg, Malte, Montenegro, Pérou, Turquie, Egypte, Irlande… et donc France) mais aussi par les commissaires Gabe Beckhurst Feijoo et Rasha Salti, membres de l’équipe chargée du commissariat général de la Biennale. « L’appel d’ANGA fait suite à celui lancé par la société civile palestinienne pour contester la normalisation de l’apartheid et de l’occupation israéliens au sein des instances culturelles internationales » est-il précisé dans un communiqué de l’organisation.
Les Pavillons de la honte
Le fait est que la présence du Pavillon d’Israël à cette 61e Biennale pose un véritable problème d’éthique aux responsables de La Biennale, mais aussi au gouvernement italien et à sa présidente du conseil néo-fasciste Giorgia Meloni, trumpiste convaincue, certainement à la manoeuvre derrière l’acceptation de la présence israélienne, en sous-main et sans évidemment le revendiquer ouvertement… Un Pavillon aux couleurs d’un Etat criminel et va-t-en guerre, responsable de 65 000 morts à Gaza, civils pour la plupart, et de la chasse inlassable menée par les colons illégaux aux Palestiniens des territoires annexés qui suscite, c’est le moins qu’on puisse dire, le courroux de tout le milieu artistique, à juste titre, mais aussi celui de la communauté internationale, en profond désaccord avec les guerres et exactions menées par Tsahal au Liban et en Iran après celles de Gaza. Des faits d’agression condamnés par L’ONU et le TPI, au vu des lois régissant strictement les actes de guerre, des faits graves violant la Convention de Genève, que la communauté internationale ne peut que désapprouver, ce qu’elle fait de plus en plus fermement.
Cette visibilité offerte au Pavillon israélien est d’autant plus scandaleuse qu’au prétexte de soi-disant travaux opérés dans son bâtiment historique des Giardini, Israël va installer cette année sa représentation au sein même de l’Arsenale, lieu officiel de La Biennale (avec le Pavillon central des Giardini) pour son exposition majeure « In minor keys ». Ce qui constitue un viol de la philosophie des concepteurs de l’exposition centrale, mais aussi du règlement La Biennale, doublé d’un rapt pur et simple d’un lieu emblématique de l’événement international au profit d’une nation qui désormais ne respecte plus aucune règle et s’approprie un des derniers territoires où la résistance s’exerce contre elle : l’Art et ses institutions. Un dangereux précédent.
Mais Israël n’est pas seul à Venise à vouloir pavoiser sans vergogne son Pavillon des couleurs d’une nation honnie, qui pratique l’apartheid, déplace des populations par centaines de milliers à Gaza, où elle enferme les Gazaouis dans un territoire devenu un véritable camp d’internement -pour ne pas dire de concentration-, en Cisjordanie occupée, mais aussi au Liban et en Iran, que Tsahal bombarde sans discrimination, ciblant délibérément les populations civiles, dans les hôpitaux, les écoles, les camps de réfugiés, comme elle l’a fait à Gaza, déplaçant en masse ces civils qui n’ont rien demandé, comme elle assassine sciemment les journalistes et pratique sans réserve la torture et l’humiliation sur ses prisonniers… Une armée qui se comporte en violation totale des lois internationales, qui assassine sans honte ni scrupules.
Non, Israël n’est pas seul à Venise : il rejoint le club très fermé des parias de la planète que sont la Russie de Poutine, elle aussi prétendant rouvrir son Pavillon fermé depuis 2024, malgré une condamnation quasi unanime des nations. ou encore les Etats-Unis du psycho-président Trump, chef de guerre mégalomane qui s’imagine que « l’art de la guerre » est un vaste deal à l’échelle du monde, mettant à feu et à sang la planète et qui a lui-même choisi l’artiste qui représente son pays (!)… Et on n’oublie pas la Chine totalitaire de Xi, persécutrice patentée des Tibétains et autres Ouïghours, qui ne vise qu’à étendre son empire sur ses voisins dont la détestée Taïwan, la Hongrie du très russophile, anti-européen et anti Ukraine Victor Orban, l’Azerbaïdjan, spoliateur des territoires arméniens, le Sénégal, qui fait de la chasse aux homosexuels et LGBT une doctrine nationale, la Syrie sinistre du djihadiste « réformé » Ahmed Al-Charaa, et bien sûr, cerise sur le gâteau, l’Iran terroriste et sanguinaire, qui massacre et enferme ses propres populations avec une férocité sans égale… Tout ce beau monde possède donc son Pavillon à la Biennale, et le pavoise de ses étendards écarlates du sang versé. Israël est en bien jolie compagnie…
Ne manquent à cette belle liste de nations totalitaires que La Corée du Nord, soutien actif de la Russie en guerre qu’elle fournit en missiles, la Biélorussie de l’autocrate Loukachenko, fervent soutien de Poutine, la Birmanie dont la junte massacre à tout va, spécialement les musulmans, le Soudan et bien d’autres dictatures africaines… Quant aux Etats depuis longue date représentés à Venise, on pourrait mettre dans le même sac que les nations parias que sont la Russie, la Chine ou l’Iran, la Turquie du néo dictateur Erdogan qui enferme ses opposants et ses détracteurs, porté par un parti islamiste qui consciencieusement défait depuis des années l’héritage d’Ataturk d’une république laïque et démocratique ouverte au monde, fait la guerre aux Kurdes partout dans le monde et exerce son influence néfaste chez beaucoup de ses voisins…
On sait tous que les pavillons sont depuis la création de La Biennale, une vitrine formidable des Etats pour exporter leur soft-power (entendez leur propagande sous couvert du prétexte artistique), et montrer au monde leur puissance politique ou économique. L’édition 2026 ne déroge pas à la règle et au contraire, accueille encore plus de nations pour le moins discutables, comme celles du Moyen Orient : Qatar, Emirats Arabes Unis, Oman, Somalie… ou d’ailleurs : le Viet-nam, un régime communiste dictatorial, le Sierra Leone, la Somalie en guerre civile… Mais si l’on devait extraire de la liste des 99 pavillons toutes les nations infréquentables, que resterait t-il de La Biennale ?
Mais qui est vraiment Yto Barrada, en fait ?
En réalité, personne ne le sait vraiment, en France en tout cas… Ce qu’on connaît d’elle, c’est qu’elle partage sa vie entre New York et Tanger où elle vit la plupart du temps, qu’elle est une fervente défenderesse de l’identité marocaine et une militante affirmée de la cause palestinienne. On constate cependant qu’elle est plutôt conciliante à l’égard du roi du Maroc, Mohamed VI et de ses entorses réitérées aux droits humains sur lesquelles visiblement elle ferme les yeux. C’est aussi une artiste plutôt engagée contre l’Algérie et les velléités du gouvernement algérien de récupérer le Sahara occidental, en bataillant contre le Maroc qui le revendique aussi, avec le soutien affiché de la France et de l’Espagne, entre autres….
Pour ce qui est de sa « carrière » artistique, là, c’est plus nébuleux… Artiste « pluridisciplinaire » comme elle se définit, elle utilise à peu près tous les mediums : photographie, cinéma, vidéo, sculpture, assemblages, dessin, collages, tapisserie, jardin tinctorial, installations paysagères… La liste est longue et non exhaustive. Il ne manque plus que la broderie, la vannerie et le macramé pour en faire une artiste totale… Pour ce qui est de ses expos, elle a certes participé à des group-shows ici ou là dans quelques institutions internationales ainsi que bénéficié de quelques solo-shows fortement sponsorisés, mais rien de bien probant sur le plan artistique en vérité. De fait pratiquement inconnue en France, où elle n’a exposé qu’une poignée de fois, Yto Barrada demeure un OVNI dans le milieu artistique, qui n’avait jusqu’alors quasiment jamais entendu parler d’elle, à l’exception au Maroc où, fille de journaliste télévisuel, elle a réussi à se faire un petit nom au sein des institutions locales et s’est médiatisée par ses prises de positions politiques tonitruantes pour la cause palestinienne… Son vrai fait d’armes reste d’avoir co-fondé la Cinémathèque de Tanger, une initiative certes louable et nécessaire, mais ne relevant pas vraiment du domaine de l’Art contemporain…
Mais alors pourquoi a t-elle été choisie pour représenter la France à la Biennale 2026 ? Certes, elle est née à Paris en 1971 mais a été élevée à Tanger, où elle vit et travaille la plupart du temps, se partageant avec New York où elle a élu partiellement domicile depuis 15 ans. Mais ce qui a vraiment surpris le monde de l’Art, c’est le pourquoi d’un tel choix d’une artiste absolument pas représentative de l’Art contemporain français, dont la pratique et le travail sont résolument tournés vers sa « marocanité » et les traditions vernaculaires de son pays de coeur. Son oeuvre, très ethnocentrée et géopolitisée, n’a pas grand chose à voir avec le travail des jeunes -ou moins jeunes- artistes français qu’il eut été plus judicieux de solliciter pour honorer la spécificité de l’Art contemporain de notre pays… Il n’est pas usurpé de dire que sa nomination à cet honneur prestigieux a fait bondir l’ensemble de la communauté professionnelle, en France comme à l’international. Un choix malheureux, ourdi en sous-main par la très pro-royaume chérifien et ex-ministre de la Culture Rachida Dati, dont « l’expertise » artistique est plus que sujette à caution, mais qui est soutenue par le président Macron dans cette option surréaliste qui défigure notre représentation à Venise. Bien entendu, comme toujours à La Biennale, il s’agit surtout d’un choix politique, calculé, « stratégique », fruit d’une diplomatie souterraine et de considérations géopolitiques et/ou économiques à trois bandes, aux ressorts qui nous dépassent. Mais madame Dati est spécialiste de ces lobbyings fructueux -pour elle, surtout, la justice la poursuivant précisément pour ces raisons-là- et de ces manoeuvres douteuses dans l’ombre de la diplomatie officielle…
Bref, cette bourde tactique annonce un naufrage complet, et ne fera pas du bien à la réputation et à l’image artistique du pays, ni à celle de sa diplomatie d’influence. Mais visiblement, ça ne dérange pas en haut lieu, tant le Président se fiche comme de sa première chemise de l’Art et de la culture contemporaine en général, comme chacun le sait.
Cela dit, quel que soit le peu d’intérêt que l’on peut porter au travail de Barrada, il est bon que le gouvernement français soit resté inflexible face aux revendications hallucinantes du CRIF, véritable officine de propagande de Netanyahu. Israël poursuit ses ingérences caractérisées jusque dans les institutions artistiques internationales, à l’encontre de nations peu enclines à approuver ses folies martiales et ses exactions, avec pour seul but d’occulter ses propres méfaits aux yeux du monde et disqualifier tous ceux et celles, artistes, intellectuels, journalistes qui mettent en lumière ses forfaits. Venant d’une nation dont l’immoralité et l’entrisme ne sont plus à démontrer, cette affaire pourrait sembler cocasse, si elle n’était à pleurer. L’attaque inouïe qu’a subi de la part de l’état d’extrême-droite l’artiste qui représente la France est une preuve de plus, s’il en fallait encore, de son grand pouvoir de nuisance et de son manque total de principes.
Marc Roudier

Images. Yto Barrada : 1 & 2- The Mothership, 2023 – Copyright the artist – Photos Yto Barrada, Ouaziz Anass
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