Christian Boltanski : une biographie

« Un artiste n’a plus de vie, il n’est que le miroir des autres »

Christian Boltanski est l’un de ces artistes dont la vie et l’œuvre se nourrissent réciproquement. Dans ses œuvres, mémoire personnelle et mémoire collective se rejoignent et s’unissent dans un effort incessant pour affronter et surmonter l’oubli et la mort.

Né à Paris à la fin de la seconde guerre mondiale, son œuvre est profondément marquée par le drame de la guerre et de la Shoah. Après une enfance à peine scolarisée, enracinée dans les paradoxes d’un milieu familial à la fois juif et chrétien, bourgeois et bohème, il commence à peindre en autodidacte dès l’âge de 14 ans, avant de s’initier par lui-même à l’actualité de l’art contemporain.

En 1968, âgé de 24 ans, il réalise sa première exposition à Paris, où il présente des saynètes mises en scène avec des marionnettes grandeur nature, ainsi qu’un film intitulé « La vie impossible de C. B.», dans lequel il détourne le genre du film autobiographique. Les travaux qu’il développe durant les années 1970 poursuivent cette veine d’autobiographie fictive. Il dresse un inventaire à la fois réel et fictif de sa propre enfance, compilant photographies et souvenirs, objets prétendument retrouvés, dans des œuvres teintées de nostalgie mais aussi d’humour et de légèreté. Suivent d’autres types d’inventaires qui collectent les albums photographiques ou les objets de la vie quotidienne de personnes anonymes. En 1976, avec les « Images Modèles », il inaugure un art de la littéralité, caractérisé par la mise en scène du banal, l’hypertrophie du quotidien. Son œuvre, précédemment tissée d’éléments issus de son univers personnel ou proche, accueille désormais la foule anonyme des êtres humains. Après un détour par les « Compositions Photographiques », dans lesquelles il élève les clichés de la photographie amateur à la dimension du tableau, il renoue avec les compositions aléatoires et fragiles de ses premières œuvres qu’il charge d’un contenu existentiel qui évoque, pour la première fois à découvert, le souvenir de la Shoah. S’ouvrant à la multitude des existences, sauvées une à une de l’oubli, la série des « Monuments » débute en 1985 : installations de photographies de visages présentées dans des compositions murales en forme d’autels, ou constellations d’images éclairées par de petites lampes.

« L’art est une tentative d’empêcher la fuite du temps »

L’art de Christian Boltanski se dresse comme un rempart contre l’oubli et la mort. Dans les séries qui se succèdent (Reliquaires, Réserves, Véroniques, Vêtements, etc.), il utilise les témoignages d’humanité les plus familiers, photographies d’école ou d’identité, boîtes de biscuits, vêtements à partir de 1988, pour favoriser la création de l’émotion dans des œuvres dont le sens tragique est décuplé par sa maîtrise de l’installation. « Nommer tous les hommes » est le projet souterrain de toute son œuvre des dix dernières années, qui se concentre sur la distinction de l’être singulier au cœur de la masse.

Depuis 2008 Christian Boltanski projette de constituer les « Archives du cœur » de tous les hommes, archives sonores qui seront conservées sur l’île d’Teshima dans la Mer du Japon.

« Mes œuvres sont des partitions musicales »

Artiste de l’émotion et du vécu, se tenant résolument à l’écart des mouvements et des théories, ses œuvres, même lorsqu’elles atteignent des dimensions spectaculaires, sont un façonnage direct du réel par la fiction.

Développant le premier l’idée que toute exposition est en elle-même une œuvre, que l’art doit être total et impliquer immédiatement le visiteur, il déplaça la création hors des musées où elle est traditionnellement confinée. Montant ses installations dans des lieux emblématiques, souvent religieux, où la qualité et le volume de l’espace sont à chaque fois l’occasion d’une nouvelle mise en scène et d’une redécouverte, il modifie profondément la conception de l’exposition d’art. « Une exposition n’est pas un endroit de divertissement mais un endroit où on doit sinon prier, du moins réfléchir ». L’art profondément humain de Christian Boltanski a acquis depuis 1980 une reconnaissance internationale et une notoriété publique bien au-delà des frontières habituelles de la scène artistique, en particulier en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon. Lauréat de plusieurs prix internationaux, l’artiste, dont les œuvres figurent parmi les plus grandes collections du monde, vit et travaille à Malakoff.

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