LA BIENNALE : Le Mystère du Pavillon italien

Le Pavillon italien présente un foutoir généralisé qui au prime abord, pourrait être pris pour un pied de nez du commissaire ou même une « oeuvre » collective imaginée par un quelconque groupe d’artistes dissidents et plutôt taquins, maniant le second degré avec un plaisir jouissif. Il n’en est rien hélas. « Il Padiglione » n’est en fait que l’affligeante « sélection » de son commissaire Vittorio Sgarbi, un ami du Cavaliere, qui a laissé libre cours à sa mégalomanie et à sa mauvaise foi.

« E la mia Biennale » a t-il commencé à vociférer lors de la présentation de celle-ci en conférence de presse, à un journaliste curieux qui lui demandait les raisons de ses choix pour le moins surprenants. En fait, M. Sgarbi s’est contenté de réunir un comité « expert » d’intellectuels par lui choisis, chargés de lui proposer un panel d’artistes « intéressants » et significatifs de la « réalité artistique italienne ». Le résultat est un capharnaüm déroutant et désolant, un empilement d’oeuvres nullissimes jusqu’au plafond, avec un accrochage qui se la joue « Salon des refusés » du XIXe siècle.

Qui plus est, le Sgarbi a du culot. Ce proche de Berlusconi, qui ne doit sa fonction à la biennale qu’à la bienveillance de l’amateur d’art éclairé qu’est le président du Conseil, n’a rien trouvé de mieux qu’intituler sa section «L’arte non è Cosa Nostra», allusion à la mafia qui ne manque pas de sel de la part d’un ami du Cavaliere.

Car M. Sgarbi a une obsession : selon lui, et son raisonnement un peu court et sa vue basse, il existe une véritable «mafia de l’art contemporain», curators, directeurs de musées et de galeries, critiques… Bref le mundillo de l’art italien qui étoufferait la « véritable création italienne » en ne proposant qu’un certain nombre d’artistes à l’international… rejetant les autres dans les oubliettes de l’histoire.

Bien sûr, c’est la vision de M. Sgarbi, et elle n’engage que lui. Ce qui en ressort, néanmoins, c’est qu’en lui confiant le commissariat du Pavillon italien, le gouvernement et son ministre de la culture ont permis l’existence d’un monstre improbable, cette exposition surréaliste qui regroupe plus de 200 artistes du fin fond de la péninsule, étudiants d’écoles d’art, ou simplement amis des parrains avisés qui les ont proposés à Sgarbi. Bref, une opération nauséabonde et délirante, qui dessert totalement son objet initial, à savoir montrer la « vitalité artistique » du pays.

C’est bien au résultat inverse que l’on est arrivé avec cette farce à l’italienne, avec lequel l’Etat berlusconien se ridiculise à grande échelle. Navrant.

Marc Roudier

Jusqu’au 27 novembre / Corderie.

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