AU COEUR DU CAIRE, LE MURAL D’ALAA AWAD POUR NE RIEN OUBLIER

LE CAIRE : Une fresque dans Mohamed Mahmoud Street pour les martyrs de la Révolution Egyptienne.

Alaa Awad, artiste et enseignant à l’école d’Art, est à l’origine avec ses amis peintres d’un grand mural sur Mohamed Mahmoud street, au Caire. Un mémorial décidé juste après le terrible « incident » du stade de Port-Saîd le 1er février dernier. Cette fresque, qu’il réalise avec ses élèves et d’autres artistes est une réponse mémoriale au massacre de Port-Saïd où les milices de Moubarak avec la bienveillance de l’armée égyptienne ont serrés les supporters dans un piège mortel. Un massacre organisé au bénéfice d’une provocation politique qui aura fait long feu.

« Les peintures ne coûtent pas cher, nous pouvons les acheter avec notre propre argent », explique ce professeur. Le mural, commencé le 1er février dernier, s’étale sur la Mohamed Mahmoud street et provoque beaucoup de réactions. Les compositions en référence à l’art antique égyptien, voisinnent avec des portraits des martyrs peints par Ammar, et l’artiste Hanaa El Deighem s’occupe des éléments décoratifs. La fresque raconte une histoire, comme le font les peintures de la vallée des Rois, où Alaa Awad a grandi : Suzanne Moubarak y est peinte avec son beau-fils, le préparant à prendre le pouvoir. La famille Moubarak y est très représentée, une scène la montre réunie dans les procès intentés pour crimes contre l’humanité. D’autres scènes illustrent à la manière antique les événements, et toutes le font selon la tradition picturale de l’Egypte pharaonique. Il y a même une scène inspirée du Ramesseum de Ramsès II.

Les femmes surtout, sont très présentes, et l’artiste a tenu a rendre hommage au rôle considérable qu’elles ont eu dans la révolution. Elles sont montrées nues et belles, telles que l’Egypte antique les représentait : sans voile, offertes aux yeux de tous, libres. Alaa dit que, même s’il est musulman, et à l’instar de la plupart des Egyptiens, il ne se reconnait pas dans le dogme wahhabite importé d’Arabie Saoudite. Il tient à mettre l’accent sur les traditions culturelles multi-séculaires de l’Egypte, une grande civilisation qui a ses propres racines et ses propres codes de représentation.

Les portraits de martyrs sont également importants. Les femmes en deuil les pleurent selon les usages immémoriaux. Les fleurs noires, la porte d’Osiris, renvoient au passage dans l’au-delà, tel que les Egyptiens antiques le comprenaient. La déesse Nout, qui règne sur le Ciel, reçoit les âmes des martyrs avec une bougie pour les guider dans la longue nuit de la mort.

L’équipe d’artistes a attaqué une seconde fresque dans la même rue. Elle relate les événements qui ont eu lieu dans l’avenue ainsi que sur Maspero, où de nombreux jeunes gens ont trouvé la mort. Ce long travail de restitution de la mémoire est un acte important aux yeux de la population, qui vient elle même y surajouter ses propres traces, graphitis ou poèmes aux martyrs d’une révolution dont on ne sait réellement vers quel dénouement elle se dirige.

En ce sens, le Mural d’Alaa Awad et de ses amis bénévoles est un acte militant et mémoriel de première importance. La place qu’il a trouvée dans ce quartier et singulièrement cette rue symbole de la révolution égyptienne est adéquate. Ce mémorial devra être conservé coûte que coûte. Pour ne pas oublier bien sûr, mais aussi pour y puiser chaque jour la force d’achever ce processus démocratique, et renouer ainsi avec la grandeur d’une civilisation et d’une culture qu’on ne doit plus laisser étouffer, pas plus par les théocrates que par les dictateurs.

Ludivine Michel

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