NOTHING TO DO / EMMA MORIN : UNE OMBRE DE SPECTACLE

« Nothing to do » d’Emma Morin / Collage à partir de textes de Pascalle Monnier / Théâtre de Nîmes.

Le Théâtre de Nîmes programmait Mercredi 29 Février et Jeudi 1er Mars le dernier spectacle d’Emma Morin à l’Odéon, petit cinéma des années 50 reconverti en petit théâtre charmant où l’on est assis sur des chaises de jardin et où le plafond de l’entrée est à 1m90.

Si la direction du théâtre, depuis que la ville est passée UMP, a abandonné la création nîmoise qui en devient moribonde, c’est au profit d’une scène au minimum nationale qui voit défiler, notamment en danse, un panel d’artistes incroyables, connus et reconnus.

A l’entrée leur nouvelle campagne de pub qui dit : « Television manipulates the truth / Venez au théâtre! ». Le caractère tellement démagogique du slogan nous invite à penser que le service communication fait du second degré. Toujours est-il que pour le coup, ce syllogisme est totalement faux : Emma Morin manipule la vérité ! Les vérités. Tout le spectacle ne joue que sur ce glissement entre la possible vérité de ce qui a pu se passer et la vision de son personnage, une pauvre fille perdue. Cette femme, dont on se saura pas grand-chose apostrophe des personnages absents, des partis ? Des jamais rencontrés ? Des fantômes ? On ne les verra passer qu’à la fin du spectacle où une vidéo de passants est diffusée sur un tulle en avant-scène. Car une grande partie de l’esthétique du spectacle passe par ce tulle qui se dresse sur la totalité de l’avant-scène comme un écran de cinéma. Comme un nuage de fumée entre cette maison de campagne dont on parle et nous.

« Ca fait drôlement longtemps qu’on a pas entendu ces bruits-là » est l’une des phrases qu’Emma Morin a empruntées à Pascalle Monnier pour créer son spectacle. Car, contrairement aux spectacles d’une Jeanne Champagne où Annie Ernaux ou Marguerite Duras sont bien présentes, il s’agit bien plus ici du spectacle d’Emma Morin que de celui de Pascalle Monnier. Le spectacle est peuplé de sons et pas seulement des musiques interprétées en direct par Ryan Kernoa et Frédéric Jouanlong, mais de bruits d’eau qui coule, de sacs plastiques, de respirations et cela donne à la pièce un caractère soyeux et fragile, comme une vieille carte postale qu’on ne devrait pas froisser. Certains moments sont même profondément gâchés par les spectateurs, pourtant peu nombreux, qui toussent ou chuchotent en attendant qu’il se passe quelque chose, alors que tout le spectacle est en micro-actions, en petites attentions, en détails infimes, en ombres. Et il faut être un spectateur exigeant pour regarder les ombres dans un lieu noir.

« On paye, on entre, on regarde, voilà, c’est facile d’aller au cinéma » dit l’actrice au milieu du spectacle. C’est facile d’aller au théâtre, encore faut-il y aller avec l’envie d’y voir quelque chose. Au début et à la fin du spectacle, Morin créatrice se positionne au bord du plateau, devant les escaliers qui mènent aux loges. Et c’est bien la posture de ce spectacle : un peu décalé, presque au bord du plateau, l’air de rien.

Même si le texte est profondément anecdotique, un peu trop peut-être pour le porter sur une scène, ce spectacle évoque des images de bord de mer, des odeurs de tilleuls ou d’herbe mouillée, des impressions… Et c’est déjà beaucoup, être impressionné lorsque l’on va au théâtre…

Bruno Paternot

« Nothing to do », d’Emma Morin, a été joué le 29 février et 1er mars 2012 à l’Odéon, Théâtre de Nîmes / Coproduction Théâtre de la Bastille, Théâtre de Nîmes, La Fonderie, La Centrifugeuse, Théâtre Garonne, Avec le soutien en résidence de La Fonderie au Mans, La Centrifugeuse / Université de Pau, Espaces Pluriels, Scène conventionnée danse-théâtre Pau et avec le soutien de La SPEDIDAM.

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