DOCUMENTA 13 : BORDEL & CONFUSION ASSUMES POUR UN MARATHON ARTISTIQUE VRAIMENT INDISPENSABLE

dOCUMENTA 13. Kassel (Germany), jusqu’au 16 septembre 2012.

«Je crois que la confusion est vraiment une chose merveilleuse». Carolyn Christov-Bakargiev.

La documenta 13 a ouvert hier 8 juin et comme prévu, celle-ci est un immense foutoir dans lequel il est forcément difficile de se repérer. Il faut dire aussi, qu’outre l’absence revendiquée de fil conducteur (il n’y a pas de concept, a dit la directrice de cette édition), Kassel n’est pas Venise ni même Berlin ou New-York et que cette petite ville de province -très- allemande, sans charme ni repères architecturaux est comme un no man’s land soudain animé par une foule internationale, dans lequel il est très facile de se sentir perdu. Hors du monde, en quelque sorte, même et surtout si le monde entier est au rendez-vous.

300 participants, dont plus d’une centaine d’artistes visuels, animent cette édition 2012 de l’événement historique initié en 1955. Kassel pour cent jours devient ainsi le centre du monde artistique et le carrefour international de tout ce qui compte de personnalités dans le monde cosmopolite de l’art contemporain et des idées. Outre Kassel (ou Cassel, selon la nouvelle orthographe internationale), cinq villes dans le monde accueillent également des éléments de cette documenta un peu particulière : Kaboul et Bamiyan (la ville des fameux Bouddahs détruits par les intégristes talibans) en Afghanistan, Alexandrie et Le Caire (autre haut-lieu de l’islamisme ennemi de l’art) en Egypte, et enfin Banff au Canada.

Dans la petite bourgade typiquement allemande, c’est à dire morne et moche, caractéristique de la reconstruction d’après-guerre, une trentaine de sites au total constituent les centres d’attraction de l’exposition internationale. Au-delà de ses lieux historiques que sont la Fridericianum Kunst-Halle, la Documenta-Halle et la Neue Galerie, documenta a squatté neuf autres lieux dans les faubourgs de la petite ville.

Comme à son habitude, documenta a convoqué artistes et intervenants sur une ambition documentaire et quoiqu’en dise madame Christov-Bakargiev, conceptuelle. Ainsi d’excellents artistes, tout de même, sont-ils présents qui proposent des oeuvres tout à fait intéressantes : il suffit de citer Rosemarie Trockel, kader Attia, William Kentridge, Jérome Bel par exemple. Mais avec plus de 2000 événements programmés pour cette manifestation, force est de reconnaître qu’une certaine confusion baigne cette édition. Confusion revendiquée par ailleurs par la directrice artistique, qui l’affirme bien haut.

De fait, il vous faudra bien plus de trois jours -et peut-être cent, qui sait ?- pour faire le tour de la multitude de propositions et interventions qui constituent le corpus de cette 13e édition. Rien que le parc Karlsaue propose pas moins de 53 projets d’artistes. C’est dire la densité extraordinaire de cette documenta 2012. Après tout, on ne va pas s’en plaindre !

Tino Sehgal, Jérome Bel, William Kentridge mais aussi Tacita Dean, Trisha Donnelly, Lawrence Weiner, Rosemarie Trockel, Allora & Calzadilla, les Français Kader Attia, Francis Alys et Pierre Huyghe, Mark Dion, Zanele Muholi, Jimmie Durham, Giuseppe Penone et Alighiero Boetti… les « stars » de manquent pas. Et franchement certaines oeuvres méritent réellement le détour, comme la pièce de Kentridge sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

En vérité, il se passe tellement de trucs à Kassel qu’il est forcément illusoire d’en vouloir faire le tour. Un programme volontairement éclaté, foutraque, qui constitue ainsi la marque appropriatrice de la directrice artistique, qu’il serait vain de vouloir appréhender en une seule et unique visite. Malheureusement, comme nous le disions plus haut, Kassel n’a aucun charme et il paraît difficile de vouloir s’y installer pour plus de deux ou trois journées très overbookées, tant ce qui ne relève pas de documenta n’a aucun intérêt. Encore une fois, ce n’est pas la Biennale de Venise, et les délicieuses soirées apéritives au bord des canaux.

En réalité, « faire » documenta relève du plus parfait marathon. Une course d’endurance, qui frise parfois l’entrainement commando, balisé par le buzz des visiteurs qui, comme dans chaque manifestation de cette envergure, vous indique avec plus ou moins de bonheur ce qu’il est indispensable de voir et ce dont on peut se passer aisément. Certes, il y a les expos « classiques » dans les lieux historiques comme le Fridericianum ou la Neue Galerie. Effectivement, on y trouvera tout un assortiment d’artistes plus ou moins reconnus et d’oeuvres plus ou moins réussies. Par exemple, cette tapisserie de Goshka Macuga dans le Fridericianum (cf photo). Un truc lié à la présence de documenta à Kaboul, qui voisine avec l’installation de Mario Garcia Torres, avec pour référence l’hôtel One de Kaboul, où Alighiero Boetti a séjourné et fait tisser ses séries de tapisseries afghanes.

L’Ottoneum quant à lui présente, entre autres, une installation de Mark Dion intitulée « Xylothèque Schildbach » avec une vidéo de 1996 de Jimmie Durham. Un truc à voir avant d’aborder la neue Galerie où trône l’installation remarquable de Geoffrey Farmer (photo). De même les films de Wael Shawky dans les sous-sols de la galerie valent-ils le coup d’oeil.

Beaucoup de vidéo, forcément, dans cette documenta 13, et la qualité souvent est au rendez-vous. Comme celle de Clemens von Wedemeyer (Rushes) par exemple, remarquable, ou encore celle de Javier Téllez qui traite des expériences d’Artaud au Mexique. Et beaucoup d’installations aussi bien sûr, comme le parc de ferrailles de Lara Favaretto, la belle installation de Kader Attia (photo), la pyramide de boue de Michael Portnoy, celle de Rabih Mroué ou encore la pièce sonore de Florian Hecker dans la Hauptbahnhof.

Enfin, derrière la gare, le happening/action de Tino Sehgal, soit une vingtaine de personnes réunies en cercle pour psalmodier, converser et chanter autour des notions de marché et de production, constituait une halte rafraîchissante et salutaire dans ce formidable et joyeux bordel qu’est cette 13e édition de documenta.

Ludivine Michel

INFERNO reviendra tout au long de cet été sur l’événement, avec les compte-rendus et correspondances de nos envoyés spéciaux. A suivre, donc…

VOIR : LA DOCUMENTA EN IMAGES : https://inferno-magazine.com/category/documenta-13-2/

SUIVEZ NOTRE DOSSIER DOCUMENTA 13 : https://inferno-magazine.com/category/documenta-13-2/

Visuels : 1/ Les performers ‘Eva and Adele’ devant la tapisserie ‘Of what is, that it is; of what is not, that is it not » (2012) de Goshka Macuga, 2/ Yan Lei présente « Limited Art Project » : d’ici cent jours sa galerie disparaîtra sous des couches de peinture pour auto provenant de l’usine Volkswagen située à proximité.Photo dOCUMENTA 13, 3/ Rosemarie Trockel, Tea Party Pavillon, 2012. Courtesy: Sprüth Magers Berlin London. Photo: Nils Klinger, 4/ Kader Attia, The Repair from Occident to Extra- Occidental Cultures, 2012. Courtesy Galleria Continua, San Gimignano/Beijing/Le Moulin; Galerie Christian Nagel Berlin/Cologne/Antwerp; Galerie Krinzinger, Vienna. Photo: Roman März, 5/ Geoffrey Farmer, Leaves of Grass, 2012.Courtesy the artist. Photo: Anders Sune Berg.

VOIR : LA DOCUMENTA EN IMAGES : https://inferno-magazine.com/category/documenta-13-2/
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  1. […] sans tomber dans des propos presque insultants qu’on voit fleurir un peu partout sur les blogs: un grand foutoir, un bordel incompréhensible…“. J’ai lu votre track record impressionnant et bien sur Kassel était l’occasion de votre […]



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