BOVARY, PIECE DE PROVINCE DECALEE AU MAILLON

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Bovary, pièce de province / D’après Gustave Flaubert, adaptation et mise en scène Mathias Moritz, Dinoponera / Howl Factory / Le Maillon Strasbourg / Théâtre de hautepierre / Durée (entracte inclus) : 3H30

Mathias Moritz avec sa compagnie La Dinoponera / Howl Factory revisite Madame Bovary de Gustave Flaubert, roman classique, dans lequel l’auteur nous conte la vie d’Emma Bovary, femme au foyer, qui s’ennuie dans sa vie, son mariage et va donc chercher à s’occuper, finissant par commettre l’adultère. C’est une vision différente et contemporaine qui est présentée au Maillon / Hautepierre les 11, 12 et 13 décembre à 19h30.

Tant d’un point de vue sonore que d’un point de vue visuel, l’ambiance est orageuse. Chaque personnage porte un masque sur la tête. Écoliers, ils sont appelés par leurs noms et répondent lorsqu’ils sont appelés par leur professeur d’histoire. Charles Bovary n’arrive pas à se présenter. Il va devoir écrire son nom 100 fois. Son entrée dans la vie commence mal, il semble avoir des difficultés à s’intégrer : « Je l’ai toujours su, les autres parlent, moi, j’exécute ». Charles Bovary est présenté comme quelqu’un de soumis, il n’est pas celui qui porte la culotte, il suit le mouvement…

La relation qu’il entretient avec ses parents n’est pas évidente non plus, il est jugé, chacun veut quelque chose de lui, chacun étant persuadé qu’il fera ce qu’ils attendent de lui, la mère essentiellement, le père est plutôt présenté comme un soiffard. Mais: « J’ai réfléchi, je serai médecin », ils doutent de sa capacité à réussir, sa mère surtout. Cette dernière occupe une place prépondérante dans cette mise en scène de Mathias Moritz. Elle essaie de tout régenter, manie le fouet avec fougue et c’est avec ce dernier qu’elle le pousse à apprendre ses leçons de médecine…Puis, il faut qu’il ait une épouse. Elle lui en trouve une, elle vend son fils à cette femme, Héloïse, lui en vante les mérites et ce, même s’il n’est pas médecin mais officier de santé. Mais il pourra opérer un jour, voyons… La pression sociale est là, au 19è siècle il fallait convoler en juste noces, cela permettait de s’insérer socialement. Est-ce que c’est réellement différent de nos jours ? S’ensuivent les épousailles avec Héloïse, l’arrivée du lit, la nuit de noces. « Tu es content ? », lui demande-t-elle. Pas de réponse.

Elle se sent rejetée, elle pense qu’il ne l’aime plus, qu’il ne l’aime pas. Il rentre tard, il ne la touche pas, elle essaie mais il refuse. Elle pense qu’il la trompe, elle ne se sent pas bien et crie sa frustration. La mère Bovary intervient alors, il n’y a pas de dot, fin d’Héloïse Bovary donc, exit la première Madame Bovary. Entre alors en scène Emma.

Après la pièce montée et la nuit de noces, « il est gentil », dit-elle, tandis qu’il se lance des fleurs. Elle lit Musset. Charles lui offre une levrette (femelle du lévrier dans la pièce), elle semble être sa seule amie. Le rythme de la pièce est effréné… On passe d’une scène à une autre, de rencontres en découvertes. Charles a des patients, il rentre et retrouve sa douce. D’Héloïse à Emma, son attitude a changé, il se fait plus amant, amoureux, désireux mais malgré cela, avec son tempérament plein de fougue, Emma s’ennuie : « tout va mal dans mon amour, je suis seule…. », chante-t-elle ! Mais de rencontres en marivaudages, ça s’encanaille, danse, flirte, fait la fête… La compagnie Dinoponera / Howl Factory propose un Bovary revisité version techno/disco party où l’on rencontre aussi Queen en version française. On découvre une Emma Bovary en joyeuse fêtarde et un Charles Bovary à l’exact opposé, il ne sait pas s’amuser et pense ne pas l’aimer assez…

En s’attaquant à l’adaptation de Madame Bovary de Flaubert, Mathias Moritz nous convie dans un univers dense où les rebondissements sont nombreux et le rythme, intense. Charles est quelqu’un de plutôt ennuyeux, peu aventureux, tandis qu’Emma rêve d’une vie faite de plaisirs, de fêtes, de découvertes et d’aventure, d’une vie romanesque bien loin de son quotidien de femme puis de mère au foyer. Prendre un amant ? Elle flirte avec un premier homme puis s’éprend d’un second, reverra le premier… De périodes de crises en moments raisonnables, on découvre une Madame Bovary instable, sujette à des crises où la folie l’emporte et où sa solitude l’insupporte : elle est insatisfaite, ne finit pas ce qu’elle commence, se saoule…

Avec Madame Bovary, Flaubert a défrayé la chronique en 1857. Mettre en scène une femme mariée, oui. Mais qui trompe son mari, non. En créant ce Bovary, pièce de province, Mathias Moritz et la compagnie Dinoponera replacent ce classique de la littérature française dans notre monde et démontre à quel point ce livre et les problématiques soulevées par Flaubert à l’époque restent, encore aujourd’hui, actuelles. Parfois, on est confrontés au point de vue de Charles, à d’autres moments, c’est Emma qui devient le personnage principal, néanmoins à tout instant, c’est d’amour, de relations humaines, d’incompréhensions, d’acceptations, de positions sociales, de politique qu’il est question. Et, sommes-nous différents de ceux qui ont intenté un procès à Flaubert pour outrage aux bonnes mœurs après la publication de Madame Bovary? Sommes-nous, au 21ième siècle, différents de Charles et Emma Bovary?

Cécile Ripoll

http://www.maillon.eu/
http://www.dinoponera.com

Visuel : Bovary © Dinoponera Howl_Factory

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