HECTOR ZAMORA, « LA REALITE ET AUTRES TROMPERIES », FRAC PAYS DE LOIRE

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Héctor Zamora : La réalité et autres tromperies / FRAC Pays de Loire, Carquefou / du 13 juin au 11 octobre 2015

A l’occasion de son exposition personnelle, Héctor Zamora investit la grande salle du Frac en y installant 17 caravanes, autant qu’il était possible d’en mettre tout en respectant les normes de sécurité.
17 caravanes dont les ouvertures ont été obstruées par des planches de bois, formant un campement labyrinthique et oppressant à travers lequel les visiteurs seront invités à se frayer un chemin, avec pour seul horizon la prochaine caravane.

Héctor Zamora, ainsi, provoque une rupture entre le trop-plein de l’espace d’exposition et le vide de la prairie autour du Frac, désamorce la distance qui prévaut habituellement vis-à-vis des œuvres d’art tout en obstruant le regard, provoque chez le visiteur une sensation de désorientation et de suffocation. Ce faisant, l’artiste mexicain relaie à sa manière une actualité française dure et tenace, celle d’occupations et d’expulsions quotidiennes, celle de vies réduites à l’errance, fugitives à nos regards.

En juillet, le public nantais pourra par ailleurs admirer aux Galeries Lafayette Brasil, bicyclette délirante sur laquelle repose en équilibre précaire un mur de briques, l’un des matériaux fétiches de Héctor Zamora, en même temps que l’élément de base de l’architecture locale. L’œuvre est autant un hommage au sens de l’équilibre des maçons brésiliens qu’une métaphore de la fragile construction que constitue le Brésil.

Aux confins de la sculpture et de l’architecture, l’artiste mexicain Héctor Zamora (né en 1974, vit et travaille à Sao Paulo, au Brésil) transcende l’espace d’exposition conventionnel, le redéfinit et le réinvente sans cesse, générant une friction entre l’espace privé et public, l’extérieur et l’intérieur, l’organique et le géométrique, le sauvage et le méthodique, le réel et l’imaginaire.

Empruntant au vocabulaire et aux techniques de l’architecture, Héctor Zamora fait usage de matériaux simples, pauvres, tels que les tôles, les briques, les bâches plastiques les pneus, les bidons, des éléments tels que les caravanes, les cabanes et les auvents – autant d’éléments récurrents des habitats de fortune que l’on retrouve aux abords des villes en Amérique Latine ou en Europe – pour réaliser des structures légères et éphémères, organiques, qui entrent en résonance avec les lieux dans lesquelles elles sont inscrites.

Méticuleux, toujours attentif au contexte dans lequel il s’insère, à son histoire, à sa configuration, à son organisation sociale et politique, Zamora en appelle à la participation du spectateur et questionne l’usage quotidien des lieux dans lesquels nous vivons, cherche sans cesse à les subvertir, à en mettre en lumière voire à en modifier le fonctionnement. En fin tacticien, il joue avec les possibilités, les contraintes et les failles de l’institution afin de ménager des espaces de liberté en acte, de générer des réactions.

Julien Zerbone

Visuel © Héctor Zamora

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