« LEGENDS & RUMOURS », HAYES, JEREZ, KASEBACHER, FESTIVAL ACTORAL

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Marseille, envoyée spéciale.
Legends & Rumours : Phil Hayes & Maria Jerez & Thomas Kasebacher / Festival Actoral 15 / Théâtre des Bernardines – Marseille / 29 – 30 septembre 2015.

Devant nous la carcasse d’un appartement et, parmi d’autres choses, une robe rouge jetée sur un porte-manteau, une corbeille de fruits posée sur la table basse, un tapis en peau de vache, un vinyle de Fleetwood Mac…

Devant nous trois acteurs dans l’exercice d’un processus : un système de répétition de gestes qui mène rapidement à une folle fresque improvisée. Pas de personnages ni d’histoires prédéfinis, seulement un processus de jeu, un contenu (ou concept) et une forme dans laquelle se dérouleront les événements à venir en direct devant nous. Tout est encore possible, tout est encore inconnu.

La forme, nous la vivons collectivement puisque la lumière crue laisse le public visible aux trois acteurs qui s’amusent à l’interroger, mais aussi aux spectateurs entre eux, qui sentent tout ce qui se vit en salle pendant 1h30. L’histoire, nous nous la racontons individuellement, l’espace imaginaire ayant ici le champ libre.

Phil Hayes décide volontairement de ne pas annoncer que le spectacle est entièrement basé sur de l’improvisation, par crainte de se faire enfermer dans un cliché. La liberté est quasi totale et l’on ne comprend que peu à peu les codes mis en place.

« Je me souviens » commence Phil, « j’étais comme ça » et le voilà qui signifie une pause dans l’espace. Et Maria et Thomas de renchérir : « oui et quand tu étais là moi j’étais comme ça… ». Legends & Rumours se construit par l’association de souvenirs disparates. Je me souviens revient comme un leitmotiv, et nous rappelle de loin à l’écriture de Georges Perec ou même de l’américain Joe Brainard. Sur scène se rejoue cet engrenage de choses que l’on revit à rebours pour comprendre d’où vient un geste, une parole, une humeur, ou un souvenir. Se souvenir de l’enchainement des événements en pleine lumière, des traces d’une action, d’un raisonnement… Se souvenir sur le plateau – comme l’acteur répète sans cesse les mêmes gestes pour trouver la source du jeu – mais surtout se souvenir devant nous, public, et nous offrir ainsi un espace de liberté imaginative. On lit ce que l’on veut dans ces répétitions de gestes a priori insignifiants, et si on n’y lit rien, du moins on s’en amuse. Car c’est là aussi un travail sur l’humour, sur la recherche d’un comique de situation, voire d’un comique de gestes. On peut y lire peut-être une recherche forcenée de la genèse d’une pensée ou d’une sensation, une tentative de compréhension de notre rapport à l’espace et par là de notre rapport au monde. Par l’accumulation de choses insignifiantes peut naître autre chose, autrement signifiant.

Le public est directement pris à partie et invité à décrypter les gestes, les comportements et les liens entre les choses proposées. « Je me souviens que tout d’un coup j’étais hyper triste… une pure tristesse ». Il y a des perles dans le travail d’improvisation, des moments fous et des instants de perte absolue de soi et du fil du jeu, c’est là toute la beauté et tout le risque de l’exercice. Mais il faut reconnaitre que l’exercice reste un exercice, une forme divertissante à regarder. L’expérience reste avant tout éphémère, comme prise dans l’instantanée, et l’on quitte la salle sans autre chose en tête que le souvenir d’un autre rapport au temps, et en bouche le plaisir d’avoir observé une prise de risque en direct.

Moïra Dalant
à Marseille

Mise en scène : Phil Hayes // Une collaboration de : Phil Hayes, Maria Jerez, Thomas Kasebacher // Texte : Julia Hintermüller

Photo DR

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