REPORTAGE : ROME, LE MUSEE CENTRO FERMI VA FUSIONNER ART ET SCIENCE

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Rome, correspondance.
Le musée Centro Fermi va fusionner art et science à Rome. Reportage Raja El Fani.

Le musée Centro Fermi, du nom du grand physicien et prix Nobel de Physique en 1938, ouvrira au public début 2017 à Rome et marquera une étape importante dans l’Histoire italienne depuis l’humiliant Traité de Paris signé en 1947. Sur décision des Alliés, l’Italie, parmi les nations vaincues, écope alors d’une longue procédure de désarmement et d’une lourde pénalisation scientifique et industrielle que le miracle économique des années Soixante n’a pas suffi à rattraper.

Ce qui constituera donc un petit musée scientifique sera intégré à un plus important institut de recherche (au travail depuis une quinzaine d’années déjà) dans l’édifice historique de Via Panisperna, rue centrale de Rome où était réuni le pôle scientifique de l’université La Sapienza avant la Deuxième Guerre Mondiale.

La restructuration de l’édifice est bientôt complétée, les équipes scientifique et administrative (pour le moment très restreintes) devraient emménager à la fin de l’été. Un seul physicien, Fabrizio Coccetti, est sur place, provisoirement installé dans un bureau prêté par le Ministère de l’Intérieur italien. C’est ce complexe monumental surnommé Viminale – comme la colline qu’il occupe entièrement – qu’il faut traverser pour rejoindre au fond du jardin l’édifice historique où Enrico Fermi, chef de file du groupe de jeunes physiciens aujourd’hui légendaires et surnommés les «Ragazzi di Via Panisperna», a fait ses grandes découvertes.

Autrefois accessible par la Via Panisperna, l’édifice est enfermé dans l’enceinte fortifiée du Ministère de l’Intérieur qui l’a longtemps utilisé comme Archives de la Police. La façade principale n’est pas visible et tourne le dos au Viminale.

Une nouvelle entrée est prévue par la rue Cesare Balbo, très en contrebas et pour laquelle il sera nécessaire de creuser un tunnel en continuation du fameux escalier d’origine. La nouvelle entrée du Musée sera donc face à la Synagogue du quartier Monti ainsi que des immeubles annexes du Ministère de l’Intérieur et de l’office de statistiques nationales italien ISTAT.

Bien que le projet de restructuration soit géré par le Ministère de l’Infrastructure, le Ministère de l’Intérieur a tenu à garder un pied dans l’édifice historique, plus précisément l’accès latéral à l’aile gauche sous prétexte qu’elle donne sur les appartements du ministre de l’Intérieur. Le Centre Fermi devra donc partager (entre autres) sa toute nouvelle salle de conférence avec la police et travailler sous haute-surveillance.

Fabrizio Coccetti me confirme pourtant que l’institut n’a évidemment pas le profil pour se prêter à des expériences de haute énergie atomique, pour ça les chercheurs feront, et font déjà, la navette entre le CERN de Genève et l’institut italien de physique nucléaire INFN de Frascati et Gran Sasso. Les modestes laboratoires du Centro Fermi seront pour la plupart munis d’équipement de calculs et pourront tout au plus se dédier au développement de l’énergie solaire ou des rayons X, au service de la médecine, de la défense de l’environnement, de l’archéologie ainsi que du patrimoine culturel.

En ce qui concerne l’activité muséale du Centro Fermi, les projets consisteront dans un premier temps, entre 2016-2018, à organiser une bibliothèque et une base de données rassemblant les biographies et publications de tous les physiciens italiens ; réaliser un parcours interactif qui facilitera la compréhension scientifique et en partie déjà réalisé pour l’exposition sur Enrico Fermi inaugurée au Festival de la Science à Gênes en 2015. L’exposition a fait ensuite étape à Bologne de Février à Mai 2016 en sautant la Capitale italienne. La direction scientifique de l’institut est confiée à Luisa Cifarelli une personnalité de l’Université de Bologne, ville d’origine également du ministre de la Culture Franceschini.

Le double statut scientifique et culturel du nouvel institut Centro fermi jusqu’ici financé uniquement par des fonds publics, permettra sans doute d’activer une politique de mécénat. Le fond réservé à la réalisation du musée est d’un million et demi d’euros ca., le prix qu’il faudrait pour une exposition d’impact international.
Sur le plan culturel, munir l’Italie d’une Histoire scientifique nationale serait toutefois un pas important, puisque les mérites de Fermi, à cause de l’adhésion du Fascisme aux lois raciales du Nazisme et de la fuite conséquente des cerveaux aux Etats-Unis, n’ont jamais profité à l’Italie. C’est sans doute ce décalage qui a empêché Rome d’institutionnaliser correctement ses mouvements artistiques nés après le Futurisme.

Qui sera donc nommé directeur du musée Fermi et restituera enfin à l’Histoire de l’art italien sa connexion perdue avec l’innovation?

Raja El Fani

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Photos Raja El Fani

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