« IMPRESSION D’ÊTRE », NICOLAS FRIZE EN POETE MACHINISTE

Musiques. « Impression d’être » de Nicolas Frize et Les Musiques de la Boulangère. – Composition déambulatoire en 5 mouvements, donnée dans les locaux de la DILA, Paris, les 26 et 27 septembre 2020.

Pour arriver jusqu’à l’immeuble de la DILA, il faut prendre le métro aérien, et s’arrêter à Bir Hakem, juste avant la Seine, pas très loin de l’endroit où s’est tourné le Dernier Tango à Paris de Bertolucci, donc un quartier bourgeois et rangé de la capitale.

À la DILA on imprime toutes sortes de choses officielles puisque c’est la direction de l’information légale et administrative qui abrite la société anonyme de composition et d’impression des journaux officiels, donc une littérature un peu austère ne donnant lieu à aucune controverse.

Ce fut une aubaine pour la direction de ces lieux de voir arriver en résidence Nicolas Frize et les Musiques de la boulangère.

Pour les très rares qui ne connaissent pas Nicolas Frize, celui ci est un compositeur de musique contemporaine, qui entretient un rapport étroit avec les espaces dans lesquels est diffusé sa musique, qui tire son inspiration du commun des mortels et des choses les plus quotidiennes, non sans y introduire un brin de fantaisie, puisqu’il organisa de façon récurrente des concerts de baisers ou les concertistes se produisaient en maillot de bain.

D’autre part faisant découvrir au public des espaces en même temps que sa musique, il œuvra dans beaucoup d’endroits de Seine saint Denis, aussi divers que d’anciens entrepôts de la SNCF, les archives et les hôpitaux ainsi que le musée de céramique de Sèvres.

La DILA est un vaste bâtiment des années soixante encore en exercice où se côtoient des espaces d’impression compilant des machines de toutes les époques, rotatives, presses typographiques, massicoteuses, chaînes d’impression, trieuses, le tout dans un décors de gaines à ciel ouvert, chauffage, canalisations, stockage de rouleaux de papiers surdimensionnés, d’une blancheur éphémère, et des espaces plus contemporains, de bureaux pleins d’une dimension « numérique sophistiquée » truffés d’ordinateurs, de post-it, de photocopieuses et imprimantes crachant à jet continu.

Le public séparé en cinq groupes distincts investit chacun son tour en se croisant savamment les cinq espaces de concerts soigneusement préparés et occupés par les intervenants des Musiques de la Boulangère dont beaucoup sont bénévoles.

Nicolas Frize transforme l’ordinaire et le quotidien de cet univers administratif et industriel à la fois, en musique, en faisant ressortir le lyrisme qui lui est propre. Son travail s’inspire de tout ce qu’il a rencontré : les gens, les couleurs, la matière soyeuse du papier, l’odeur de l’encre,le rythme de l’imprimante, la lumière, le bruit du crayon à papier sur la feuille, les fluides des canalisations, les noms des polices d’impressions, la liste est non exhaustive.

En cinq petits concerts de 20mn, nous voilà embarqués au son de l’orgue, du basson, de la clarinette, de la guitare électrique, du pipeau, de la viole, du crissement de la craie sur l’ardoise, et de la frappe de la dactylo en live, qui se croisent avec les bruits enregistrés des machines, du mugissement de l’océan, accompagnés par les chœurs, dans un voyage à multiples dimensions où ce que tu vois à autant d’importance que ce que tu entends. Dispositif créant pour nous ainsi, des espaces mentaux inexplorés d’une infinie poésie, une poésie née de la machine,de sa fonction, de la matière encre et papier, de l’univers administratif et aride du travail de bureau, faisant remonter dans le même temps la culture des métiers, l’histoire des lieux, et des techniques.

Florilèges de paradoxes, ou l’art de faire pousser rien qu’un instant de l’herbe fraîche sur du linoléum, ou de faire exister au dessus de nos têtes un océan en suspension, sa lumière et son odeur dans 60m3, et bien d’autres choses indicibles ici, étranges et pointues. Superbe travail d’un compositeur et d’une équipe dans la pleine possession de ses procédés de création.

Claire Denieul

Les concerts de Nicolas Frize sont des événements uniques à ne pas rater, les personnes qui souhaitent y assister sont vivement engagées à consulter le site:
http:www//nicolasfrize.net.

“Les Musiques de la boulangère” est une structure de création de production et de diffusion de musique contemporaine, sa vocation est d’ancrer l’innovation artistique dans le vivant, dans la vie publique, dans la sensibilité collective et l’intimité de chacun au travers de dispositifs de creation sur le terrain.

Nicolas Frize, compositeur

Amaya Dominguez, mezzo-soprano
Anne-Marie Jacquin, soprano
Antoine Berquet, basson
Ariane Granjon, violon
Brunella Andriatshavojaona, hautbois
Caroline Delume, archiluth
Christelle Séry, guitare électrique
Claire Gratton, basse de viole
Clément Brély, comédien et hautbois
Elsa Dory, contrebasse
Elodie Huber, lectrice
Estelle Périnelle, violon
Ghislain Hervet, clarinette basse
Juliette Herbet, contrebasse
Laurent David, ténor
Lilian Couchet, hautbois
Manon Bergna, percussions
Marichka Bordes, flûte à bec
Michel Ragonnet, trompette
Nadia Bendjaballah, percussions
Théo Degorre, clarinette
Véronique De Launay, percussions

Les salariés de la DILA :
Adrien Saunier, guitare électrique
Emmanuel Hermellin, percussions
Géraldine Da Silva, guitare basse
Ronan Lenoir, batterie
Sébastien Duquénoy, guitare électrique
Stéfane Didier, chanteuse
Olivier Dumesnil, percussions
et d’autres personnels et salariés de la Dila et de la Saci-Jo

Le Grand Chœur :
Nicolas Fehrenbach, pianiste chœur

Alain Namia-Cohen, Carine Gestas, Chantal Danjon, Christine Astier, Christine Eisenbels, Coralie Couchet, Dominique Franc, Françoise Guillot, Françoise Kahn, Françoise Leleu, Frédérique Delaugerre, Gérard Gressin, Isabelle Jégo, Isabelle Riem, Jean-François Delbart, Jean-Marie Fondrat, Jean-Michel Sinou, Karol Buffart, Katia Maquet, Laurence Canard, Louis-Michel Aymard, Marie De Arriba, Marie-Pascale Grenier, Marthes Ambonguilat, Martine Anerilles, Matthieu Reina, Monica Abularach, Nadine Corbière, Nathalie Caclard, Nicolas Aistleitner, Nicole Desjardins, Rosine Cadier, Saâdia Hatif.

Et des élèves du Conservatoire de Saint-Denis, des étudiants du lycée Claude Garamont (Colombes), des étudiants du lycée Germaine Tillon (Le Bourget), des étudiants du micro-lycée (Le Bourget).

Une production des Musiques de la Boulangère et de la DILA,
avec le soutien de la direction régionale des Affaires culturelles d’Île-de-France – ministère de la Culture, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis, la ville de Saint-Denis, la Spédidam, la Sacem, et le concours de la SACI-JO.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives