« HISTOIRES DE CREVETTES », DRÔLE ET TROUBLANT MIROIR DE NOTRE MONDE

HISTOIRES DE CREVETTES – Hotel Modern / Arthur Sauer – du 18 au 27 septembre 2026 – Théâtre du Rond-Point Paris.
Les crevettes ont cela de très particulier à priori, deux yeux noirs d’une particulière évidence. Deux petites perles qui semblent scruter le monde. Poser sur notre planète un regard étonnamment observateur c’est ce que fait ici la compagnie néerlandaise Hôtel du temps. Avec pour complices ces crevettes aux yeux noirs. Actrices-acteurs (les crevettes étant asexuées !) à part entière des heurs, bonheurs et malheurs de notre monde.
Sur scène de grandes tables sur lesquelles sont disposées de multiples maquettes à taille réduite. Un grand « foutoir » apparent. Très savamment organisé néanmoins. Et que tout à chacun pourra découvrir de plus près à l’issue de la représentation. Et derrière ses pupitres le grand ordonnateur du son, Arthur Sauer. Celui qui en direct accompagne les mille et une aventures que nos crevettes vont nous faire vivre. Une sorte de planète recomposée dans un laboratoire où quelques savants fous et quelque peu géniaux observeraient nos vies. L’œil rivé au microscope. Attentifs aux détails. Voir avec acuité. Humour et grincements de dents. Mais sans juger. La vidéo entre en jeu. Les manipulateurs Pauline Kalker, Arlene Hoornweg, Herman Helle, orchestrent minutieusement ce micro monde. Lui prêtent leurs voix savoureuses. Et sur un grand écran sont alors projetés ces fragments de nos histoires quotidiennes. De notre histoire d’humanité. Un enchaînement de courtes histoires. Pareilles parfois à ces brèves de presse. Ces petits instants fragiles. Ces petits riens parfois si tragiques. Ou drôles. Ou faussement drôles. Quand le rire s’étrangle doucement. Parce que si l’on y regarde à deux fois… Oui ce regard sur notre monde est parfois cruel. Miroir mon beau miroir. Flots de sang en salle d’opération. Camp de la mort soudain planté là entre deux. Décharge à ciel ouvert. L’air de rien. Voilà ce qui fait la force de ce spectacle. Cet air de rien qui lui donne par instant des airs de naïveté. Certes l’humour est présent de bout en bout. On rit. Mais du ring de boxe au champignon atomique, pardon choux-fleur atomique, le rire se suspend soudain comme une bénéfique interrogation. Du cabaret où une lancinante chanson tourne en rond aux fans hystériques scandant le prénom de « Céline » au pieds d’un balcon, l’ironie pointe en douce son petit oeil bien noir. Foule électrique ou station essence de nuit. La rave party peut vibrer à l’unisson. Une équation peut être aussi un instant de plaisir. Alors qu’un anonyme vendeur de fleurs se fait trucider à coups de ciseaux. Un prélude de Bach joué à la harpe. Deux anges pour survoler l’ensemble. De ces clins d’oeil emplis de compassion reste alors ce monde que nous fabriquons et abîmons avec semble-t-il la même énergie. Pauvres humains amateurs de crevettes ! Frétillent les crevettes et tourne le monde. Il tourne ici dans le mouvement de toutes ces images qui se suivent se répondent se croisent pour ne faire finalement qu’un seul récit. Le nôtre.
Arthur Lefebvre
Création et interprétation : Pauline Kalker, Arlene Hoornweg, Herman Helle – Création, composition et musique en direct : Arthur Sauer – Assistanat plateau : Marsha Agerbeek et Ineke Kruizinga – Son : Joost Ten Hagen – Lumières : Pablo Strörmann
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Photos copyright Hotel Modern
























