FAUST, FAIT, NON DIT. : ROMEO CASTELLUCCI ET L’ENIGME DU LANGAGE

FAUST, FAIT, NON DIT. – Romeo Castellucci – D’après l’oeuvre de Goethe – Musique originale Scott Gibbons – Création 2026 – Odéon Théâtre de l’Europe, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris – Du 30 octobre au 27 novembre 2026, puis en tournée européenne.

L’envie de ne rien écrire pour cette chronique ! Laisser seulement un grand espace blanc. Ce blanc de fausse pureté qui envahit l’espace et les corps de ce Faust-Castelluci. Fait et non dit. Ce blanc comme ceux qui peuvent fragmenter un langage. Un temps de non parole dite. Écrire juste le nom de Faust. Faust avant lui-même. Avant sa légende. Avant le mythe et son pacte avec Méphistophélès. Écrire juste ça : Faust 1 (1808). La légende de Goethe.

Faust, en cet instant finissant, impuissant à comprendre le monde. « Échec global du sens qui inclut le langage » précise Castellucci lors d’un entretien avec Mélanie Drouère, lors de la création du spectacle. Faust impuissant et comme vide de lui-même et de son savoir. Nihilisme de la connaissance. L’acteur-Faust Gérard Bayle décharné. Si fragile. Roméo Castellucci plasticien magicien de l’espace et des corps.

« Au commencement était le verbe » selon l’évangile de St Jean. Mais pour Castellucci « Faust réfute cette information à la racine de la théologie… Il voit davantage une alternative dans l’action. » mais la formule devient alors « une forme de blasphème qui sape l’idée que le langage puisse être à l’origine du monde. »

Oui peut-être ne rien écrire. Regarder simplement. Sans volonté déterminée de compréhension. Se fier à des sensations possibles. Flairer. Comme ce chien venu errer un instant sur le plateau. Flairer au delà des mots. Des images. Et du sens. Laisser faire le théâtre. La théâtralité. Une forme d’abandon.

Sept coups de poing mécanique contre l’immense rideau de plastique qui ferme la scène. C’est le début. La machinerie visuelle est en place. Brute et sophistiquée. Violente et facétieuse. Poétique et troublante. Mêlant tentures peintes à l’ancienne, guindes et robotique dans une même esthétique de finitude. Telle cette machine à applaudir drolatique et décalée comme une ponctuation absurde du propos.

Faust. Hésitant. Frêle et mains douloureusement tendues. Torse osseux abandonné aux regards. Étrangement lointain dans son doute et la fragilité de sa désespérance. Vient alors confusément une litanie de noms. Philosophes, scientifiques, intellectuels, héros de temps modernes. Kant. Bacon. Hannah Arendt. Marie Curie. Charlie Brown. Darwin. D’autres encore. Parfois perdus dans la musique. Inaudibles et déjà oubliés. Sorte de soubresauts de la connaissance. Ânonnés comme pour dessiner un panthéon sacré abandonné. Une ruine déjà. Une vague trace de savoir. Une autre litanie sera dite plus tard. Autre réminiscence. Plus quotidienne. Plus usuelle. Banale. Corps squelettique du vieillard. Fin d’un corps. D’un monde. Dans des vapeurs d’oxygène et des vagissements monstrueux. L’univers sonore de Scott Gibbons, fidèle compagnon de route du metteur en scène, se déploie. Il est lui-même une imagerie. Complice et complémentaire. Il nous enveloppe. Nous raconte. Nous agrippe. Nous fracasse. Comme il le fait de tout ce savoir de Faust frappant sur le mur de l’impuissance. Sonorité de l’inquiétude d’un monde en suspension. Bruit d’un renoncement annoncé. Bribes métalliques ourlées de purs cantiques dans la brume des lumières en demi-teinte. Dans les néons grésillants. Vaisseau fantôme et envoûtantes cornes de brumes.

Faust et cet improbable compagnon de route. Double quelque peu énigmatique. Jeune figure ambiguë de gnome, de clown, de pantin ou encore de fou. Peut-être un fou de Dieu. Diabolique Lorenzo Coletta. Blanc et beau. Sautillant d’une malicieuse cruauté dans des volées de cloches.

Et puis Faust et Marguerite. Unis dans la même légende. Le même chaos. La même perte. Sublime et douloureuse cantatrice aux accents muets. Admirable Stefania Horodeyska. Perdue et désarticulée  au pied d’une imposante et verdâtre « Victoire de Samothrace. Face au « Prince Constant » de Calderon. Possédé par sa foi. Moment video d’une mise en scène du polonais Jerzy Grotowski, éminent théoricien du théâtre. Art inutile mais nécessaire comme l’affirme Castellucci. Habile inclusion. Cris secrets. Parole empêchée. Fascinant travail de son quand la voix n’est que cliquetis répétés jusqu’à saturation. Jusqu’à l’insupportable. Marguerite comme un écho brutal à Faust. Christique démesure de la diva défaite noyée de cendres noires. Longue séquence  qui s’étire en miroir d’une terrifiante impuissance. Impuissance toujours.

Ne rien écrire de plus. Juste ces quelques traces. Juste le nom de Faust. S’attarder pourtant au détour d’un mot particulier. Langage. Et d’une question qui semble chère (chaire aussi) à Roméo Castellucci. Qu’en faisons-nous ?

Arthur Lefebvre

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FAUST, FATTO, NON DETTO. – Romeo Castellucci – Basato sull’opera di Goethe – Musiche originali di Scott Gibbons – Creato nel 2026 – Odéon Théâtre de l’Europe, nell’ambito del Festival d’Automne di Parigi – Dal 30 ottobre al 27 novembre 2026, poi in tournée europea.

L’impulso di non scrivere nulla per questa colonna! Di lasciare solo un immenso spazio bianco. Questo bianco di falsa purezza che invade lo spazio e i corpi di questo Faust-Castellucci. Fatto e non detto. Questo bianco, come quelli che possono frammentare il linguaggio. Un tempo di parole non dette. Scrivere solo il nome di Faust. Faust prima di se stesso. Prima della sua leggenda. Prima del mito e del suo patto con Mefistofele. Scrivere solo questo: Faust 1 (1808). La leggenda di Goethe.

Faust, in questo istante di morte, impotente a comprendere il mondo. « Un fallimento totale di significato, linguaggio compreso », spiega Castellucci in un’intervista con Mélanie Drouère durante la creazione dello spettacolo. Faust, impotente e apparentemente vuoto di sé e della sua conoscenza. Nichilismo della conoscenza. L’attore-Faust, Gérard Bayle, emaciato. Così fragile. Romeo Castellucci, artista visivo, mago dello spazio e dei corpi.

Secondo il Vangelo di San Giovanni, “In principio era il Verbo”. Ma per Castellucci, “  Faust confuta quest’informazione alla radice della teologia… Egli vede piuttosto un’alternativa in azione”. Ma la formula diventa quindi “una forma di bestemmia che mina l’idea che il linguaggio possa essere all’origine del mondo  ” .

Sì, forse non scrivere nulla. Semplicemente osservare. Senza alcun desiderio ossessivo di capire. Abbi fiducia nelle possibili sensazioni. Annusare. Come quel cane che per un attimo si è aggirato sul palco. Annusare ciò che si cela oltre le parole. Oltre le immagini. E oltre il significato. Lasciare che il teatro si dispieghi. La teatralità. Una forma di resa.

Sette pugni meccanici contro l’immensa tenda di plastica che chiude il palcoscenico. È l’inizio. La macchina visiva è al suo posto. Grezza e sofisticata. Violenta e giocosa. Poetica e inquietante. Un connubio di drappeggi dipinti d’altri tempi, rigidità e robotica in un’unica estetica di finitezza. Come questa comica e bizzarra macchina per gli applausi, un assurdo segno di punteggiatura nella narrazione.

Faust. Esitante. Fragile, le mani dolorosamente tese. Il torso ossuto esposto alla vista. Stranamente distante nel suo dubbio e nella fragilità della sua disperazione. Poi, confusamente, arriva una litania di nomi. Filosofi, scienziati, intellettuali, eroi moderni. Kant. Bacon. Hannah Arendt. Marie Curie. Charlie Brown. Darwin. E altri. A volte persi nella musica. Inudibili e già dimenticati. Una sorta di respiro affannoso di conoscenza. Dettato come per delineare un pantheon sacro abbandonato. Già in rovina. Una debole traccia di conoscenza. Un’altra litania verrà pronunciata più tardi. Un altro ricordo. Più quotidiano. Più comune. Banale. Il corpo scheletrico del vecchio. La fine di un corpo. Di un mondo. In vapori di ossigeno e lamenti mostruosi. Il paesaggio sonoro di Scott Gibbons, fedele collaboratore del regista, si dispiega. È esso stesso un’immagine. Complice e complemento. Ci avvolge. Ci racconta. Ci afferra. Ci frantuma. Come fa tutta la conoscenza di Faust che si infrange contro il muro dell’impotenza. Il suono dell’inquietudine di un mondo in sospensione. Il rumore di una rinuncia annunciata. Frammenti metallici orlati di inni puri nella nebbia di luci a mezzitoni. Nel crepitio del neon. Nave fantasma e ammalianti sirene da nebbia.

Faust e questo improbabile compagno di viaggio. Un doppio alquanto enigmatico. Una figura giovane e ambigua, in parte gnomo, in parte clown, in parte burattino, o forse persino un pazzo. Forse un pazzo di Dio. Il diabolico Lorenzo Coletta. Bianco e bello. Che saltella con maliziosa crudeltà tra squilli di campane.

E poi Faust e Marguerite. Uniti dalla stessa leggenda. Lo stesso caos. La stessa perdita. Una cantante sublime e addolorata dagli accenti ovattati. L’ammirevole Stefania Horodeyska. Persa e disorientata ai piedi di un’imponente « Vittoria Alata di Samotracia » verdastra. Di fronte al « Principe Constant » di Calderón. Posseduta dalla sua fede. Un momento video tratto da una produzione del regista polacco Jerzy Grotowski, eminente teorico del teatro. Arte inutile ma necessaria, come afferma Castellucci. Inclusione sapiente. Grida segrete. Voce soffocata. Un affascinante lavoro sonoro in cui la voce non è altro che ripetuti clic fino alla saturazione. Fino a diventare insopportabile. Marguerite come un’eco brutale di Faust. L’eccesso cristologico della diva sconfitta annegata nelle ceneri nere. Una lunga sequenza che si protrae, rispecchiando una terrificante impotenza. Impotenza per sempre.

Non scrivere altro. Solo queste poche tracce. Solo il nome Faust. Eppure soffermarsi su una parola in particolare. Linguaggio. E su una domanda che sembra cara (e anche a Romeo Castellucci). Che ne facciamo?

Arthur Lefebvre

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Générique : Conception et mise en scène Romeo Castellucci – Musique originale Scott Gibbons – Avec : Gérard Bayle, Stefania Horodeyska, Lorenzo Coletta – Et avec : Amélie Dieudonné, Lola Felouzis, Leone Feret Gracia, Anouk Salters
et le chien Oxan – Dramaturge Piersandra Di Matteo – Assistant à la mise en scène Silvano Voltolina
Direction technique Eugenio Resta – Régie plateau Andrei Benchea, Stefano Valandro – Lumière Andrea Sanson – Son Claudio Tortorici – Costumière Chiara Venturini – Sculptures de scène et automations Plastikart Studio Amoroso & Zimmermann – Modélisation et impression 3D Filippo Zimmermann

Hommage à Ryszard Cieślak

En tournée 2026
4 et 5 décembre 2026 à Temporada Alta (Teatro Canal) – Gérone
11 au 13 décembre 2026 au Teatro Mercadante – Naples
18 et 19 décembre 2026 au Teatro Arena del Sole (ERT) – Bologne

En tournée 2027
16 au 22 janvier 2027 au Théâtre de Vidy Lausanne
4 au 6 février 2027 à DeSingel International Arts Center – Anvers
12 au 14 février 2027 FOG Triennale Milano Performing Arts Festival – Milan
Les 22 et 23 février 2027 au LAC Lugano Arte e Cultura
Du 3 au 7 mars 2027 à Onassis Stegi, Athènes
Les 17 et 18 avril 2027 au Teatro Calderón, Valladolid
Les 4 et 5 juin 2027 au Berliner Festspiele, Berlin

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Photos © Alex Majoli

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