INTROSPECTION de PETER HANDKE au théâtre de la Bastille

Gwenaël Morin nous « propose », selon ses termes, une lecture originale du texte de Peter Handke,Introspection, au théâtre de Bastille. Dans la petite salle du haut, les acteurs nous attendent et font leurs derniers exercices de concentration et de relaxation avant qu’un passage au noir indique le début du concert.

Le texte de Peter Handke, dont le titre nous restera à l’esprit tout au long de la performance puisque fixé au mur en lettres blanches, est un texte qui scande le « je ». Il dresse le bilan d’une vie, de la naissance à la maturité, en passant par différentes étapes universelles. « Je » découvre donc ses cinq sens et ses facultés de connaissance, « Je » s’affirme peu à peu dans son univers, « Je » apprend la grammaire et l’existence des règlements, « Je » confesse ses transgressions à ces règlements et ce qu’il a vraiment été.

Ce parcours on ne peut plus impersonnel est récité comme une litanie. Toutes les phrases sont écrites selon des patrons syntaxiques identiques et le mode de la répétition est exploré jusqu’à l’abus. Par sa mise en musique par huit comédiens qui se tiennent face à nous, immobiles, le texte prend de la hauteur.

Cinq femmes et trois hommes se métamorphosent en touches de piano, appuyées tantôt toutes ensemble, tantôt les unes après les autres, tantôt par groupe de deux ou trois. Le rythme est marqué par des pauses précises et la respiration qu’ils prennent tous ensemble au moment de se lancer. Les intonations varient dupiano au forte, entrecoupées de silences. Il arrive même qu’une fausse note se fasse entendre ou que le disque soit rayé sur la même phrase – concernant la monotonie.

Au-delà de la difficulté d’être en parfaite harmonie, les comédiens se voient aussi forcés de réduire leurs corps à l’impassibilité. L’objectif n’est pas du tout de porter le texte aux nues, de le vivre et de redoubler son sens à force de gestes et d’expressions. Ils ne sont que des voix et il faut contraindre les parties du corps qui démangent, comme les mains ou les sourcils.

Un intermède, vraiment chanté cette fois, rompt la fixité de leur attitude et devient le tremplin vers le chorus final qui leur fait rendre leur dernier souffle, au sens propre. La dimension universelle du texte qui ne nous avait pas échappée est explicite : « J’ai vu cette pièce, j’ai interprété cette pièce, j’ai écrit cette pièce ».

Les quelques éléments méta-théâtraux rappellent qu’en effet nous sommes au théâtre et non pas au concert.  Néanmoins, malgré quelques sourires décrochés par cette « pièce parlée » comme l’auteur la caractérise,  le texte est souvent saturé de voix et cette mise en musique exige une concentration trop importante.

Floriane Toussaint

INTROSPECTION / Gwenaël Morin / jusqu’au 20 octobre / 19.30/ Théâtre de la Bastille

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