PATTI SMITH : PORTRAIT DE LA POETESSE DE « HORSES » EN SAUVAGEONNE ROCK

Patti Smith : on ne présente plus la poétesse du rock, éternelle rebelle et prêtresse pré-punk à l’aura incontestable, qui aura sidéré les Seventies avec son premier coup de maître, le superbe et  légendaire Horses, paru en 1975. Le choc du Gloria revisité de Van Morrisson, et surtout de ce Horses éponyme, long poème fleuve scandé jusqu’à l’essoufflement par la rageuse androgyne, aura suffoqué plus d’un auditeur.

La déjà rebelle née dans l’Illinois en 1946, décide très vite de s’installer à New-York, où en 1967 elle rencontre Robert Mapplethorpe, l’immense photographe de la marge et de l’underground New-Yorkais, dont elle sera l’amie dévouée jusqu’à la mort de Mapplethorpe en 1989, victime du sida. New-York la fascine, elle s’installe avec Mapplethorpe au Chelsea Hôtel, légende des sixties et fief des Beat Poètes dont Ginsberg est une figure majeure, un hôtel bienveillant et plutôt mécène,  que les artistes et les musiciens occupent sans discontinuer, échangeant leur hébergement contre quelques oeuvres… ou rien.  D’abord peintre et poète, elle « fait » aussi l’actrice à l’occasion, notamment avec ses amis poètes du St Mark’s Poetry Project. Elle fréquente alors assidument les clubs garages où se produisent ses amis musiciens, dont beaucoup rejoindront le mouvement Punk. La musique, et surtout le rock et sa rage libératrice l’intéressent de plus en plus, au point qu’elle commence à écrire pour ses amis, notamment pour le groupe heavy-metal Blue Oyster Cult. Elle tâte également au journalisme et s’improvise critique Rock pour Creem Magazine, pour finalement, au début des 70’s, décider d’entrer de plein pied dans la musique. Elle monte alors sa propre formation, qui deviendra en 1974 le fameux Patti Smith Group, avec son ami le journaliste Lenny Kaye à la guitare,  Ivan Kral  à la basse, Jay Dee Daugherty à la batterie, et Richard Sohl au piano. Cette même année paraît leur premier single, Hey Joe/ Piss Factory, puis l’année suivante, le désormais célébrissime Horses, sur Arista Records, produit par John Cale, le légendaire co-fondateur du Velvet Underground avec Lou Reed.

Horses est un coup de poing. Son intuition pré-punk, la rage brute des textes de Patti Smith, la beauté écorchée et tellement rock de la voix de la chanteuse, le climat musical exceptionnel et bien sûr l’énergie phénoménale que le groupe instille à sa musique font de Horses un pur chef-d’oeuvre du Rock. Un monument qui aura d’emblée installé Patti Smith dans la légende.

Mais une légende bien vivante, curieuse de tous les arts, en permanence en proie à l’excitation de la découverte de nouveaux territoires, une défricheuse inlassable et boulimique. Tour à tour et parallèlement musicienne, poète, peintre, photographe, elle ne cesse depuis cette époque -si l’on excepte une interruption d’une dizaine d’années où elle se marie et se consacre aux siens- de produire musiques, textes, images, tournant dans le monde entier, pour des lectures, des concerts et des expositions (comme  Strange Messanger, en 2002, expo au musée Warhol de Pittsburg, ou Land 250, à la Fondation Cartier en 2008). Elle publie aussi, notamment ce Just Kids, (2010), un retour sur sa relation d’amitié et d’admiration du travail de Robert Mapplethorpe, En janvier 2011, elle est l’invitée de la Cité de la Musique pour un cycle sur son travail avec de nombreuses projections, des lectures, des performances et un concert accoustique où elle reprendra l’essentiel de son Horses.

« Jésus est mort pour les péchés de quelqu’un… mais pas les miens » (Horses, Patti Smith 1975)

Pour en revenir à Horses, nous aurions pu choisir tel ou tel autre monument mémorable de cette décennie rock, riche en productions indispensables : il suffit de penser au Dark Side Of The Moon du Pink Floyd (1973), ou bien sûr au Never Minds The Bollocks des Sex Pistols (1977), pour ne citer que deux « must » parmi tant d’autres. Le Horses et son auteure, présentent non seulement cette singularité exemplaire en terme d’innovation rock, mais on peut les considérer vraiment comme  les symboles d’une nouvelle génération, à l’oeuvre dès la moitié des ces années soixante-dix  :  une génération nourrie de Jim Morrisson, du Velvet  et de Frank Zappa,  d’Andy Warholl, de Kerouac, William S. Burroughs et Ginsberg, qui a su transformer cet héritage copieux et le transfigurer en un cri universel, à la fois héritier des révoltes des Sixties qui l’avaient précédé, et annonciateur de la révolution Punk.

Amy Zenoun

Discographie (sélection)
1975 Horses (Réédition 2005 : CD bonus « Horses »  Live au Royal Festival Hall de Londres en 2005, à l’occasion du 30e anniversaire de sa sortie d’origine)
1976 Radio Ethiopia
1978 Easter
1979 Wave
1988 Dream of Life
1996 Gone Again
2007 Twelve
2008 The Coral Sea
2011 Outside Society (Compilation)

Bibliographie (sélection) :
Patti Smith et Tom Verlaine, The Night, Fear Press, 1976, bilingue anglais-français
Patti Smith, (trad. François Merles des Iles), Witt, Michel Esteban, 1978, bilingue anglais-français
Patti Smith, (trad. Pierre Alien), Babel, Christian Bourgois Éditeur 1981. Réédition 10/18, 1999 ISBN 2-264-02776-2
Patti Smith, (trad. Jean-Paul Mourlon), La Mer de corail, Tristram, 1996.(ISBN 978-2907681124
Patti Smith, (trad. Jean-Paul Mourlon), Corps de plane, Tristram, 1998. ISBN 978-2907681193
Patti Smith, (trad. Jacques Darras), Présages d’innocence, Christian Bourgois Éditeur, 2007. (ISBN 978-2-267-01916-2
Patti Smith, (trad. Laurence Lenglet), Trois, Actes Sud, 2008. ISBN 978-2-7427-7464-7 (3 volumes)
Patti Smith, Land 250, (trad. Laurence Lenglet), Fondation Cartier pour l’art contemporain Paris, 2008.
Patti Smith, (trad. Héloïse Esquié) Just Kids, Denoël, 2010.

Photos : Robert Mapplethorpe

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