BEYROUTH : HIROAKI UMEDA, « je ne danserais pas si la danse ne pouvait pas… »

Correspondance à Beyrouth.
DANSE : un entretien avec Hiroaki Umeda.

Beyrouth,

Formation de photographe, danseur chorégraphe, vidéaste, performeur, Hiroaki Umeda investit tous les espaces. Du son à la lumière, le danseur originaire de Tokyo est omniprésent. En 2000, il créé sa propre compagnie –S20-. Il vit et travaille au Japon quoiqu’il soit le plus souvent ailleurs, Paris-Berlin, Beyrouth où je l’ai rencontré, avant qu’il ne reparte pour la Palestine quelques jours plus tard.

Hiroaki Umeda présente ce soir-là deux créations dans le cadre du festival international de danse de Beyrouth –BIPOD. Artiste pluridisciplinaire, il établit rigoureusement un triangle amoureux entre la lumière, le corps et le son. Minimalisme poétique et minutie envoûtante, Hiroaki subjugue et laisse un théâtre de Beyrouth bouche bée, enfin unanime.

Il faut le voir se faire engloutir par ses propres projections vidéo et se fondre parmi des milliers de points gris. Disparition grisante. Le corps revient, maîtrisant le son comme part de lui-même.

Le rideau aussi prend corps au rythme d’une même ivresse mécanique.
Il faut le voir se fondre dans la foule, discrètement, magiquement, comme une ultime performance.
Hiroaki Umeda me semble faire partie de ces grands, de ces génies brillamment silencieux.

 – Tu es considéré plutôt comme un artiste visuel qu’un chorégraphe, qu’est-ce que ça signifie pour toi ? Plus de frontières entre les arts ? tu t’en fous ?
 –Je m’en fous. A un certain moment, j’ai pris conscience que la danse devait être une performance visuelle parce que les gens voient la danse. Les gens reçoivent la danse en se servant des yeux uniquement. Donc pour moi les éléments visuels de la danse-performance font partie de la danse.

Est-ce que tu écris ? Pour t’aider à danser… ou créer de nouvelles installations… ?
– Je fais des dessins, c’est le début du processus de création, simplement des lignes abstraites. Ils deviennent la partition de ma pièce. Je pense que cette partition exprime la tension de l’espace.

– Et d’ailleurs, comment naît une création ? As-tu quelques rituels ?
– Ce que j’ai fait pour toutes mes créations est en fait la même chose. J’ai toujours recherché toute chose comme oeuvre d’art; Cette chose est trop abstraite. Je dois alors établir un cadre à chaque création que j’appelle « concept » pour donner corps à un aspect de cette chose abstraite, la faire oeuvre. –

– Comment définirais-tu ton rapport au monde, à la société en tant qu’artiste ?
– Le monde est fait de liens, il est lien et ce que je suis ne peut exister qu’en ces liens. Je fais de l’art pour partager une chose avec les gens à travers mes créations. Ce que je veux faire en tant qu’artiste est d’apporter quelque chose d’universelle aux gens et de le partager comme entendement

– Est-ce différent de danser à Tokyo, Berlin ou Ramallah ?
– C’est pareil. Je suis sans doute influencé par les différences de chaque ville. Mais ce que j’essaie de faire, ce que je recherche en danse est la même chose dans chaque ville.

– De quelle manière la culture japonaise t’inspire t-elle ?
– Background of my life

– As-tu remarqué que le public a beaucoup souri, et ri parfois lors de ta performance à Beyrouth ? Comme s’ils se délivraient de leurs tensions…
– Je me fiche de la réaction du public. Ce que je fais est toujours la même chose sur scène. Danser sur scène devant le public a besoin de conviction, de ne pas être affecté par ses réactions.

– La danse –le travail du corps- est-elle la meilleure manière d’exprimer la violence ? Dit-elle plus que les mots ?
– Je ne danserais pas si la danse ne pouvait pas dire plus que les mots. Depuis que j’ai commencé à danser, j’ai essayé de trouver une manière qui surpasse la vitesse des mots. C’est là que la beauté et la richesse de la danse existent.

Flora Moricet, Beyrouth mai 2012.
(entretien réalisé par mail, traduit de l’anglais)

Photo Dominique Laulanné

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