« CHRONIQUES D’UNE HAINE ORDINAIRE » / MICHEL DIDYM

Chroniques d’une haine ordinaire / texte Pierre Desproges / mes Michel Didym / en tournée.

Séduit par ce personnage atypique et en particulier par ses textes, le metteur en scène Michel Didym souhaite faire découvrir l’auteur qui s’est parfois éclipsé derrière l’acteur aux nouvelles générations.

Pierre Desproges. Est-il vraiment besoin de le présenter ? Oui, peut-être après tout, pour les plus jeunes, car on le connaissait tellement bien qu’on a un peu oublié dans parler à ceux qui n’ont pas eu le temps de le découvrir, ni à la télé ni à la radio. Après avoir exercé les métiers les plus improbables (directeur commercial d’une fabrique de fausses poutres en polystyrène par exemple, cela ne s’invente pas !), il est passé au journalisme, puis à la scène, avant de publier ses textes. En 1982, il crée La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède pour FR3, une émission alors incontournable. Puis en 86, il anime une émission quotidienne sur France Inter : Les Chroniques de la haine ordinaire, dont sont tirés les textes du spectacle de Michel Didym, chroniques dont l’humour décape tout sur son passage, du racisme ordinaire à son propre cancer -qui finira tout de même par gagner la partie en 1988- en passant par « le sadique qui a inventé l’espèce de fil rouge autour des portions de crème de gruyère ».

Pourtant, ce n’est pas tant l’acteur comique exceptionnel que souhaite faire revivre Michel Didym, mais plutôt l’auteur qui se cache derrière. Et effet, auteur, il l’était pleinement, ne serait-ce que par sa façon si personnelle de manier la langue : vocabulaire raffiné, syntaxe irréprochable, mais également phrases interminables à la construction délibérément alambiquée et pourtant fulgurantes d’insolence, jubilatoires. Dans cette langue châtiée, Desproges a eu « le courage de la haine ». Son regard désespérément lucide n’a épargné personne, même pas ses spectateurs. Michel Didym nous dit de lui que « ce qui est beau, c’est qu’il y a tellement d’irrévérence chez [lui], que tu sens un amour fou de l’humanité ! Il ose taper dur. Il a une liberté de propos et de ton qu’on a du mal à retrouver aujourd’hui. »

Pour porter ce texte, il fait appel à deux grandes pointures du théâtre français : Dominique Valadié et Christine Murillo (toutes deux ont connu le conservatoire national, la Comédie Française, les Molières et bien d’autres choses encore). Dominique Valadié est on ne peut mieux placée pour ce rôle, puisqu’elle a été la partenaire de Desproges dans la Minute de Monsieur Cyclopède. Son interprétation est très fidèle à la façon de faire de ce dernier. Christine Murillo quant à elle, joue de sa voix et de son physique pour apporter au spectacle une coloration nouvelle. Tantôt conversant, tantôt soliloquant autour de thèmes aussi disparates que l’amour, Robinson Crusoé et Mozart -qui était tellement précoce qu’à six ans et demi il avait déjà composé le Boléro de Ravel-, elles forment un duo contrasté de clowns, un peu à la Laurel et Hardy.

Entendre des choses aussi drôles, aussi libres, et en même temps tellement juste, on avait perdu l’habitude ! Cela vous met du baume au cœur. Pourtant, le but que c’était fixé le metteur en scène n’est pas atteint : Didym voulait faire découvrir Desproges aux plus jeunes, mais les moins de cinquante ans sont rares dans la salle. Peut-être que le choix d’actrices qui appartiennent elles aussi à cette génération n’y est pas pour rien. Ca sent un peu les retrouvailles de vieux copains d’antan, qui rient beaucoup, mais avec une petite larme de nostalgie à l’œil. Ah ! Que c’était bien avant ! Et pendant qu’on pense à ce passé définitivement révolu, on évite soigneusement de s’interroger sur le vide sidéral qui a envahi les scènes comiques aujourd’hui. Après Desproges, il y a bien eu Les Nuls, dont il était le grand inspirateur et qui ont osé l’humour « à message », mais ensuite ? A quand un nouveau Desproges, jeune et qui parle aussi aux jeunes ?

Mais cela est-il seulement possible ? Car dans la salle, à côté de la majorité quinquagénaire, il y avait bien quelques membres de la nouvelle génération. A la sortie, certains avaient été choqués par les propos tenus sur les arabes ou les juifs. Trop accoutumés au consensus, ils ne comprennent plus à quel point Desproges était insoupçonnable de racisme, d’antisémitisme, ou encore de misogynie (cela, nos deux actrices le montrent bien en s’appropriant cette œuvre d’homme, en femmes qu’elles sont bel et bien), et encore moins d’avoir des comptes personnels à régler avec Beethoven. La réalité, c’est que quel que soit le sujet de son désespoir, il a pris le parti d’en rire, parce que « tout fait moins mal dès qu’on en rit ». Alors dans notre monde d’aujourd’hui, ou tout doit faire consensus et ou un mot de travers peut conduire au tribunal, un nouveau Desproges serait-il entendu ? Il y a là toute une éducation à refaire…

Maya Miquel Garcia

En Tournée :
Le 10/10/2012 20:30 Cesson-Sévigné / Centre Culturel de Cesson-Sévigné
Le 11/10/2012 20:30 Dinan / Théâtre des Jacobins
Le 12/10/2012 20:30 Lillebonne / Centre Culturel Juliobona
Le 13/10/2012 20:30 Pontault-Combault / Les Passerelles
Du mar. 16/10/12 au sam. 20/10/12 Amiens / La Comédie de Picardie
Du mer. 24/10/12 au sam. 27/10/12 Nice / Théâtre National de Nice
Du mar. 30/10/12 au mer. 31/10/12 Ajaccio Espace Diamant
Du mar. 06/11/12 au sam. 10/11/12 Lyon / Les Célestins
Le 13/11/2012 20:30 Florange / Théâtre La Passerelle
Du jeu. 15/11/12 au dim. 18/11/12 Boulogne-Billancourt / Théâtre de l’Ouest Parisien
Du mar. 20/11/12 au jeu. 22/11/12 Pantin / Salle Jacques Brel
Du ven. 14/12/12 au dim. 16/12/12 Nancy / Théâtre de la Manufacture

Comments
2 Responses to “« CHRONIQUES D’UNE HAINE ORDINAIRE » / MICHEL DIDYM”
  1. fjva dit :

    Reblogged this on Fan Actuel and commented:
    Fan de Desproges… Et je suis tout à fait d’accord avec cette analyse : aujourd’hui où on s’offusque de tout, il serait impossible de trouver un Desproges. Bien dommage. Parce que le fou ne sert pas qu’à faire rire, il sert aussi à pointer du doigt que le roi n’a pas de culotte.

  2. Pascal Rousse dit :

    Hé oui ! La minute de Monsieur Cyclopède, je n’en manquais aucun épisode pour rien au monde. Et, oui, le décalage entre cet esprit et la bêtise normalisatrice qui s’est ensuite imposée est abyssal.

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