LA REUNIFICATION DES DEUX COREES : ETAT DES LIEUX AU XXIe SIECLE PAR JOËL POMMERAT

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Correspondance à Bruxelles.
« La réunification des deux Corées » création théâtrale de Joël Pommerat (artiste associé au Théâtre National/Bruxelles) / Production Odéon-Théâtre de l’Europe, Cie Louis Brouillard, TN de Bruxelles dans le cadre du projet européen Villes en scène / jusqu’au 29 mars 2013 / Théâtre National de Bruxelles

Avec « La réunification des deux Corées », sa nouvelle création, Joël Pommerat engage un nouveau processus d’écriture. Et le résultat est à la hauteur de ses précédents spectacles : Un texte fort et direct à l’endroit des spectateurs, une mise en scène léchée et cinématographique, fidèle aux techniques qu’affectionne le metteur en scène et des comédiens époustouflants, emplis d’humanité et de chaleur.

Encore une fois, Joël Pommerat touche au plus profond de nos êtres, en nous racontant par « une mosaïque de nouvelles », l’amour au quotidien, banal et bancal, léger et austère, dur voire tragique.

Et c’est par le choix premier d’un dispositif bifrontal, où le public se fait face, multipliant les points de vues, que Joël Pommerat donne corps à son texte. Il nous en dit un peu plus :

« Au sortir de « Ma chambre froide » et de son dispositif circulaire, j’ai eu le désir de me mettre dans une situation scénographique différente. C’est le soir de la première de « Ma chambre froide » que j’ai ressenti ce désir évident et fort de faire cette nouvelle création, à laquelle je pouvais enfin réfléchir puisque « Ma chambre froide » était finie, en bifrontal. Ce n’est que bien après que j’ai réfléchi à ce que j’allais mettre dedans. (…) Je me suis retrouvé très content devant ce dispositif bifrontal, et j’ai pu commencer à faire des ateliers de recherche à Bruxelles avec des comédiens invités. (…) J’ai commencé à travailler dans cet espace pour le ressentir, le connaître et l’éprouver car c’est la première fois que je le travaillais. C’est à partir de ce moment là que je me suis demandé ce que j’avais envie de raconter. Parmi tous les possibles, lequel est le plus urgent, le plus important. Et là est arrivée, pour des raisons certainement intimes et personnelles que j’aurais du mal à décrire ici, la question de la relation amoureuse. La relation amoureuse comme relation entre deux êtres mais aussi la relation à l’amour. »

Nous y sommes plongés dans cette relation, autant comme spectateur que comme acteur ou metteur en scène, réalisateur. Dans cette « Réunification » le sujet est indissociable du parti pris de la mise en scène, en bifrontal. Et Pommerat de nous l’expliquer :

« Je prends un exemple : deux personnes, un homme et une femme, qui se font face à face en se disant des choses relativement banales, mais qui le disent à 15 mètres de distance, dans cet espace complètement vide, avec ce recul l’un par rapport à l’autre, avec le spectateur qui est positionné sans possibilité d’embrasser du regard les deux en même temps, obligé de passer de l’un à l’autre, ou bien obligé d’en voir un très très loin au fond et, comme une caméra subjective, d’être derrière l’épaule de celui qu’on voit dans le dos. Sans doute que cette amplitude-là, permise par cet espace sur des situations aussi simples que deux personnes, un homme, une femme ou deux hommes, m’a convaincu que c’était possible de traiter ce sujet hautement à risque, hautement banal, hautement fuyant par excellence. »

Sujet casse-gueule, sujet vu et revu maintes fois, mais sujet universel, qui, quand il est traité avec autant d’audace et de finesse (la vingtaine de scènes, « mosaïque » de situations parfois drôles, parfois douloureuses, parfois absurdes et tout simplement vrais et complexes), résonne sans malice dans l’esprit de tout un chacun. C’est que les relations humaines nous interrogent sur ce que nous sommes, sur nos comportements. Et le génie de Pommerat est de ne pas juger mais d’éclairer, de donner à comprendre. Et d’en être surpris lui-même :

« C’est la première fois que je fonctionne comme ça, sans doute parce que le sujet me touchait, m’interrogeait de bien plus près et d’une façon bien plus mystérieuse que les autres sujets. » (…) Cette pièce ou cette écriture c’est peut-être la chose la plus intime ou la plus proche de moi que j’ai fait mais ce n’est pas d’une façon réfléchie. (…) Là, dans ce rapport et ce travail sur des intuitions et des mouvements intérieurs injustifiés, je sens bien que je me retrouve à me dévoiler, peut-être mais plus que si j’avais écrit des scènes qui racontaient ma vie. Je reprécise bien qu’aucune de ces scènes ne parle de moi. Mais toutes ces scènes absolument fictionnelles sans aucun rapport avec moi, si elles m’ont plu c’est certainement parce qu’elles parlent de moi. »

De l’intime du sujet et de la proposition, à la représentation universelle donnée à voir et à comprendre au plus grand nombre, c’est tout le pari réussi de Joël Pommerat et de sa grande équipe-Compagnie Louis Brouillard (jeu, scénographie et lumière, costumes, son, vidéo et musique originale).

C’est un théâtre de l’ humanité, du texte et du ressenti partagé même si, confronté à la réalité, comme le dit l’un des personnages  » je t’aime, mais l’amour, ça ne suffit pas ! ».

Philippe Maby

*Les propos de Joël Pommerat ont été recueillis par l’équipe des relations avec le public de l’Odéon, Paris en janvier 2013 lors de la création.

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Photos Elisabeth Carrechio

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